CHAPITRE II
Etude de la virulence du Bacterium coli.
Le Bacterium coli dont nous venons d'exposer la morphologie et les propriétés physiques et biologiques, est peut-être l'un des microbes les plus répandus. Escherich avait démontré sa présence dans l'intestin; bientôt après on le découvrit dans la bouche. Lesage le rencontre dans tous les estomacs quelle que soit la variété du chimisme stomacal. Il est donc distribué dans tout le tube digestif; ilest d'autant plus abondant que si l’on examine une portion plus inférieure de l'intestin; c’est du reste à cause de sa prédominance dans le côlon que Escherich lui avait donné le nom qui lui est resté. Les mammifères ont le même hôte dans leur tube digestif. Si on envisage maintenant la dissémination des matières fécales à la surface du globe, et la contamination des eaux qui en résulte, on peut se rendre compte de la généralisation de ce microbe. Aussi ne doit-on pas s'étonner de le rencontrer d'une manière constante dans les eaux de Seine. Dans certaines salles des hôpitaux il est fréquent de constater sa présence dans l’air ; il suffit de laisser un tube de bouillon non bouché dans une salle de malades: en un ou deux jours le bouillon est troublé et contient du B. coli. Comme ce microbe joue parfois un rôle important en pathologie, ce qui nous intéresse surtout c'est sa présence dans notre tube digestif.
Escherich examinant les selles des enfants nouveau-nés et nourris au sein, étudia d’abord les micro-organismes du meconium, puis ceux des premières selles dues à l’alimentation lactée : Dès la première selle de ce genre il trouva le B. coli, concluant à juste titre qu’il pénètre dans les premières voies dès les premiers mouvements de succion, ou peut-être même de respiration. Dans son
hope étude des microbes de la bouche, Wignal (1) décrit un bacille (d) qui n’est autre que le B. d’Escherich.
La présence de ce microbe dans tout le tube digestif est-elle justifiée par une action déterminée aidant à la digestion? M. Wignal a démontré que les microbes de l'intestin ont des propriétés digestives. M. Duclaux a établi expérimentalement « que l’action des ferments dans le tube digestif est au moins comparable pour la puissance à celle des liquides normaux de la digestion. ».
Sans doute, envisagés hors de l'individu les ferments sont capables de modifier les substances alimentaires de la même manière que les sécrétions normales de la digestion. Mais peut-on affirmer que cette action puisse s'exercer effectivement en présence des liquides normaux dont l’activité est si grande et la reproduction si facile aux moments précis de la digestion ? Dans la bouche, dans l'estomac leur influence adjuvante doit être bien restreinte. En est-il de même dans l'intestin grêle lors de la chymification ? En est-il de même dans le gros intestin alors que les matières intestinales n’ont plus guère de matériaux à offrir à l'absorption ou aux réactions des sucs digestifs? Les microbes interviennent-ils dans les phénomènes de putréfaction? Nous manquons de faits précis à ce sujet.
Escherich a montré que pour la caséine l’action effective du B. coli était insignifiante, presque nulle relativement à l’action d’un streptocoque intestinal. Mais ce streptocope aurait-il une pareille activité dans le contenu même du tube digestif? En raison de leurs propriétés fermentatives, on peut prêter aux microbes intestinaux une action digestive accessoire mais rien ne le prouve. Et il est aussi bien permis de supposer que ces microbes ne se trouvent dans le milieu intestinal que parce qu'ils rencontrent des conditions excellentes à leur développement, exercant leurs propriétés biologiques sur des matériaux incomplèlement élaborés par les sécrétions digestives.
En résumé, qu’il exerce ou non une digestion accessoire, nous pouvons considérer le B. coli comme un parasite, un simple sapro-
phyte.
(1) WaGnaz. Archives de Physiologie, 1887.
Du Bacterium coli normal.
Vivant ainsi à l’état de commensal, le Bacterium coli est il doué de propriétés pathogènes ? En d'autres termes est-il virulent? A-t-il des effets pathologiques sur les animaux? A cette question Escherich répond par l’affirmative.
