CHAPITRE PREMIER
Morphologie — Cultures.
C'est à Escherich 4) que revient l'honneur d’avoir donné une place au Bacterium coli dans la nomenclature des espèces microbiennes. La description qu’il en fit est un modèle de précision et d’exactitude ; depuis, les auteurs n’ont fait que la confirmer, développant quelques points relatifs aux caractères biologiques et au polymorphisme des cultures que l’auteur allemand avait déjà signalés.
Après le travail d’'Escherich, citons les recherches de Baginsky, de Laruelle, Malvoz, Krogiüs, Scruel, etc., qui trouveront place au cours de cette étude. C’est de l’ensemble de ces travaux que nous avons résumé les caractères généraux du B. coli.
Morphologie.
La forme du B. coli est sujette à de nombreuses variétés. Dans sa forme moyenne c’est un petit bätonnet dont les extrémités sont légèrement arrondies, et dont la longueur est trois ou quatre fois plus grande que la largeur. Ainsi il mesure 2 à 3 « de long pour 0 z, 6 à 1 x d'épaisseur. Souvent il se présente comme un ovoïde presque sphérique, répondant sans doute aux formes jeunes. Les éléments sont soit isolés, soit unis par deux, bout à bout; et la
(4) Escuerion. 1° Forischrifie der Medicin 1885. Darmbakterien des Neugeboren und des Süuglings. — % Darmbakterien des Säuglings. Stuttgard, 1886.
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séparation ou bien est très nette, comme si les deux bätonnets se touchaient à peine; ou bien est simplement marquée par un étranglement; parfois elle est imperceptible et ln bacille prend ainsi une longueur double, sans augmenter d'épaisseur. Enfin le B. coli se développe parfois sous forme de longs filaments, rectilignes, ondulés, ou en spirale. Ces filaments ont un bord régulier, ou parcouru par des étranglements indiquant l’association des éléments primitifs.
Certaines cultures sont composées uniquement de l’une de ces différentes formes; et l’on douterait de l'identité des cultures, si par des réencemnsements sur d’autres milieux on ne constatait pas qu'on a bien affaire au microbe dont on est parti. Ce polymorphisme peut exister sur une même culture; les cultures âgées sur gélatine nous montrent ces nombreuses variétés morphologiques : à côté des formes courtes et grèles, simples ou doubles, se présentent des filaments de longueur variable et d'épaisseur beaucoup plus grande que celle de l’élément isolé ; ‘entre ces extrèmes prennent place tous les intermédiaires.
Ces bacilles se colorent très rapidement par toutes les couleurs d’aniline. Ils se décolorent très rapidement par la méthode de Gram. Sur les coupes la méthode de coloration qui nous a le mieux réussi est celle de Kühne, comme pour le bacille typhique : coloration au bleu phéniqué, et décoloration par l’huile d’aniline.
Lorsque la culture est jeune, le bâtonnet prend la matière colorante également dans toute son etendue. Souvent, et principalement dans les cultures âgées de plusieurs jours, la coloration ne se fait qu'aux extrémités du bâtonnet, laissant incolore la partie moyenne qui semble un peu renflée : ainsi se trouve réalisée la forme navette, à zone centrale incolore, commune à différents bacilles. Dans les formes longues, la matière colorante s’échelonne par zones régulières correspondant au nombre des éléments constituants du filament ; souvent aussi le filament garde une coloration homogène dans toute son étendue. Parfois c'est la partie moyenne du bacille qui seule se colore, et l’une ou les deux extrémités sont incolores, renflées, arrondies ; Escherich qui avait observé ce fait en faisait des formes d'involution. On avait cru que ces localisations de matière colorante étaient dues à la présence de spores aux extrémités des bacilles. Or, par les procédés d'étude
de la sporulation, jamais on n’en a constaté dans le développement du B. coli.
Dans les selles, les bâtonnets sont généralement allongés et minces, unis par deux bout à bout, ou disposés en petits essaims. ;
Dans les coupes ils présentent le même polymorphisme que dans les cultures; néanmoins les formes en bâtonnets minces semblent dominer.
Mobilité. Cils.
La mobilité est un caractére constant du B. coli ; elle consiste en oscillations en tous sens, sur place, sans produire de déplacement.
Il était à présumer que cette mobilité était sous la dépendance de flagella. Pendant longtemps il a été impossible de mettre en évidence ces flagella. Récemment Tavel affirmait formellement qu'ils n’existaient pas, et faisait de cette absence de cils un caractère distinctif avec le B. d'Eberth. Klemensievicz (1), au contraire, vient de déclarer quil avait pu les colorer en modifiant légèrement la méthode de Lôffler, et qu'il en avait compté deux ou trois seulement, au lieu de huit à douze sur le B. typhique.
Cultures.
