ETUDE SU K LE CHATEAU
de ce pays : celle des barons de Castelnau et de Gordon, et celle des Roquefeuil alliée aux Blanquefort. Pour savoir comment ce seigneur de Roquefeuil avait acquis une telle puissance, il nous faut remonter à l’origine de ces deux branches.
( Nous donnons d ailleurs, page 51, pour plus de facilité dans tous les détails de généalogie qui vont suivre, le tableau de cette famille de Roquefeuil, propriétaire de Bonaguil.)
— La maison des barons de Castelnau et de Gordon est établie dans le Quercy depuis les premiers siècles de la féodalité. Elle est la souche de la plus haute noblesse du pays, et ses seigneurs les plus puissants de la contrée. À ce titre, ils furent longtemps défenseurs de l’Eglise de Cahors, et abbés-chevaliers de l’abbaye de Moissac : l’un d’eux, Gausbert de Castelnau, prit même le titre de prince '. Bientôt les barons de Castelnau possédèrent tout le pays compris entre le Tarn et la Dordogne ; ils en distribuèrent les fiefs à leurs vassaux et devinrent les fon-
dateurs d’une foule de couvents. C’est l’époque de leur plus grande puissance. La cruelle guerre des Albigeois, que le Midi eut à soutenir contre le Nord au commencement du treizième siècle, vint mettre un terme à cet accroissement de territoire et
1 Voir pour tous ces détails et ceux qui vont suivre, les documents inédits sur la baronnie de Castelnau, déposés à Castelnau-de-Montratier, entre les mains de M. L. Limayrac.
Voir aussi Courcelles ; histoire des Pairs de Frunce.
Voir aussi le Père Anselme.
DK BONAGUIL.
leur enlever une grande partie de leurs domaines. Cette époque est trop curieuse pour ne pas nous y arrêter un instant.
Tout le Midi de la France offrait en effet un spectacle étrange. En plein moyen-âge, dans ces siècles d’obscurité, alors que l’Europe entière était plongée dans de profondes ténèbres, jaillit tout à coup un éclair de civilisation, qui vint briller un instant sur le Languedoc et la Guyenne. Ce n’étaient que fêtes» que tournois, que joûtes littéraires ; les chants des troubadours égayaient ces Cours d’amour ; et les seigneurs, retirés dans leurs châteaux, avaient mis trêve à leurs querelles pour vivre et se reposer dans une élégante oisiveté. Un seul mot de Michelet résume toute cette époque : « Le Midi délirait à la veille de sa « ruine '. » L’orage, en effet, grondait â l’horizon : et ce fut sous le prétexte d’extirper l’hérésie albigeoise, que les seigneurs de la langue d’Oil, inoccupés depuis les grandes croisades, jetèrent un regard de jalousie et d’envie sur ces belles provinces méridionales et résolurent d’envahir et de piller le pays. Simon de Montfort se mit à leur tête, et, de 1209 à 1230, la ruine, le pillage et la dévastation vinrent affliger ces contrées naguère si riches et si florissantes. Le roi de France y trouva son profit, et, dès cette époque, ces provinces furent réunies à la couronne. Comme tous les grands seigneurs du pays, les barons de Castelnau durent rendre hommage au roi de France; mais ce ne
1 Histoire de France, t. 11.
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fut pas sans avoir vu leurs domaines considérablement amoindris et diminués.
Cet état de choses dura jusqu’en 1361, époque à laquelle la maison de Castelnau s’allia avec celle des Roquefeuil. Hélène de Castelnau et de Gordon épousa, les uns disent le 3 octobre 1361 , les autres le 5 février 1362, le chevalier Arnaud III de Roquefeuil. Dernière descendante des barons de Castelnau et propriétaire de tous les biens de la famille, elle fit ainsi passer les domaines de cette illustre maison dans celle plus illustre encore des barons de Roquefeuil.
— La baronnie de Roquefeuil formait, en Languedoc et en Rouergue, une terre considérable qui s’étendait dans toutes les provinces environnantes. Son origine remonte aux temps les plus reculés ; et nous voyons déjà une deuxième race, celle des Roquefeuil-d’Anduze, établie dans le pays à la fin du onzième siècle. Bernard d’Anduze, le chef de cette race, vivait en 1080 ; et c’est un de ses descendants, Arnaud III de Roquefeuil, comptor de Nant et seigneur de Combret, qui, par son mariage avec Hélène de Castelnau, réunit à sa maison déjà très-puissante tous les biens de la famille de sa femme. Mais ils ne devaient pas appartenir longtemps à cette branche; car Arnaud lit mourut en 1388, ne laissant que des filles. Avec lui s’éteignit la branche des Roquefeuil-d’AnduzeL
1 Voir pour tous les détails ci- après relatifs aux Koquefeuil, l’ouvrage intitulé : Documents historiques et généalogiques sur les principales familles du Rouergue, par M. de'Barrau.
ni: IJONAGUIL.
Sa fille ainée, Catherine de Roquefeuil, épousa, vers 1320, Jean, seigneur de Blanquefort, de Rujols et autres places, et institua pour son héritier universel son lils aîné, Antoine de Blanquefort , à la charge de porter le nom et les armes des Roquefeuil'. Cet Antoine de Blanquefort fut le chef de la branche des Roquefeuil-Blanquefort, dont Bérenger va être un des descendants, et réunit ainsi à sa maison tous les biens des Castelnau, tous ceux des Roquefeuil, et, en dernier lieu, les biens de ses ancêtres paternels, les Blanquefort.
La maison de Blanquefort remonte au xire siècle, époque à laquelle ses barons habitaient le Médoc. 11 est probable que dans la suite, ce furent les descendants de cette famille, qui imposèrent leur nom à deux autres terres de Blanquefort ; l’une située à trois-quarts de lieue de l’Ile-en-Jourdain ; l’autre, à quelques kilomètres de Fumel. Quoi qu’il en soit, c’est cette dernière dont nous nous occupons, et ce sont ses seigneurs qui succédèrent , en perdant leur nom , il est vrai , aux noms, armes et propriétés des Roquefeuil, dans la personne de Antoine, seigneur de Roquefeuil.
Antoine, seigneur de Roquefeuil, ajouta à son nom tous les titres dont il avait hérité et s’appela successivement chevalier, baron de Roquefeuil, Blanquefort, Castelnau, comptor deNant, seigneur de Combret, etc. En l’an 140o, il épousa Delphine
1 CourcelUi — l'orne IV; art. Blanehcfort, p. il
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