En inoculant une culture sèche délayée dans l’eau distillée, soit chez le cobaye dans le péritoine, dans les veines, dans Ia peau, soit chez le lapin sous la peau ou dans les veines, il obtenait la mort rapide de ces animaux par une septicémie aiguë que nous étudierons plus loin. La souris est restée réfractaire.
En diminuant la dose, il obtenait sous la peau du cobaye soit un abces soit rien du tout.
De notre côté, et toutes nos recherches expérimentales ont été faites en commun avec Lesage, nous avons pris le B. coli des selles d'un enfant bien portant, sans la moindre trace de diarrhée, et nourri au sein ; et nous avons employé pour les inoculations une culture en bouillon faiblement alcalin avant l'ensemencement et ayant séjourné au moins deux jours à l'étuve à 870.
Dans ces conditions, en employant des doses convenables, c’està-dire un centimètre cube environ, presque jamais nous n'avons eu de décès du cobaye ni du lapin, en faisant cette inoculation soit sous la peau soit dans le péritoine (cobaye) soit dans l'oreille (lapin) ; à la souris nous injections environ un demi-centimètre cube sous Ja peau; toujours elle a résisté. Avant l'inoculation nous prenions la précaution d’agiter le bouillon. Et nous avons conclu que le B. coli des selles normales, dans la majorité des cas d’intestin normal, c’est-à-dire, sans la moindre trace de diarrhée, ne possède aucun pouvoir pathogène chez les animaux précités. En d’autres termes le Z. coli normal n’est généralement pas virulent.
Lors d'une première publication, nous avions quatorze épreuves de B. coli normaux (enfants au sein, gros et bien portants, sans iroubles digestifs) : onze fois l'inoculation aux doses sus-indiquées n'avait éle suivie d’aucun résultat; trois fois il tuait les animaux en trois à cinq jours. Par quelles circonstances ces trois échantillons élaient-ils virulents ? peu importe ; le grand nombre de faits conformes, et ils se sont multipliés depuis, confirmaient la règle.
A quoi donc tenait cette différence entre nos résultats et ceux
LENpRNES d’'Escherich? A la dose employée par cet auteur. En effet, le Savant allemand inoculait à ses animaux une dose que nous trouvons excessive : gros comme un pois de culture sèche, « eine erbsengrosse Menge », dit-il.
D’autres microbes inoffensifs seraient pathogènes, inoculés à pareille dose. Nous avons fait des expériences comparatives avec ces deux variétés de doses, c'est-à-dire : un centimètre cube de bouillon et gros comme un pois de culture sèche. Les résultats obtenus sont totalement différents. À dose massive le B. coli normal est pathogène ; à dose bactériologique, le B. coli ne fait absolument rien. La dose que nous avons adoptée est celle que tout le monde emploie généralement; de plus elle représente la quantité d’une culture de B. coli virulent, suffisante pour détermiuer chez les animaux des résultats positifs et constants.
Welch à établi, par des expériences faites en commun avec le docteur Blachstein, qu’un centimètre cube et mème moins d’un bouillon de culture du B. coli injecté dans les veines de l'oreille d’un lapin amène la mort de l’animal en six semaines. Nous avons obtenu des résultats analogues chez le lapin ; mais le B. coli dont nous nous sommes servis avait une certaine virulence. Il est vraisemblable que le B. coli de Welch avait aussi une virulence atténuée.
Chez l'adulte le B. coli a-t-il les mêmes caractères que chez l'enfant examiné dans les conditions précédentes ? oui, dans la majorité des cas; mais souvent pour des raisons qui nous échappent et qui peut-être tiennent à la constitution chimique du milieu, le B. coli de l'intestin de l’adulte est moins inoffensif. Néanmoins, dans la majorité des cas examinés, le B. coli de l’homme sain était normal, non viruleut.
Acquisition de la virulence,
Dès que l'intestin est souffrant et qu’il existe de la diarrhée, Le B. coli acquiert de la virulence; et il devient pathogène pour les animaux inoculés aux doses normales que nous avons dites précédemment: c’est-à-dire qu'un centimètre cube de bouillon sous la peau et dans l'oreille du lapin, un centimètre cube sous la peau et dans le péritoine du cobaye, un demi à un centimètre cube sous la peau de la souris produisent chez ces animaux une infection
STATE septique à marche rapide, septicémie par Bacterium coli qu’Escherich a parfaitement décrite.