Dans le bouillon le développement du B. coli est très rapide. Après quelques heures de séjour à l’étuve, à 85° à 37°, le bouillon est troublé. Au bout de un à deux jours il existe à la surface du liquide ou bien une mince pellicule unie, se dissociant facilement, ou bien une petite collerette blanche adhérente au verre. Au fond du tube se dépose un sédiment blanchâtre, qui augmente avec l’âge de la culture. En agitant le bouillons troublé on voit se produire dans son intérieur des ondulations moirées. A la longue la culture s'arrête et le bouillon s’éclaircit, la masse des microbes gagnant le fond du tube.
Dans le bouillon ordinaire le B. coli détermine une abondante formation d’ammoniaque ; la réaction du bouillon est fortement alcaline. Les vieilles cultures ont une odeur fétide et prennent une couleur brunâtre.
(1) Kuewensievicz. Société de médecine de Styrie. Février 1892.
DAT ou
Les cultures sur agar (étuve à 37°) ne présentent rien de caractéristique.
L’ensemencement en strie est rapidement suivi (24 heures) d’un dépôt abondant, blanc, luisant, d'aspect humide, crémeux, se faisant plutôt en épaisseur, ayant peu de tendance à s’étaler. Sur ce tube incliné, comme sur les plaques, les colonies isolées sont régulièrement arrondies, formant une petite demi-sphère régulière, d’un blanc mat ou brillant, homogène.
Quand la culture a plusieurs jours, sur la surface plus ou moins
étalée d’une culture en strie ou en nappe, on voit se former de petites élevures régulières et de même couleur que le reste. Les bacilles des colonies saillantes sont identiques à ceux de la colcnie plate.
L'ensemencement par piqûre dans l’agar donne: naissance à une culture blanc grisàtre tout le long de la piqüre, ou en colonies. isolées blanches et rondes. Il se forme souvent des bulles de.gaz dans l'épaisseur de l’agar ; sur gélose fuschinée la culture décolore le milieu nutritif et s'empare de la matière colorante.
C'est la gélatine qui prête le plus au polymorphisme des cultures du B. coli. Elle n’est pas liquéfiée. |
Sur plaques de gélatine les colonies se montrent au bout de 24 à 36 heures, sous forme de petits points gris, à peine perceptibles à l’œil nu.
Au bout de deux ou trois jours, les colonies ont pris un aspect typique. Dans la profondenr on voit des points ronds, plus souvent ovales, qui à un faible grossissement présentent unecouleur jaune brunètre et laissent apercevoir de fines granulations.
Les colonies de la surface de la plaque présentent deux formes absolument dissemblables, dont on douterait de l'identité si, par des réensemencements, on ne constatait pas que l’une peut reproduire l’autre. Ces formes sont l’une opaque, l'autre transparente. Escherich l'avait déjà signalé. Laruelle, puis Krogiüs, Malvoz, ete. l'ont nettement confirmé.
Les colonies opaques sont bien limitées, circulaires, épaisses, d’une couleur blanche et d’un aspect humide et luisant. Elles atteignent un diamètre de 1 à 4 ou 5 millimétres.
Les colonies transparentes, au contraire, s’étalent à la surface sous forme d’une pellicule mince, opaline, a surface sèche, à reflets
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DUMAS bleuâtres, pouvant atteindre jusqu'à 3 centimètres de diamètre, mais parfois ne dépassant pas 4 à 5 millimètres. Leur forme est ronde, polygonale, les bords souvent irréguliers et sinueux. Sous le microscope, ces dernières colonies présentent des dessins fort variables. On distingue tantôt des lignes ramifiées comme les nervures d’une feuille, tantôt on voit des sillons radiaires partant du centre, ou bien des figures stelliformes ; souvent on ne distingue que de fines granulations dans la partie centrale, tandis que la périphérie est presque homogène.
Parfois ces deux variétés morphologiques des cultures sont associées et la colonie présente un centre blanc opaque légèrement saillant entouré d’une bordure opaline, bleuâtre par transparence et à bord finement dentelé. Une même plaque peut présenter l’une ou l’autre espèce de colonies, mais parfois l’une et l’autre. La variété opaque cultivée dans le lait, ou passant par le péritoine de l'animal devient transparente (Laruelle).
Les mêmes différences que dans les cultures sur plaques se font remarquer dans les cultures par strie sur gélatine inclinée. On peut y voir soit une bande opaque saillante accompagnée ou non d’une bordure opaline à bord festonné ; à la partie inférieure de la strie la culture forme un dépôt abondant, crémeux, humide, visqueux £ soit une couche mince transparente qui s'étend des deux côtés de la ligne d’inoculation et peut atteindre les parois du tube : les bords de cette culture mince sont formés de festons plus ou moins grands se décomposant en fines dentelures.
