‹ Étude sur le choléra de Marseille en 1865Chapitre 14 sur 25 · MALADIES COEXISTANTES · texte numérisé non relu

MALADIES COEXISTANTES

Pendant tout le temps qu’a duré l’épidémie que nous avons observée, il ne nous a pas été donné, sauf une ou deux exceptions, de remarquer chez nos malades l’existence simultanée du choléra et d’une maladie aiguë. — D’après ce qui s’est passé chez le numéro 20 de nos observations qui, atteint d’une fièvre typhoïde bien caractérisée, a passé en 48 heures par les deux premières périodes du choléra et chez qui, après guérison, la première affection a repris de nouveau son cours , nous sommes disposés à croire que la violence du mal doit, en pareille circonstance , être telle qu’elle annihile toute manifestation morbide autre que les siennes.

Mais chez les individus malades et non atteints

du choléra, il y a|des faits tres-remarquables que nous allons faire connaître.

Nous avons observé, du 1 5 juin au 1 5 août, six cas de rougeole; dans tous, à côté de la lièvre, des vomissements qui commencent ordinairement la maladie; il existait, au lieu de la constipation, une diarrhée très-abondante, qui a, jusqu’à l’apparition du mal, éloigné toute idée d’une fièvre éruptive.

Dans deux cas de fièvre typhoïde, l’un grave, l’autre de moyenne intensité, il y a eu, au début de la maladie, des vomissements très-fréquents et qui n’ont cessé qu’ après trois ou quatre jours.

Dans un cas de péritonite puerpérale, la diarrhée a brusquement succédé à la constipation, les vomissements sont devenus très-fréquents, alors qu’ils étaient assez rares. La douleur abdominale a cessé, mais le pouls s’est complètement effacé en quelques minutes, et la mort est arrivée au bout de cinq heures. Il y avait, quoique le faciès hippocratique ait beaucoup de ressemblance avec le faciès cholérique, un aspect particulier qui était bien évidemment dû à l’influence de la constitution médicale actuelle.

Des dyspepsies, des gastralgies, qui depuis quelque temps laissaient les malades en repos, se sont réveillées .chez quelques-uns ou se sont transformées en choléra.

Enfin, des personnes habituellement de bonne

santé ont eu, pendant les quatre derniers mois, des atteintes de diarrhée, assez facile à réprimer; cette diarrhée nous a toujours paru avoir une certaine tendance à se reproduire, et les selles ont eu cela de particulier, c’est que leur coloration était toujours noirâtre, en tout semblables à celles des cholériques.

S’il nous fallait faire la part de la peur et de l’imagination, nous citerions, pour terminer, divers symptômes accusés par le plus grand nombre de nos clients. Nous voulons parler de l’insomnie, d’un malaise survenant par intervalles et surtout la nuit, de fourmillements ou de faiblesses dans les jambes, de digestions pénibles, de pesanteurs à l’estomac, etc. Tout cela, un grand nombre de personnes l’ont ressenti. Y avait-il une influence épidémique, y avait-il observation plus minutieuse de soi-même ou tout simplement peur? Nous avons voulu l’indiquer sans y attacher une extrême importance.

Nous allons maintenant rapporter les quelques autopsies qu’il nous a été permis de faire, nous réservant de tirer nos conclusions dans la partie qui traitera de la nature du choléra.

Autopsie numéro i faite le octobre à 4 heures du soir. — Renseignements : Framhella Valentin, 43 ans, journalier, entré à V Hotel-Dieu le 2^ septembre à\ \ heures du matin, atteint de choléra première période ; mort le /" octobre à 5 heures du matin.

Aspect général. — Rigidité cadavérique. Coloration bronzée de la face. Les rebords orbitaires, les extrémités des membres présentent une couleur brun foncé. Le pied droit est rétracté dans le sens de la flexion; on ne peut qu’avec peine lui faire reprendre sa position normale.

A l’ouverture du corps, dont la température extérieure était complètement froide, nous constatons une chaleur très-remarquable des viscères abdominaux et thoraciques. L’incision des veines abdominales pour l’extraction de l’estomac et du foie laisse s’écouler une grande quantité de sang fluide, couleur gelée de groseille.

Estomac. — Distendu par des gaz fétides, il laisse échapper par l’incision une grande quantité de liquide verdâtre. Al’ouverture, la membrane interne de ce viscère est comme recouverte d’une couche gélatineuse, de coloration identique à celle du liquide expulsé. Débarrassée par le lavage de ce dépôt gélatineux, la muqueuse a son aspect normal, les environs de l’ouverture cardiaque sont hypéréraiés, sous l’influence sans doute des efforts de vo-

misse ment. Raclée avec le dos ou le manche d’un scalpel, cette membrane ne présente aucune trace de ramollissement.

Intestins — Le duodénum, extérieurement coloré en jaune dans la partie qui touche la vésicule biliaire, est remarquable à l’intérieur par le grand développement des valvules conniventes ; elles sont presque doublées de volume. Le jéjunum, rétracté d’une façon très-apparente, présente de loin en loin des arborisations vasculaires très-serrées. L'iléon est hypérémié dans presque toute son étendue, l’injection sous muqueuse est surtout trèsprononcée au voisinage de la valvule. Le gros intestin ne présente rien de particulier à noter. Dans aucune partie de l’intestin il n’existe de ramollissement de la muqueuse. Le foie a son volume , sa coloration et sa densité normales. La vésicule biliaire est distendue outre mesure. La rate est rétractée, contenant peu de sang; elle ne paraît nullement avoir changé de nature.