La mort arriva dès le premier ou second jour. A l’autopsie le péritoine est rosé, contient un peu de sérosité grisâtre contenant parfois de légers flocons fibrineux ; le côlon et le rectum paraissent normaux mais contiennent un peu de liquide. L’intestin grêle surtout sa portion supérieure, est très hyperhémiée ; par transparence on voit les plaques de Peyer épaissies ; dans l'intestin grêle existe un liquide épais, blanc gris ou jaunâtre parfois sanguinolent, presque toujours muqueux. La coupe transversale de l'intestin montre l’aspect cholérique, c’est-à-dire la muqueuse congestionnée, formant une collerette rouge entourant le milieu instestinal, muqueux. La diarrhée examinée sur lamelles montre les cellules épithéliales desquamées et une prédominance de B. coli. De même la sérosité péritonéale. Le foie paraît normal.
La rate est tantôt normale, tantôt un peu hypertrophiée. La pulpe de ces deux organes sur lamelle montre Je B. coli. Le rein, le poumon, le cœur ne présentent rien à noter sauf que chacun de ces organes contient l'agent infectieux, qu’on retrouve seul sur les lamelles et en culture. Les ganglions mésentériques sont parfois un peu gros. Telle est la septicémie aiguë que produit le B. coli devenu virulent à la faveur dela diarrhée. Comme nous n’obtenions rien avec la même dose de B. coli normal, et que nous obtenons une septicémie avec le B. coli de la diarrhée, nous concluons que le B. coli de la diarrhée a de la virulence. Donc en étudiant le B. coli normal, il est de toute nécessité de s’enquérir de l'état de l'intestin.
Nous avons ainsi examiné le B. coli de 49 cas de diarrhée d’enfants : 34 nous ont fourni des résultats positifs, 13 n’ont rien produit. Il y a donc des cas de diarrhée dans lesquels le B. coli ne prend pas de virulence. Quelle est la variété de diarrhée? Quelle est l'influence du purgatif sur la prise de virulence? Ce sont des faits à étudier.
Donc la diarrhée donne de la virulence au B. coli, mais pas toutes les diarrhées. Dans un cas de diarrhée provoquée par le tartre stibié le B. coli était virluent. Pour l'interprétation des 13 cas négatifs, nous croyons qu'il faut faire intervenir l'influence de la température de la saison : ces cas négatifs ont été surtout observés en
PROG
hiver. Un fait qui contribue à montrer l'influence de la chaleur estivale pour la prise de virulence par le B. coli, c’est que, sur les trois cas cités plus haut, dans lesquels le B. coli normal a été suivi de résultats positifs en 8 à 5 jours, il y en avait un en mai, les deux autres en août, alors que les 13 cas de B. coli diarrhéique non virulent se décomposent : 8 en hiver, 5 en été. Enfin, ces cas négatifs viennent à l'appui de notre opinion que le B. coli normal ne fait rien aux animaux.
De l’envahissement cadavérique.
Sachant que le B. coli est un saprophyte, on s’attendrait à le voir après la mort; envahir tous les tissus, tous les organes de concert avec les autres saprophytes habitant la cavité intestinale. Il n’en est rien. Des recherches récentes ont établi d’une part que le B. coli ne franchit pas la barrière intestinale chez tous les cadavres, d'autre part que cet envahissement exige pour se faire certaines conditions déterminées. Il est bien entendu que ces résultats ne concernent que les exauens faits dans les délais habituels des autopies, c'est-à-dire 24 à 36 heures après la mort.
Dans un travail important paru dans le n° 6 des Archives de médecine expérimentale (1891), MM. Wurtz et Herman (de Liège) ont examiné 32 cadavres sur lesquels ils ont constaté 16 fois la presence du B. coli dans le foie, la rate, les reins, soit dans la moitié des cas.