La culture par piqûre dans le tube de gélatine se fait aussi bien à la surface que dans la profondeur, comme pour l’agar, ce qui indique que le B. coli est à la fois anaérobie et aérobie. A la surface, on constate une pellicule opaline, limitée, avec contours irréguliers, ou envahissant toute la gélatine, ou bien il se produit une végétationopaque, limitée, parfois très exubérante et semblable àune tète de clou. Dans la profondeur, on apercoit un trait blanc qui, au bout de quelques jours, paraît granulé. Si l’inoculation a été moins
‘ abondante, on voit se développer de petites colonies isolées, lenti-
culaires, jaunâtres, atteignant le volume d’une tête d’épingle. Autour du trait d’inoculation, il se forme souvent des bulles de gaz. Dans les vieilles culturesapparaît:un'nuage qui envahit les couches supérieures de la gélatine.
Les cultures sur gélatine s’accompagnent souvent de la formation de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien qui pénètrent la gélatine en rayons accidentés.
Culture sur pomme de terre.
La pomme de terre est un milieu nutritif très favorable au B. coli. En 24 heures, la cultureforme déjà surla surface ensemencée un dépôt assez épais d’un blanc grisätre, couleur purée de pois. En vieillissant, la culture devient plus jaune, puis foncée, d’un jaune brun qui existe parfois dès le début de la culture. En même temps, la prolifération dépasse la zone ensemencée, s'étale sur une grande surface de la pomme de terre en formant un enduit épais de 1 à 3 millimètres, luisant, d'aspect visqueux, à surface régulière ou mamelonnée ; parfots, il s’y développe des bulles de gaz qui éclatent, laissant à leur place de petits cratères. La périphérie de cette culture proliférante est souvent plus épaisse que la partie centrale.
Dans certains cas, la culture est très pauvre, ne dépassant pas la surface ensemencée, et restant sèche, brillante ou mate, d’une coloration tantôt jaune clair ou foncé, tantôt blanche à peine perceptible, ressemblant alors à s’y méprendre au dépôtopalin, mince, de la culture typhique. Escherich avait déjà signalé cet aspect à peine visible de la culture de son bacille ; il l’attribuait à la pomme de terre qui était vieille. Nous avons constaté le même aspect pour deux B. coli venant d’entérites cholériformes. Un B, coli venant d’angiocholite suppurée nous a donné une culture mince brillante jaune foncé. Cette disposition en culture mince, pauvre, semble donc appartenir au B. coli pathologique. Depuis longtemps déjà, MM. Roux et Rodet avaient remarqué cette perte du pouvoir chromogène du B. coli pathologique; MM. Charrin et Roger, puis Adenot l'ont signalé aussi. Mais, dans de nouveaux ensemencements, on peut voir le type opalin reprendre le type purée. Inversement, MM. Roux et Rodet, en diminuant la vitalité du B. coli, comme. nous le verrons, sont arrivés à faire prendre au B. coli sur pomme de terre l’aspect de la culture du B. typhique.
Action de la chaleur.
Le B. coli se développe encore à une température de 46° d’après
Bat ROUE MM. Roux et Rodet. Ces auteurs affirment qu’en chauffant quelques gouttes de culture de B. coli en petits tubes dits homæopathiques pendant treize minutes, ils ont pu donner au B. coli un caractère Eberthiforme consistant en un abaissement de la température limite de culture.
MM. Chantemesse et Widal maintiennent que si on chauffe le B. coli en plongeant le tube contenant la culture dans l’eau à 80», cette culture est tuée en moins de treize minutes ; bien plus, après cinq minutes d'exposition à une température de 61 à 6%, le B. coli est tué.
Que le procédé des auteurs lyonnais soit critiquable ou non, le résultat n'en reste pas moins très précis : les hautes températures diminuent d’une manière durable la vitalité végétative du B. coli.
Phénomènes de nutrition.
Les phénomènes de nutrition du B. coli ont été étudiés par Escherich, Baginsky (1), Scruel et M. Ide, aux travaux desquels nous emprunterons les conclusions.
4° Consommation des substances atbuminoïdes.
Escherich trouva, en collaboration avec Kohler, que cet organisme ne transforme que lentement la caséine. Après l’avoir ensemencé dans du lait conservé à la température de 38°, pendant quinze jours, il constata que ce liquide renfermait encore 3,24 0/0. Le lait de contrôle en accusait 4,67 0/0. Dans leurs expériences avec le bacille du foin et le streptocoque de l'intestin, les mêmes auteurs ne trouvèrent après le même laps de temps que 0.99 à 1,05 0/0 de caséine.
Scruel a établi que le B. coli attaque très lentement la peptone.
9% Alimentation par te tartrate d'ammoniaque.
Escherich a nrouvé que le bacille se développe abondamment dans la solution suivante :
lariraté-d'ammoniaque. 20 HU 1 0/0 Phosphate bipotassique........ AUS LS 0,1 0/0 Chlorure der calorume Me rien, Lens 0,010 0/0 Süuttate de magrésienmin.s LUS 0,02 0/0 bactose Oo rInCOSe Re EEE. ra
(1) Bagski. Zur Biologie der normalen Milchkothbakterien Zeitschrift f. phys: chem. 1889.