‹ Étude sur le château de BonaguilChapitre 4 sur 12 · ÉTUDE SUU LE CHATEAU · texte numérisé non relu

ÉTUDE SUU LE CHATEAU

de guerre, soit, au contraire, ses vassaux et serviteurs qui, pendant la paix, venaient lui rendre hommage et lui demander justice et protection. — N’oublions pas, en dernier lieu, le puits X, situé dans la cour intérieure, derrière la cage de l’escalier du donjon. Comme tous les châteaux qui devaient soutenir des sièges, il était indispensable de se procurer de

l’eau sans avoir besoin d’abaisser la herse du pont-levis. De là ce gouffre énorme creusé à pic et allant recueillir, au fond de la vallée , les sources d’eau vive qui viennent jaillir du roc à une incroyable profondeur.

Par là nous avons fini l’étude de cette partie est du château. Entrons maintenant dans les nombreux corps de logis que nous trouvons à notre droite.

— En premier lieu, et donnant sur la cour intérieure, nous trouvons une jolie tourelle 8, assez basse, et dont la porte d’entrée présente à son faîte un gracieux écusson en pierre , terminé à son sommet par une couronne et qui, semblable à celui de la poterne E, dessinait autrefois les armes du seigneur. La sculpture en est gracieuse et assez élégante. Cette tourelle 8, s’avançant ainsi dans la cour, n’est autre que la cage d’un escalier dont on voit encore la spirale le long du mur, et qui conduisait aux appartements principaux. Ces appartements, parfaitement distincts, les derniers habités et probablement aussi les derniers construits, occupent tout le corps de logis situé à gauche de la cage de l’escalier, vers le sud, et sont représentés sur le plan par les lettres N, N', N". Seul, le mur N' N" est encore debout : le mur N N', qui lui était perpendiculaire et

DK BONAGUIL.

qui permettait à l’appartement N de communiquer avec le donjon par la petite tour 7, a été détruit ; ce qui fait croire au premier abord que le donjon était complètement isolé.

C’était dans ces bâtiments, et particulièrement dans les chambres N' N", qu’habitait la dame du château de Bonaguil. Deux étages sont encore indiqués, malgré l’absence des plafonds, et on voit que les deux cheminées qui les réchauffaient, toutes les deux beaucoup plus grandes que ne le sont nos cheminées modernes, étaient cependant trop petites et trop coquettes pour abriter le seigneur et ses vassaux. Peut-être sa chambre à coucher était-elle en N ; mais il est plus raisonnable de croire que le donjon était son lieu d’habitation favori, surtout dans les premiers temps, et que les pièces dont nous parlons étaient principalement réservées à la châtelaine et à ses suivantes. La tour 5, la plus avancée du côté sud, et dominant toute la vallée, atteste, par sa construction légère et gracieuse et par sa porte de communication avec la chambre N', qu’elle devait plutôt servir d’oratoire, et peut-être même de boudoir, que de salle d’armes ou de principale défense.

Il est, d’ailleurs, probable que si le seigneur n’habitait pas le donjon, c’est dans les appartements situés à droite, en regardant l’ouest, de la cage de l’escalier 8, qu’il avait choisi sa principale résidence. C’est en effet de ce côté, en N'", que nous trouvons la première grande salle qui puisse nous donner une idée de la puissance du seigneur. Deux étages sont également superposés, et tous les deux à la même hauteur que ceux de gauche. Le premier est une vaste salle rectangulaire,

munie d’une immense cheminée dont le dessus, ouvragé, représente les armes du seigneur. Quatre ouvertures y font pénétrer la lumière : d’abord deux grandes fenêtres en croix donnant vue sur le sud-ouest, puis une autre encore plus grande tournée vers le nord-ouest, en face de la cheminée, et enfin une fenêtre ogivale donnant dans la cour intérieure. Une petite porte basse, T, permet de passer de cette salle dans la grosse tour 9. Enfin, la porte par laquelle on entre donne sur un sombre et étroit couloir Q, réunissant la cage de l’escalier 8 à la tour carrée P, de plein pied avec le premier étage, et permettant ainsi de passer de la chambre N'" dans la chambre N*.

Le deuxième étage de l’appartement N"' est identique au premier, beaucoup plus bas cependant, et avec des ouvertures beaucoup moins grandes. Quant au rez-de-chaussée , recouvert maintenant de grosses herbes, il représente la même disposition, sauf qu’il est encore plus sombre. C’était probablement la cuisine principale. Comme le premier étage, il communique par une porte basse avec la grosse tour, et donne, comme lui , non plus sur le couloir Q , mais juste au-dessous , au sommet du grand escalier de pierre dont nous parlerons tout-à-l’heure.

