CHAPITRE
Les symptômes fonctionnels du chancre syphilitique rectal n’ont rien de caractéristique, et par conséquent en se bornant à leur simple constatation, il serait absolument impossible d'arriver au diagnostic. Ces symptômes ne doivent cependant pas être négligés, car ils éprouvent péniblement le malade et nécessitent une thérapeutique appropriée. En effet, le chancre syphilitique du rectum n’est pas une lésion indolente; peut-être cette sensibilité tient-elle à quelqu’une des complications dont nous avons parlé, peut-être est-elle au contraire une des caractéristiques du chancre rectal : quoiqu'il en soit, son intensité est telle que les malades ne manquent point de s’en plaindre. Cette douleur plus ou moins continue est réveillée ou exagérée par les tentatives d'exploration qu'elle peut rendre impossible (cas de M. Jean, où on ne peut placer le spéculum ani). Elle s’exagère également au moment de la défécation, par le passage des matières. En effet, une constipation opiniâtre accompagne presque toujours cet état douloureux local.
Lorsque l’on vient de parti pris examiner l'anus d’un malade chez lequel on a lieu de soupçonner l'existence d’une lésion syphilitique primitive du rectum, on remarque déjà une rougeur locale, parfois même des ulcérations
Perceau : 4
sans aucun caractère spécifique, et qui paraissent entrelenues par un faible écoulement sanieux. Cet écoulement n’est constitué que par un simple suintement suffisant à peine à tacher le linge, habituellement formé par du muco-pus mélangé à du sang après le passage des matières ou après les explorations, et parfois alors constitué par du sang pur. Comme dans toutes les rectites, puisque les signes que nous décrivons sont des signes de rectites, les matières sont accompagnées de mucosités abondantes que Trélat comparait à des crachats, et même appelait crachats rectaux.
Quand l'examen au spéculum ani est possible, ou bien encore, quand l’on peut en dilatant l’anus avec les doigts mettre facilement le chancre en lumière; on apprécie les caractères que nous lui avons assignés précédemment d'après notre observation personnelle.
Mais puisque dans la majorité des cas, cet examen direct par la vue ne saurait être pratiqué, et l’on a dit pourquoi, il faut savoir se contenter des renseignements fournis par le toucher rectal. On apprécie alors avec la pulpe du doigt l'étendue de l’induration, les caractères de l’ulcération, si ulcération il y a, et enfin, en recherchant en arrière et sur les parties latérales après avoir introduit le ‘oigt le plus haut possible, on cherche à reconnaître l’état des ganglions de la région qui dans un cas (Jean) étaient manifestement engorgés. De même, on peut trouver, coïncidant avec le chancre rectal, des lésions de voisinage dont l'importance est d'ailleurs médiocre, et qui cependant doivent toujours être recherchés parce que la constatation de syphilides secondaires au pourtour de
la vulve, alors que le siège de l’accident initial reste indéterminé, doit immédiatement faire songer à la nécessité de pratiquer le toucher rectal, et à plus forte raison, sil s'agit de syphilides généralistes.
À la première période de l’évolution du chancre syphilitique du rectum, les malades ne se plaignent que des symptômes locaux fonctionnels que nous indiquions au début de ce chapitre, mais très rapidement, se montrent les signes d'infection générale, nous voulons parler des syphilides généralisées, rostole, et encore de la fièvre syphilitique se traduisant par de l'hyperthermie et son cortège symptomatique habituel.
Il serait curieux de savoir si une syphilis ayant pour point de départ un chancre rectal présente une marche particulière ou une gravité spéciales. Il nous est malheu-
reusement impossible de répondre à cette question.
GH'APIPREVE
La marche, la durée, la terminaison du chancre syphilitique rectal sont à peine connues. Il importe toutefois de rappeler ici que la lésion primitive de la muqueuse de l'intestin peut être le point de départ d’un rétrécissement; ce rétrécissement lui-même peut être purement cicatriciel, ou bien appartenir à cette catégorie tout-à-fait spéciale que l’on désigne sous le nom de syphilôme anorectal.
