‹ Étude sur le château de BonaguilChapitre 5 sur 12 · ETUDE SUI1 LK CHATEAU · texte numérisé non relu

ETUDE SUI1 LK CHATEAU

Comme on le voit, cette partie du château était très-irrégulière ; et il est probable que tel avait été le but de l’architecte , de vouloir, par ces détours, connus seulement des habitants du château, d’abord leur faciliter une sortie directe sur les plateformes M et M' et en même temps désorienter les assaillants devenus maîtres des remparts , en les contraignant à pénétrer un à un et à diviser ainsi leurs forces dans ces galeries étroites , dont les passages cachés leur étaient inconnus. Par là nous terminons la description intérieure et extérieure du château de Bonaguil. Il nous reste à voir le but de l’architecte, et les innovations évidentes faites pour la défense du château.

De tous côtés en effet, ce magnifique manoir encore trèsbien conservé, et auquel il ne manque que les toitures, présentait d’admirables et sûres défenses. Les tours 3 et 4 et la courtine c" du côté est; les tours 7 et 3 et la plateforme M' du côté sud; la tour carrée P, la grosse tour 9 et la grande plateforme M, du côté ouest; enfin les deux tours i et 2, et l’ouvrage avancé B du côté nord ; et pardessus tout, le donjon, qui faisait essuyer de tous côtés le feu de son artillerie, étaient autant d’inexpugnables défenses. Les deux plateformes M et M' et les courtines qui engageaient très-peu les tours, étaient couvertes d’armes à feu. Enfin si on examine le bas des tours, on y voit encore des meurtrières, disposées parallèlement au mur de contre-garde extérieur, et un peu au-dessus, de manière à raser tous les dehors. Ces ouvertures suivent d’ailleurs la pente du terrain, et indiquent assez le but du constructeur. Quant aux sommets

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des tours, saul'loutelbis le donjon, ils ne sont pas disposés pour recevoir des armes à feu : ils présentent encore l’ancien système de défense; c’est-à-dire les mâchicoulis, les créneaux, les chemins de ronde, etc. Quant aux meurtrières, elles sont trèsétroites et très-peu nombreuses, et ne devaient par suite recevoir que des pièces d’un très-petit diamètre.

11 est donc évident, comme nous l’avons déjà dit en commençant ce chapitre, que le château de Bonaguil, tel que nous le voyons encore de nos jours, a été bâti d’un seul jet, et dans le seul but d’employer les armes à feu pour sa défense. Car ce n’était pas tant le nombre d’hommes qui était nécessaire pour le protéger contre les assauts : vu ses moyens de défense, une cinquantaine de soldats, braves et courageux, pouvaient à eux seuls tenir tète longtemps à un assez grand corps d’armée; et bien qu’il n’ait soutenu que des sièges assez peu importants, il était nécessaire qu’il fût au moins de force à lutter avec ses puissants voisins, les châteaux de Cuzorn, de Fumel, de Blanquefort, de Sauveterre, et peut-être aussi le vieux manoir de Biron.

Quoiqu'il en soit, nous voyons en lui un des plus beaux types de château féodal ; enfant du moyen-âge que le temps a cons Tvé, et dont le magnifique squelette atteste encore la grandeur et la puissance de ceux qui l’ont habité.

Un mot encore, avant d’achever cette description, un dernier mot consacré à la chapelle bâtie en dehors du mur extérieur et à l’ouest de la principale entrée. Son style atteste

qu’elle a dû être construite en même temps que le château,

bien qu’elle ait subi depuis de nombreuses transformations. C’est dans sa nef que l’on déposait le corps du seigneur. Comme toutes les chapelles, faisant partie des châteaux féodaux et non situées dans leur enceinte, la chapelle de Bonaguil s’élève un peu à l’abri des tours, comme pour conserver son indépendance, mais cependant au-dessous de la principale entrée, et à égale distance du château et du village. C’est en effet la place que lui assigne la charité chrétienne du moyen-âge. Divin intermédiaire entre le seigneur et le vassal, entre l’homme et l’esclave, c’est elle qui les met en présence, les unit, les réconcilie, leur apprend par la voix de ses ministres éclairés que devant le ciel ils sont tous frères, et poursuit sans relâche son but de régénération morale, dont avait tant de besoin, pendant ces siècles d’obscurité, ce bon peuple de France, si spirituel, si vaillant et si brave, et pourtant alors si misérable, si souffrant et si abandonné !

JJf. BONAUGIL.

« Par Monseigneur lésus, et tous les Saincts de son glorieux « Paradis, j’esleverai un Castel, que ni mes vilains subjets ne « pourront prendre, ni les Anglois, s’ils ont l’audace d’y « revenir, voire même les plus puissants soldats du Rov de « France. »

Telles étaient les paroles que prononçait Bérenger de Roquel'euil vers 1477, tandis que ses sujets, vassaux et habitants de Castelnau, entamaient avec lui des différends au sujet de leurs coutumes, et, après de nombreux pourparlers, le contraignaient, malgré sa colère, à respecter leurs privilèges. Quelque temps après, le château de Bonaguil était bâti en Agenais, sur la limite du Quercy.

Messire Bérenger ou Bringuier de Roquefeuil-Blanquefort ou Blancbefort, appelé aussi quelquefois Bringon, noble homme, chevalier, baron de Roquefeuil, Blanquefort, Castelnau-de- Montratier, comptor de Nant, seigneur de Combret et autres places, descendait des deux familles les plus illustres peut-être

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