AMEN TE
CRETA PRICRIE 2e
La lésion rectale primitive est comme partout ailleurs, le chancre huntérien avec les caractères généraux que nous lui connaissons, et aussi avec quelques caractères spéciaux qu'il tire de son siège et des nombreuses causes d'infection auxquels il est exposé par sa situation même. Le chancre Syphilitique du rectum est unique. La forme est assez régulière, sensiblement arrondie; dans notre observation, le toucher nous a donné la sensation d’un fer à cheval ouvert en bas; dans le fait rapporté par M. Jean, le doist parvenu au-dessus du sphincter percevait nettement avec la pulpe de l'index, une ulcération à peu près circulaire située sur le côté gauche. Chez notre malade, la lésion siégeait en arrière sur la ligne médiane et s’étendait sur tout le côté droit. Les dimensions de l'ulcération elle-même sont assez circonscrites, tandis qu'au contraire la base d’induration, très nette le plus souvent, de consistance franchement cartilagineuse (Jean), et parfoïs très étendue, peut d’après Vidal (de Cassis), occuper toute la circonference du rectum. Mais il importe de distinguer l'induration caractéristique du chancre infectant des indurations inflammatoires qui peuvent s’y surajouter et même sy
surajoutent dans le plus grand nombre des cas. Ceci ren-
tre alors dans les complications sur lesquelles nous revien-. drons.
On a tenté de reconnaître le chancre par la vue, soit au moyen de lécartement des plis de l'anus avec les doigts, soit encore en utilisant le spéculum ani, mais ces manœuvres trop douloureuses, malgré le peu de tonicité du sphincter, n’ont pu être supportées par les malades. Cependant chez le nôtre, nous avons pu nous rendre compte de visu de l’aspect, de la forme et de l'étendue du chancre, en introduisant un doigt dans le rectum pour dilater légèrement le sphincter; nous pûmes apercevoir la partie inférieure de l’ulcération, qui nous parut tuméfiée, et de couleur rose foncé.
D'ailleurs, les caractères du chancre infectant rectal sont ceux du chancre des muqueuses en général, il appartiént au type érosif.
L’adénite caractéristique qui accompagne l’évolution du chancre rectal peut siéger dans différents groupes ganglionnaires, elle peut être : 1° inguinale et occuper comme dans le cas de M. Jean, également le côté droit et le côté gauche (cette variété d’adénite, n’a d’ailleurs au point de vue du diagnostic de l’accident primitif rectal qu'une valeur secondaire, tandis qu’au contraire elle peut être d’une réelle importance plus tard pour déceler l’infection générale de l'organisme par la syphilis) ; 2° l'adénite qui peut être. percue avec le doigt sur les côtés ou en arrière du rectum siège très vraisemblablement dans les ganglions lymphatiques de la région, mais nous ne croyons pas, comme M. Jean semble l’admettre (/oc. cit.
p. 37) quele doigt explorateur enfoncé le plus haut possi-
Ca
< Poe ble dans le rectum puisse arriver à percevoir une adénopathie lombaire.
Avec ces lésions capitales qu'aucune pièce ne nous a permis d'étudier plus complètement dans leur siège comme dans leur nature, coïncident toujours des lésions que lon pourrait appeler des lésions banales et qui tiennent à la rectite concomitante : elles ne méritent point d’ailleurs une description spéciale.
En revanche, nous ne saurions passer sous silence les complications de l'accident syphilitique primitif du rectum, complications qui sont les unes précoces, les autres éloignées.
Complications précoces. — Parmi les complications precoces, on ne saurait attacher d'importance à l’hémorrhagie qui se produit si facilement après le toucher rectal et les manœuvres d'exploration ; mais le contact permanent des matières avec l’érosion de la muqueuse favorise la fixation des micro-organismes normaux de l’intestin, et l’infection consécutive du chancre syphilitique. Cette infection peut être simple, et se traduire seulement par des modifications dans l'aspect du chancre, dans l’étendue de l’induration, dans la sensibilité au contact, et enfin dans les caractères de l’adénite. |
Dans d’autres cas, au contraire, on peut voir apparaître le phagédénisme. D’après M. Vidal (x), cet état complique souvent le chancre intra-anal, tandis qu’au contraire
pour M. Mauriac (2), la déviation phagédénique paraît
r. Vidal (de Cassis), Traité des mal. pén., Paris, 186$, p. 441.
2, Mauriac. Leçons sur les maladies vén.
Da Ve Des rarement dans cette variété de chancres syphilitiques. Les chances de phagédénisme paraissent surtout être en rapport avec l’état général de l'individu : c’est d’ailleurs cet état qui a été invoqué par M. Desprès (1) pour expliquer la formation des rétrécissements du rectum. Dans les observations que nous avons pu recueillir, une telle complication n’a pas été notée, et cependant un rétrécissement rapide du rectum a été constaté chez la malade de M. Sauri Ricardo.
Complications éloignées. — Le rétrécissement du rectum qui se produit parfois d’une façon rapide, ne se montre habituellement que plusieurs années après la guérison de la lésion primitive ; aussi, est-il très difficile de saisir les rapports qui existent entre le chancre etle rétrécissement. D'ailleurs, nous ne tenterons pas de rappeler, même succinctement, les opinions qui ont été émises et défendues par des maîtres. Nous laisserons donc de côté toute la question du syphilôme ano-rectal.
Mais le chancre syphilitique est toujours suivi d’une rectite qui a tendance à s'établir à l’état chronique, et elle-même peut être le point de départ rapide de modifications profondes dans la structure de la muqueuse, parfois même des pertes de substance avec fistule consécutive. Ces conséquences ne sont point particulières au chancre induré, se sont celles de toutes les ulcérations recta-
les, quelle qu’en soit la nature.
1. Desprès. Chancres phagédéniques du rectum. Archives de médecine,
der,