On sait que pour Gosselin, le syphilôme avait pour point de départ une véritable chéloïde sous-muqueuse, pouvant résulter de toute lésion vénérienne, aussi bien du éhancre mou que du chancre induré, et s'étendant bien audessus des limites de la lésion primitive. On sait également que pour M. Desprès, pour qu’une lésion de lintestin donne lieu à un rétrécissement ou à une stricture, il faut qu'elle se soit compliquée de phagédénisme ; et qu'aujourd'hui on tend à voir dans le syphilôme une lésion spécifique, probablement scléro-gommeuse et atteignant d'emblée le rectum. L'observation de Sauri Ricardo semble prouver au contraire que le rétrécissement peut succéder à un chancre en dehors de toute complication,
puisqu'il n’en nota aucune.
he os —
Si lon avait revu les malades un certain temps après Ia: guérison de leur chancre rectal, on eût peut-être assist£ x la constitution d’un rétrécissement, maïs aucun d’eux n’estrevenu se soumettre à l'examen médical.
En décrivant les symptômes du chancre huntérier dix. rectum, nous l’avons considéré d’une façon un peu schië— matique, puisque nous avons laissé de côté toutes les-corm— plications bénignes ou graves qui l’accompagnent ordimairement. Nous avons signalé l'infection habituelle du cham— cre par la pénétration des microbes de l'intestin: cette infection a pour conséquence de transformer l’érosien er. ulcération, et parfois, par cette surface cruentée, se fonte petites hémorrhagiès. En outre, l’adénite inguinale, si celle ci peut être considérée comme symptomatique du chancererectal, perd ses caractères ‘spécifiques, et au lieu d’être. constituée par des ganglions indurés multiples et inde lents, peut devenir légèrement douloureuse.
De même, nous y revenons encore une fois, l’ulcèræ— tion elle-même est douloureuse.
Comme complications éloignées et possibles, on a notë-
la persistance d’un trajet fistuleux s’ouvrant dans le vagin
CHEAP ITR NETE
Un malade se présente comme la dame dont parle Ricord et accuse du côté du rectum des troubles vagues dont on est souvent loin de soupçonner la cause: en pratiquant l'examen complet sur le corps on remarque la présence d’une syphilide ; le premier soin est alors de regarder les organes génitaux et de rechercher s’ils ne sont point le siège de l’accident primitif. En même temps, par un interrogatoire circonstancié, on cherche à savoir si le malade a déjà eu la syphilis ou s’il a été soumis récemment à une cause d'infection. Malgré une inspection attentive, on ne découvre rien, il faut alors songer à la possibilité d’un chancre rectal, et très certainement si on y pensait un peu plus souvent, le nombre de ces chancres serait relativement plus considérable.
D'ailleurs, si les malades n’avaient point avoué leurs pratiques de sodomie, il est bien probable que l’attention ne se serait point portée de ce côté, à moins toutefois que l’élément douleur ne justifiât par son intensité un examen local attentif.
Quoiqu'il en soit, chaque fois que la chose est possible, il faut mettre en usage tous les procédés d’exploration ; après le toucher qui renseigne sur le siège du chancre,
son étendue, son induration, on cherchera à le voir di-
— 27 LS rectement, et l’on ne manquera point, si la chose est possible chez la femme, de pratiquer l'éversement de la muqueuse rectale en introduisant un doigt dans le vagin. js
Le diagnostic positif du chancre du rectum qui paraît si Simple à première vue est au contraire d’une difficulté extrême, tandis qu’au contraire le diagnostic différentiel n'arrête pas longtemps le clinicien. |
On ne confondra pas le chancre du rectum avec le chancre syphilitique ano-rectal; le siège de l'ulcération, l'intégrité de l'anus lui-même, ou tout au moins son intégrité relative ne permettant aucune hésitation.
Le chancre mou du rectum, dont l'existence est con testée, comme nous l'avons vu, est cependant encore admis par quelques auteurs. Pour le différencier du chancre induré, on ne peut tenir compte ici de l’indolence, de l'absence de suppuration et d’adénite, de la présence d’une induration puisqu'il y a des indurafons inflammatoires simulant l’induration spécifique ; mais alors dans un cas douteux, on aurait recours au procéde classique de l’inoculation sur le même sujet et à l'examen direct du pus dans lequel on retrouverait les fibres élastiques caractéristiques (signe de Lenoir) en se servant du procédé indiqué par M. Balzer. On pourrait enfin pratiquer l’examen bactériologique (1) qui est à la portée de tous les médecins depuis que M. Nicolle en a précisé la
technique (2).