ENTREE
Ces faits ont une netteté indiscutable ; il existait des lésions du poumon diagnostiquées rendant la vie et ne contenant qu'un seul micro-organisme. Bien plus, le B. coli retiré des lésions pulmonaires, jouissait des mêmes propriétés virulentes que celui venant de l'organe primilivement atteint, c'est-à-dire l'intestin.
Donc la conclusion de l’auteur rendant les lésions pulmonaires tributaires de l'agent même de l'affection intestinale, paraît légitime. |
Toutefois, l’auteur se défend d'attribuer toujours au B. coli les broncho-pneumonies survenant au cours des entérites infectieuses. En maintes circonstances, il a rencontré les agents habituels de
ces complications pulmonaires : pneumocoque, streptocoque. Mais lorsqu'il trouvait dans une lésion, manifestement microbienne, le
B. coli seul sur les lamelles, seul dans les cultures, il Got pouvoir lui attribuer la lésion.
Malheureusement il nous manque l’examen bactériologique des coupes. Cet examen a, pour la solution de ce problème, une importance capitale. Dans deux cas récents de broncho-pneumonie survenue au cours d’entérite, l'examen sur lamelle du pus bronchique, les cultures sur plaque ont montré uniquement le B. coli. Or les coupes bactériologiques traitées par la méthode de Gram firent constater dans l’un un microcoque, qui n’a pas été déterminé, infiltrant les alvéoles bourrées de cellules, dans l’autre des colonies nombreuses de streptocoques, infiltrant le tissu conjonctif péri-vaseulaire et inter-lobulaire. Les B coli se montraient disséminés, isolés et non réunis en foyers aux maxima des lésions. L’autopsie ayant été faite peu d'heures après la mort, c’est certainement pendant la maladie que le B. coli avait gagné l’appareil bronchique.
Pourquoi la culture a-t-elle fourni ce seul micro-organisme? Peut-être à cause de sa vitalité excessive, il empêche le développement des autres: peut-être aussi parce que les agents vraiment pathogènes enfermés dans l’exsudat alvéolaire ou le tissu conjonctif, ne se trouvaient pas dans la parcelle d’exsudat bronchique qui a servi à faire l’ensemencement.
Dorénavant, il faudra donc pratiquer l'examen bactériologique des coupes avant d'affirmer l’action du B. coli dans la production de broncho-pneumonie.
On connaît nombre de faits dans lesquels le B. coii a été trouvé
me UD LEE seul dans les poumons, sans qu'on soit autorisé à lui attribuer la lésion, parfois légère, observée. Ainsi, il ne manque jamais dans l'envahissement cadavérique généralisé. Nous l'avons trouvé constamment dans les poumons des typhiques. Dans un cas, deux ensemencements différents d'un même poumon, donnèrent, l’un le B. typhique, l’autre le B. coli, caractéristiques, par leur culture sur gelaline, et surtout par leur action différente sur la lactose.
Dans un cas, nous l'avons trouvé seul micro-organisme, dans un poumon œdemalié et dans un léger exsudat pleural, qui tapissait Ce poumon ; il s'agissait d'un brightique. mort d'œdème pulmonaire à La Charite, service de M. le professeur Cornil. Ce Bacterium coli était-il la cause de la lésion pulmonaire observée ? Rien n'autorise à l'affirmer ; sa virulence était nulle. Peut-être était-ce simplement l’envahissement cadavérique d'un organe malade par un microbe, simple saprohyte, végétant à l’état normal à l'entrée de cet organe.
A ce sujet, Welch s'exprime ainsi; « Dans plusieurs cas, ce « miCro-organisme a élé trouvé en grand nombre et en culture « pure dans les parties œdématiées, congestionnées et enflammées « du poumon, el ceci pourrait engager à le considérer comme une « cause probable de pneumonie iobulaire. Mais il n’est pas possible « de conclure avec certitude de la présence du B. coli à son action « pathogène. » |
La mème objection se présente pour l'interprétation de quelques faits que nous a communiqués M. Ménétlrier. Cet observateur, à l’autopsie de plusieurs pneumonies de la dernière épidémie (janvier 1892). qui étaient arrivees à l’hépatisation grise, aboutissant même par places à la destruction du tissu par une sorte de gangrène (dont il n'existait toutefois pas l'odeur), trouva dans l’exsudat quatre fois le Bacterium coli, en compagnie des microbes pathogènes (pneumocoques). Il nous a confié ses cultures de B. col; isole pour en étudier la virulence; elle ne nous a donné aucun résultat ; les cultures étant toujours employees à faibles doses selon notre habitude (1/2 centimetre eube sous la peau de la souris.)
Si on peut admettre l’action pathogène du B. coli, dans les cas où il etait seul habitant d’une lésion pulmonaire, quel rôle faut-il lui attribuer, lorsqu'on le trouve associé, comme dans les cas de
M. Ménétrier ? Ou est tenté de croire à un phénomène d’envahissement cadavérique, ou tout au moins secondaire à l’action d’autres agents pathogènes. d
En vertu de cette propriété d’envahissement rapide, il ne devrait jamais manquer à l’autopsie des différentes lésions pulmonaires : et jusqu'aujourd’hui, il a été rarement signalé — on le négligeait sans doute, le considérant comme un saprophyte.
Dans certaines lésions pulmonaires ou microbiennes, nous l’avons vu faire défaut : noyaux apoplectiques et zones congestives chez des cardiaques.
La question n’est donc pas résolue ; et, quoique dans ces associations microbiennes, on rencontre des microbes pathogènes habituels, on n’est pas en droit de refuser au B. coli une participation à la lésion. Que sa virulence ait été sans résultat sur les animaux, il ne s'ensuit pas qu'il n’ait pu, chez l’homme, être pathogène à un certain degré.
En résumé, la présence du B. coli dans les poumons peut être le résultat d'un envahissement cadavérique, le fait d’une association microbienne, et enfin la manifestation d'une action pathogène spéciale. Cette dernière proposition exige toutefois une confirmation anatomique (1).
(1) Fiscuer Er Lévy (Deutsch Zeutschrift für Chirurgie, 1891) dans deux cas de hernie étranglée, avec complications pulmonaires, trouvèrent à l’autopsie (10 heures après la mort) des foyers de broncho-pneumonie dont l’exsudat ensemencé sur gélatine et sur agar donna dans un cas le B. coli seul, dans l’autre le B. coli associé au staphy. pyog. albus. Ils conclurent à l’origine intestinale, métastatique de ces localisations pulmonaires.
L’absence d'examen des coupes bactériologiques des foyers pulmonaires nous force à certaines réserves relativement à l’action effective du B. coli dans la production de ces lésions.