Disons enfin un mot de cette grosse tour 9, d’un énorme diamètre, et qui devait servir de grande salle d’armes ou de grand salon de réception. Là se réunissaient probablement les preux et les chevaliers , alors qu’ils partaient pour la guerre, et qu’ils prêtaient serment à leur chef; là se tenait le conseil dans les moments critiques ; là se rendait , haute , moyenne ou

DK BO.NAGUIK.

basse justice ; là se célébraient les mariages au milieu des fanfares; là enfin était prononcée l’oraison funèbre du seigneur mort en défendant son manoir. — Quant à la défense extérieure, cette tour était la plus menaçante de toutes celles qui entouraient le château. D’énormes mâchicoulis, très-resserrés les uns contre les autres , et dont on voit encore les derniers débris, l’entouraient de toutes parts, et écrasaient ainsi ceux qui avaient l’audace d’entrer dans les fossés. En outre , un second étage de défenses au-dessus, constituait un chemin de ronde et permettait ainsi aux sentinelles de veiller tout autour. Enfin, elle était terminée à son sommet par un dernier étage de créneaux et de meurtrières, et par un parapet crénelé autour du faite. Elle protégeait ainsi à la fois l’ouvrage avancé, les fossés, toute la plateforme M, et terminait du côté nordouest tout ce corps de logis dont nous venons de nous occuper.

— En commençant cette description, nous avons dit que le château de Bonaguil n’avait qu’une seule entrée en À, la petite porte, située au bas de la grosse tour, n’existant que depuis très-peu de temps. Cependant, si on observe attentivement le mur de contre-garde extérieur , on remarque , du côté sud, à l’endroit où le château est peut-être le plus inaccessible , un petit sentier presque à pic, et conduisant à une espèce de porte ou poterne murée F, par où entrait quelquefois le seigneur. — Cette porte F conduit dans les fossés. Si l’on suit par conséquent le fossé F', défendant le château du côté est, et que l’on contourne la tour 3, on se trouve du côté du nord, en présence

d’une bâtisse V, dont il fallait forcer la porte pour arriver dans le fossé F". On passe alors sous le pont-levis D, à une trèsgrande profondeur, et on arrive ainsi au pied de la grosse tour. — Là, une seconde traverse V vient défendre l’entrée de la plateforme M. Il fallait renverser ce mur et essuyer les feux de la grosse tour, pour pénétrer sur cette plateforme, dont l’occupation était des plus importantes pour la prise du château. Là, en effet, sur ces neuf arcades que l’on aperçoit de loin en arrivant, se trouvaient posées les plus fortes pièces d’artillerie dont le châtelain pouvait disposer. Il commandait ainsi toute la vallée sud-ouest, protégeait ses vassaux qui se pressaient à ses pieds, et empêchait ainsi les assaillants d’y venir poser le siège. — Ce côté était presque imprenable.

Si donc, après avoir traversé cette plateforme, on continue sa marche vers le sud , on arrive à une petite tourelle excessivement basse R, dont on monte les trois marches, et qui vous fait pénétrer sur une seconde plateforme M', contournant la tour 5, beaucoup moins large que la précédente , mais dont la position maîtresse de tout le côté sud défend encore vigoureusement le château." Comme la plateforme M, elle devait soutenir des pièces de gros calibre. On arrive ainsi , après l’avoir traversée dans toute sa longueur, presque au point de départ F, mais à une assez grande hauteur au-dessus de cette poterne; et on rencontre juste au-dessous du bâtiment carré J, magasin de munitions autrefois et qui termine le donjon du côté sud, une grande et large porte , donnant entrée dans les caves ou prisons, dont la longueur s’étend dans une profonde

DE BONAtiUlL.

obscurité au-dessous du donjon. Leur sortie devait être probablement dans le fossé F', bien que certaines personnes prétendent qu’elles étaient continuées par un étroit souterrain allant déboucher dans le creux de la vallée , au milieu d’un massif de ronces et de broussailles. Il n’est pas, d’ailleurs, de châteaux du moyen-âge où l’on ne fasse voir ces sortes de conduits souterrains , refuges plus ou moins romanesques des châtelaines assiégées.

Si nous revenons maintenant sur nos pas , et si, après avoir traversé la petite tourelle II , nous tournons brusquement à gauche, au lieu de nous avancer en M', nous trouvons un petit pont-levis U, qui, une fois baissé, conduit directement au bas de la tour carrée P. Cette tour, dans son rez-de-chaussée, forme la cage d’un magnifique escalier de pierre , dont le large palier se coupe à angles droits. Seulement, il ne monte que jusqu’au rez-de-chaussée de la cour intérieure et même un peu plus bas. Ses murs sont percés de meurtrières, et sa voûte s’arrondit en ogives gracieuses et légères. Cette voûte supporte la tour carrée P, dont le premier étage communique de plein pied avec les appartements N" N'" et le couloir Q. Seulement, au haut du large escalier de pierre, s’ouvre une porte donnant, comme nous l’avons déjà dit, dans le rez-dechaussée du corps de logis N , et se présente en face un petit escalier de seize marches, très-étroit, réunissant le grand escalier de pierre à la tour 8 du premier escalier ; on pouvait donc communiquer ainsi , par ces trois escaliers , de la plate— foTme M' dans les appartements N" N'" et dans la tour carrée P.

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