Pendant les mois de novembre, décembre et janvier, nous avons examiné une série de cadavres, semant sur les milieux de cultures usuels quelques-uns des organes suivants : sang du cœur, pulpe de foie, de rate, bile, rein, poumon. On fait une prise dans ces organes à l’aide d’une pipette flambée avant de lui faire traverser la surface de l'organe fortement cautérisée.
Dans dix cas, les milieux de culture sont restés stériles. Les malades étaient morts de tuberculose pulmonaire, affections cardiaques, cancer utérin, mal de Bright.
M. Ménétrier qui faisait des recherches analogues aux nôtres a constaté aussi la stérilité des milieux dans plusieurs cas. Chez tous ces cadavres, l'intestin et son contenu étaient normaux.
Donc le B. coli normal d’un sujet n'ayant ni ulcération intestinale ni diarrhée ne présente pas l’envahissement cadavérique pendant
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l'hiver. L'été doit avoir uneinfluence favorable sur l’envahissement, ainsi qu’il parait résulter des recherches de MM. Wurtz et Herman. Cependant ces auteurs ne mentionnent pas l’état de l'intestin au point de vue de la diarrhée et de l’ulcération intestinale.
Létienne, dans sa thèse remarquable, a trouvé onze fois le B. coli dans la bile du cadavre, mais ilne signale pas non plus l’état de l'intestin.
De l’envahissement dans les cas de diarrhée.
Lorsqu'il existe de la diarrhée simple ou une plaie intestinale, il est fréquent de constater l’envahissement cadavérique. Et le B. coli trouvé dans les organes a des caractères pathogènes analogues au B. coli de la diarrhée. Toutefois, la virulence du B. coli axant envahi les organes n’est pas un fait constant.
Welch (1), sur 200 autopsies faites à Baltimore, entre une et douze heures après la mort, a trouvé 33 foisle B. coli dans un ou plusieurs organes. Mais, dans tous les cas, il y avait une lésion de la muqueuse intestinale : hémorrhagie, ulcération, perforation, inflammation, étranglement, cancer, traumatisme.
De nos recherches, il semble résulter que l'existence de la diarrhée donne au B. coli d’une part de la virulence, d’autre part des propriétés d’envahissement cadavérique, été comme hiver.
De l’envahissement cadavérique dans les cas de diarrhés infectieuse.
Chez les cadavres morts de choléra nostras, de choléra infantile, toujonrs le B. coli existe dans tous les organes ; et le microbe isolé des organes a la même virulence que celui pris dans le contenu mtestinal, virulence qui est très active, comme nous le verrons plus loin.
Tandis que dans les diarrhées simples le B. coli prend dans beaucoup de cas de la virulence, mais pas dans tous, et qu'il envahit l’organisme dans quelques cas; au contraire, dans les diarrhées infectieuses, quel que soit le type clinique, la virulence acquise est constante, l’envahissement cadavérique est cons- tant. Ce sont donc là deux propriétés fixes et stables acquises par
‘ le B. coli.
(4) WeLcx. The medical news, 12 décembre 1891,
En, QE
Le B. coli de la fièvre typhoïde répond à ces conditions : dans plusieurs cas nous avons vérifié sa présence dans tous les organes : reins, foie, bile, pancréas, poumon, sang ou cœur, substance cérébrale. La culture du B. coli du poumon était virulente comme celle du contenu intestinal. Dans la rate nous n'avons trouvé que le bacille typhique chez ces mêmes cadavres : le diagnostic se fai- . Sait aisément par la manière dont ces deux microbes se comportent en présence de la lactose.
De l'envahissement du poumon par le B. coli.
