‹ Étude sur le choléra de Marseille en 1865Chapitre 12 sur 25 · L’ÉPIDÉMIE CHOLÉRIQUE DE · texte numérisé non relu

L’ÉPIDÉMIE CHOLÉRIQUE DE

D’après le cadre que nous nous sommes imposé , nous ne devons pas donner une description générale du choléra morbus; nous renvoyons pour cela aux traités spéciaux, et surtout au remarquable tableau qui’ en a été fait dans la Monographie du choléra de MM. Briquet et Mignot. — Nous voulons parler seulement de la physionomie de l’affection que nous avons observée pendant l’épidémie de

Au début, diarrhée plus ou moins abondante, composée, dans la majorité des cas , d’un liquide noirâtre. — Cette diarrhée s’accompagne de coliques presque toujours très-douloureuses, de borborygmes et de gargouillements. — La langue est

couverte d'un épais enduit blanchâtre ; le malade accuse déjà une soif assez vive ; il se plaint aussi d’un sentiment de pesanteur à la région épigastrique ; ce sentiment devient de la douleur à la pression;, il a de l’inquiétude, de l’anxiété, sa physionomie exprime la souffrance. La tête est lourde , appesantie. Le pouls est fréquent, nerveux, résistant au doigt. — L’ensemble de ces symptômes donne à la maladie un cachet tout particulier qui fait préjuger l’existence du choléra.

Très-rapidement viennent se joindre de nouvelles manifestations qui confirment le diagnostic. — Les selles, tout en conservant leur caractère, deviennent plus nombreuses et assez souvent involontaires. — A la pesanteur épigastrique succèdent les nausées et bientôt après les vomissements. — Ceux-ci, composés d’abord de matières alimentaires, lorsque le malade a mangé depuis peu de temps, deviennent bilieux, consistent en une petite quantité de liquide verdâtre, spumeux, et se répètent à des intervalles plus ou moins rapprochés. La soif devient ardente , les urines plus rares. — Le pouls, tout en conservant sa fréquence, est plus compressible. — La peau conserve encore sa chaleur normale, elle est toujours moite et couverte d’une sueur qui , en ce moment, paraît occasionnée par les vomissements.

A l’anxiété , succèdent des douleurs qui parcou-

rent le corps , surtout les membres inférieurs , quelquefois les bras et le tronc.

Tout ce cortège de symptômes qui va devenir plus effrayant , constitue pour nous le choléra confirmé , et la première période de cette maladie.

Si nous ne faisons pas de la diarrhée qui ouvre la marche des symptômes cholériques, une période particulière comme l’ont fait beaucoup d’auteurs , c’est que nous avons craint d’introduire dans nos observations des cas douteux, et partant susceptibles de discussion.

Il nous a été donné d’observer bon nombre de malades atteints de diarrhéenoirâtre, accompagnée de phénomènes nerveux, d’inquiétude, de grande fatigue, et dont la convalescence était beaucoup plus longue que d’habitude. — L’immense majorité de ces malades a guéri. — Auraient-ils eu le choléra? Nous n’osons pas l’affii'mer. — Ceux-là, ne nous serviront dans notre étude que lorsque nous nous occuperons de l’influence cholérique.

Dans la seconde période qui a toujours succédé très-rapidement à la première, les douleurs que nous avons vu parcourir différentes régions du corps , se localisent et augmentent d’intensité.

Ce sont alors des crampes le plus souvent intolérables qui arrachent des cris aux malades. — La voix est cassée , quelquefois déjà éteinte , la parole est difficile , la physionomie est profondé-

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ment altérée. — Les yeux sont caves et entourés d’un cercle bistré ; les saillies osseuses sont plus apparentes, — Il semble qu’en quelques heures, un amaigrissement considérable se soit produit; une teinte plombée couvre la face. — C’est, en un mot, le fades cholérique.

La respiration nous a paru dans tous les cas s’effectuer régulièrement, et cependant la plupart des cholériques se plaignent d’un sentiment inexprimable d’oppression, de constriction même, soit à l’épigastre , soit à la base de la poitrine. — Ils cherchent l’air qui vient à eux et qu’ils ne sentent pas venir. — C’est ce que MM. Briquet et Mignot ont si justement appelé « l’asphyxie cholérique, » et qu’ils ont si exactement défini en disant que « l’air vient toujours au sang, mais le sang ne vient pas à l’air. »

Le malade est dans une agitation extrême ; il cherche à se débarrasser de tout ce qui le couvre , se plaint d’une chaleur insupportable, et cependant la peau est devenue froide , inondée d’une sueur glacée qui bientôt est visqueuse et donne à la main l’impression désagréable du contact d’un animal à sang froid.

Le pouls s’est effacé de plus en plus , mais il est toujours très-rapide. — Il semble que, sous l’influence de cette modification de la circulation , les extrémités ne reçoivent plus le sang qui leur est destiné. — Elles prennent une teinte bleuâtre ; le

nez, les oreilles, les doigts se cyanosent , et plus tard , des plaques de même nature apparaissent sur le corps.

L’amaigrissement que nous avons d’abord constaté pour la face, paraît s’être étendu partout; la peau, dépourvue d’élasticité , se laisse plisser lorsqu’on la pince, et garde l’empreinte qu’on lui donne.