Que le B. coli franchisse les parois intestinales altérées (diarrhée, ulcérations, etc.) pour envahir ensuite les organes adjacents (rein, foie, rate, sang), rien de plus aisé à concevoir. Mais la présence de ce micro-organisme dans le poumon n’est pas d’une interprétation aussi simple. | ii
Or, dans plusieurs cas de broncho-pneumonie et de pneumonie. surtout dans cette dernière épidémie de grippe, nous avons constaté à l'autopsie, dans les poumons, la présence du B. coli en même temps que les autres microbes pathogènes ordinaires de cet organe (pneumocoque, streptocoque). De deux choses l’une : ou bien il avait contribué pendant la vie à la localisation pathologique des microbes, ou bien il avait fait un simple envahissement, après la mort, d'un organe malade déjà peuplé de micro-organismes pathogènes. Dans cette seconde hypothèse on conçoit que sa présence habituelle dans la bouche lui rende très facile lenvahissement d’un organe préparé par l’action nocive d'autres agents pathogènes. C'est peut-être ainsi qu'il faut expliquer sa présence dans le pus de bronchites à l’antopsie, et les cas ne manquent pas; de même
sa présence dans les affections chroniques du poumon, les ca- vernes pulmonaires, ainsi que l’a signalé M. le professeur Cornil. Welch l’a constaté dans un poumon œdématié et enflammé. Nous j'avons trouvé aussi dans un poumon fortement œdématié chez un brightique mort d'urémie ; il existait aussi dans un exsudat pleural attenant à ce poumon œdématié. Dans ce cas le B. coli était seul micro organisme. Nous ne saurions décider s’il était l'agent causal de cette lésion pulmonaire, ou s’il ne s’y trouvait qu'à la faveur d’un envahissement post mortem. Quoi qu’il en soit, le B. coli, hôte habituel des premières voies, se rencontre souvent dans le poumon
RER RE | malade, y pénétrant pendant la maladie, ou après la mort. Est-ce pour lui une voie d’envahissement de tout l'organisme ? nous ne le croyons pas, Car dans trois cas l’envahissement était purement local, c’est-à-dire limité au poumon.
Quand commence l’envahissement cadavérique ?
L'expression envahissement cadavérique fait supposer que le B. coli ne se met en migration qu'après la cessation des phénomènes vitaux ; et il nous est arrivé de dire parfois : envahissement post mortem. En réalité nous ne savons pas quand débute cet envahissement. Mais nous pouvons supposer qu'il commence parfois pendant l’agonie des maladies graves, cachectisantes, pendant les dernières heures d’une vitalité presque éteinte.
En effet Lélienneia montré que moins d’une heure apres la mort il observait la présence du B. coli dans la bile : dans trois cas (tuberculose pulmonaire, diabète et tuberculose, angiocholite) il fit cette constatation de 40 à 45 miuutes'après la mort ;2 fois, 3 heures après ; les autres cas ont été examinés 10, 13, 14, 20 heures après la mort. |
Or on sait que la bile normale est complètement aseptique, ce qu'a parfaitement démontré Dupré dans sa thèse.
D'autre part Gilbert et Girodesur huit cadavres normaux, 24 heures après la mort, ont trouvé le B. coli dans la bile deux fois seulement. Il semble donc, d’après les recherches de Létienne, que la bile s’infecte par le B. coli dans les états graves produisant une agonie lente. La bile est-elle dans ces cas le point de départ de l’envahissement général de l'organisme? Rien ne le prouve.
De la virulence du B. coli pathologique.
Après le mémoire de Laruelle établissant l’action du B. coli dans la pathologie humaine, les observations se sont multipliées montrant la variété des manifestations morbides de ce micro-orga. nisme chez l'homme.
Tous les auteurs qui ont examiné ces. localisations du B. coli ont considéré ce microbe comme étant l'agent pathogène des lésions observées, (choléra nostras, angiocholite, péritonite, etc.) parce qu'il était seul dans les suppurations, parce qu’il existait dans tous les organes. et parce qu’il tuait les animaux.
Certes il y a lieu de s'étonner de voir conclure à l’action pathogène du B. colichez l’homme parce qu’il tue les animaux, alors que les expériences d'Escherich établissaient que le B. coli, même à l’état normal, tue les animaux. Or de nos expériences il résulte que, contrairement à l'opinion d’Escherich, le B. coli normal inoculé à dose convenable n'est pas virulent. L'opinion des. auteurs précédents est donc légitime et nous pouvons conclure à l'action pathogène du B. coli, à sa virulence, lorsqu'il répond aux conditions suivantes: Si son inoculation tue les animaux; lorsque, outre ce caractère, il est seul dans la lésion observée, ou que dans l'intestin il tend à être seul ; et si, dans l’envalissement cadavérique, consécutif aux cas infectieux, il est seul dans les organes, possédant là les mêmes caractères de virulence que dans l’organe atteint durant la vie. A plus forte raison le B. coli, pourra être considéré comme l’agent de la maladie observée, si par l'expérimentation on arrive à lui faire reproduire une maladie semblable. En étudiant les maladies imputées à l’action du B. coli nous verrons que la plupart des auteurs ont vérifié ces différents caractères. Pour le moment, un fait capital se dégage de l’étude de tous ces faits où ce micro-organisme a été regardé comme agent pathogène : c'est que le B. coli pathologique chez l'homme est virulent chez les animaux.
Bacterium coli des diarrhées.
Cette virulence n’est pas toujours identique à elle-même. Elle paraît avoir son maximum d'intensité dans les cas de diarrhée infectieuse tels que les cas de choléra nosiras de Gilbert et Girode, de Chantemesse, Widal et Legry, de mème dans le cas d'infection pseudo-puerpérale des mêmes auteurs. Tous en effet ont trouvé dans l'intestin le B. coli, qui. inoculé aux animaux aux doses habituelles, les tuait en 24 à 48 heures de septicemie aiguë à B. coli. A juste raison ils s’appuyaient sûr ce resultat pour lui attribuer la maladie observée dans laquelle ils n’avaient trouvé que lui seul, D'autre part ils ont noté que chez le cadavre il y avait envahissement des organes en dehors des régions atteintes. Parfois mème cet envahissement se faisait pendant la vie (Gilbert et Girode), fait sur lequel nous aurons occasion de revenir. Dans les 22 cas de diarrhée infectieuse, dont Lesage avait commencé FPétude en 1886, dans deux cas d’entérite cholériforme chez l'adulte, que nous a
fournis M. Ménétrier, le B. coli était virulent dans l'intestin, et toujours il présentait l’envahissement cadavérique, aussi bien l’hiver que l'été, D'autre part le microbe des organes envahis a la même virulence que celui pris dans l'intestin. Dans tous ces cas l'inoculation aux animaux a toujours les mêmes résultats : la souris, le lapin, le cobaye meurent en 1 à 2 jours de septicémie. C’est donc là un type de grande virulence.
Dans plusieurs circonstances la présence du B. coli dans certains organes, relevait non pas d’un envahissement cadavérique, mais bien d’une invasion pendant la maladie, véritable localisation secondaire d'un microbe exerçant déjà son action nocive sur un autre organe. Tels sont les cinq cas de broncho-pneumonie observés par Lesage, lésions diagnostiquées pendant la vie ; et on ne trouva a l’autopsie que le B. coli virulent. Le cas de Gilbert et Girode est plus précis encore, car c’est deux jours avant la mort que la ponc” tion du poumon, et du liquide pleural (une heure avant la mort) donna du B. coli sur les cultures.
Atténuation de la virulence.
Le B. coli virulent des diarrhées infectieuses garde sa virulence aiguë plus ou moins longtemps. Rien de fixe à cet égard. Si on conserve la culture en bouillon soit à l’étuve à 57° soit à la température ordinaire, cette virulence peut tomber rapidement en un mois, ou bien se conserver pendant plusieurs mois, 4 mois dans l’un de no: cas d’entérite cholériforme.
Il nous à semblé que les cultures sur agar, à la faveur de la dessiccalion. perdiient plus vite leur virulence que les cultures en bouillon. La perte de la virulence est totale, le B. coli redevenant normal, inactif chez les animaux ; ou bien elle s'effectue graduellement, et alors l’atténuation se manifeste d'abord par une survie plus longue des animaux, qui ne meurent qu’au 8°,4°,5°, jour et plus, avec les lésions du choléra nostras prolongé ; si l’atténuation s accentue, l'inoculation produit non plus une septicémie
mais une [eésion locale, c’est-à-dire de la suppuration : le B: colia
acquis des qualités pyogènes que nous étudierons. bientôt. Enfin une virulence encore moindre produit des résultats à longue ééhéance : ainsi le fait signalé par Welch, dans lequel la mort du lapin est arrivée après six semaines : l’animal meurt de cachexie