Les urines se sont arrêtées complètement. La soif devient intolérable. — La voix est tout à fait éteinte, le malade ne parle plus que par des soupirs.

L’haleine aune odeur nauséeuse qu’il est impossible de décrire, mais qu’on n’oublie pas quand une fois on l’a sentie.

Au début de cette période, période algide, la diarrhée et les vomissements ont conservé leur nature et leur intensité ; mais, en arrivant vers la fin, nous les avons vus diminuer considérablement ou disparaître tout à fait.

En ce moment commence la troisième période que nous appellerons terminaison. — Quelquesuns des symptômes précédents disparaissent totalement pour faire place à d’autres , quelques-uns vont s’aggravant.

La diarrhée et les vomissements ont cessé , à peine y a-t-il un peu d’efforts d’expuition chez certains malades. — Les crampes ne tourmentent plus les malheureux cholériques ; cette vive agi-

tation n 6xistG plus, il sGiuble qu6 1g calmG viGnt Gnfin apparaîtrG , Gt CGpGndant la mort n’Gst pas loin. — UnG prostration complèto a succédé aux mouvGmGnts désordonnés; Igs plaintes, les cris ont cessé, mais l’algidité, mais lacyanose ont atteint leur derniere limite. — Nous avons vu parmi nos malades , deux d’entre eux, sortir de ce coma , se lever sur leur séant, et, pendant quelques secondes, chercher l’air, en portant leur main à la gorge , et nous indiquer, par une pantomime aussi douloureuse qu’expressive, un sentiment atroce de strangulation.

Les yeux sont convulsés en haut, leur brillant a disparu , la cornée elle-même est comme épaissie. — La bouche entr’ouverte , laisse voir une langue épaisse, couverte d’un enduit noirâtre. — Li poitrine ne se soulève plus que par saccades; encore quelques soupirs, encore quelques rares inspirations , et cette scène terrible est terminée ; le mal a fait sa victime.

Mais, heureusement, cette triste terminaison n’est pas la plus commune. — Dans la première période surtout, grâce aux efforts de la nature ou à la promptitude des soins , au moment où le froid envahit le corps, au moment où le pouls s’efface, un heureux changement se produit, les symptômes vont suivre une marche en sens inverse, la guérisn va devenir poossible. — La réaction , tel est le

nom que l’on a donné à ce qui se passe alors , soit quelle arrive après la première période , soit qu’elle arrive pendant la seconde, se produit. — Nous allons, en quelques mots, rendre compte de ses phénomènes.

Réaction. — La chaleur qui avait incomplètement ou totalement disparu, commence à se laisser percevoir; le pouls qui était petit, presque nul, devient un peu plus fort , sensible ; les sueurs visqueuses disparaissent pour faire place à une transpiration normale, quelquefois même à une sécheresse âcre de la peau.

La tête devient habituellement douloureuse, elle est lourde, il y a quelquefois du délire, presque toujours de la somnolence. — La langue est toujours épaisse couverte d’un enduit noirâtre ; les dents sont sèches ainsi que les lèvres ; — les yeux ne présentent plus le cercle bleuâtre que nous avons signalé plus haut, les traits de la face sont moins tirés, l’empreinte cholérique commence à s’effacer de la figure du moribond.

La parole est embarrassée, indécise, les réponses lentes, et cependant la voix n’est plus cassée, elle n’est que très-faible.

Depuis la deuxième période la diarrhée et les vomissements ont presque entièrement disparu ; quelquefois on remarque certains efforts d’expuition au commencement de la période de réaction.

— le ventre est excavé, creusé, les épines iliaques font une forte saillie de chaque coté.

• Les urines commencent à apparaître et c’est pour nous le signe le plus certain de la réaction; d’abord rares et brûlantes, ce n’est très-souvent qu’ après de longs jours qu’elles deviennent normales.

Il s’en faut de beaucoup que les phénomènes de la réaction se soient succédé avec la rapidité que nous semblons indiquer ici : —dans l’immense majorité des cas la réaction, a été très-lente et cette troisième période du choléra qui, pour nous comprend depuis la fin de la période algide, jusqu’à la convalescence a presque toujours été parcourue dans un long laps de temps.

Nous avons été frappés de la prostration, de l’adynamie que présentaient les cholériques dans cette période et c’est pour cela que nous n’avons pas hésité à l’appeler, afin de désigner par un nom le type de l’épidémie de 1865, période adynamique.

Il n’a pas été rare en effet de trouver des sudamina; des tâches pétéchiales ont été observées en assez grand nombre et l’affaissement considérable des forces est un fait assez patent pour qu il

ait frappé tous nos confrères.

En outre, un fait qui a dominé tous les autres est celui-ci : souvent les phénomènes de cette période de réaction, ou de terminaison, ou adyna-

mique, ont présenté de l’intermittence, — tous les jours à la même heure on remarquait une exacerbation très-manifeste dans certains symptômes de .la maladie. Cette intermittence a eu pour nous une telle importance , que nous n’avons donné au malade le nom de convalescent que lorsqu’elle a été définitivement vaincue.

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