Toutes les veines mésaraïques sont gorgées de sang, les petites veines même sont remplies de façon à simuler une injection veineuse artificielle. Les poumons sont complètement sains , en arrière seulement coloration rougeâtre par suite de lastase sanguine.

Cepur. — Les oreillettes contiennent du sang liquide en petite quantité, pas de caillots. Le ventri-

cule gauche est complètement vide et n’est tapissé par aucune concrétion fibrineuse. Le ventricule droit renferme du sang non coucrété, avec la coloration groseille indiquée plus haut. Vessie rétractée ne contenant aucune goutte de liquide,

Cerveau. — Nous n’avons remarqué aucune modification sérieuse, dans la consistance de la coloration de cet organe. Nous notons seulement une injection veineuse aussi considérable que celle qui a été indiquée pour les intestins.

Autopsie n‘ 2 faite ie 10 octobre à 5 heures du soir. — Renseignements : Michaudon, fusilier, 5“® Compagnie de discipline ; mort le 9 octobre dans la nuit.

Aspect général. — Rigidité cadavérique très-prononcée. Cyanose de la face et des extrémités, avec les caractères indiqués dans notre description de ce symptôme. Rétraction des deux pieds et surtout des orteils, consécutive aux crampes.

Globe de l’œil convulsé en haut ; aspect terne de la cornée, légère injection veineuse delà sclérotique.

Estomac. — Distendu par des gaz exhalant une odeur prononcée d’éther, contenant une grande quantité de liquide verdâtre, sans dépôt sur la muqueuse. Membrane interne sans modification aucune dans son aspect, sans ramollissement.

Intestin. — Le duodénum et le jéjunum n’offrent rien de différent avec ce que nous avons remarqué dans l’autopsie précédente, si ce n’est qu’il n’existe aucune rétraction du jéjunum , qui paraît, au contraire, plus volumineux que d’habitude. L’iléon est, dans sa dernière moitié, comme couvert d’une éruption vésiculaire très-remarquable, qui donne au doigt la sensation d’un tissu chagriné. Les plaques de Peyer ont leur aspect normal, mais elles sont entourées d’une auréole vasculaire. Les trois parties de l’intestin grêle sont colorées en rouge brique ; cette coloration , identique à celle du liquide qu’elles contenaient au moment de leur section et de leur lavage, s’explique par la coloration même du liquide ingurgité par le malade.

Le gros intestin est à l’état normal, sauf une injection considérable, mais limitée à une étendue de 7 à 8 centimètres, dans le voisinage de la valvule iléo-cœcale.

Les veines mésentériques étaient injectées assez fortement, moins cependant que dans l’autopsie précédente. Vessie rétractée ne contenant pas de liquide.

Rate. — Très-volumineuse , peu friable , gorgée de sang.

Foie. — Normal, vésicule biliaire distendue par la bile.

Poumons. — Sains.

Cœur. — Caillots fibrineux dans les oreillettes et le ventricule gauche. Sang liquide dans le ventricule droit.

Cerveau. — Complètement sain.

Nous devons à l’obligeance de M. Thiron, médecin aide-major, attaché à l’Hôpital Militaire de Marseille, la relation des deux autopsies suivantes :

Maillard Jean-Paul, fusilier au 38“® de ligne, entré ie 10 octobre 1865, atteint de teenia. Cet homme en traitement à l'Hôpital a été pris d’accidents cholériques ie 13, à 10 heures du soir. Décédé le \ h , à 3 heures du soir avec tous les signes d’un choléra algide.

Habitude extérieure : Face hippocratique, extrémités contractées ; absence de cyanose , le péricarde contient 50 grammes environ de sérosité ; le cœur est ramolli ; le ventricule gauche est distendu par du sang difiluent d’une couleur rouge cerise foncé ; un caillot de fibrine est adhérent aux parois du ventricule droit.

Le foie est congestionné, il laisse suinter, à la coupe, du sang épais, noirâtre ; la vésicule biliaire , est pleine de bile d’un vert foncé en plus grande

quantité qu’à l’état normal. La rate mesure environ 18 centimètres de longueur, 7 centimètres de large et 5 d’épaisseur ; elle est donc augmentée de moitié de son volume ; son tissu coloré en rouge lie de vin est légèrement ramolli.

L’estomac distendu par une grande quantité de liquide jaune verdâtre présente dans sa grande courbure de larges tâches brunâtres et çà et là des plaques de piqueté rouge. Le duodénum a sa membrane muqueuse injectée ; l’intestin grêle présente de la psorenterie, et au voisinage delà valvule- on observe du ramollissement en même temps que quelques plaques de Peyer hypertrophiées.

Un tœnia solium d’un mètre et demi de longueur . seulement, s’est détaché de cette portion intestinale lorsque je l’ai soumise à l’action d’un courant d’eau.

Les autres organes, à l’exception de la vessie, vide d’urine, n’offrent rien de particulier a noter.

Tabary Jean-Louis, fusilier au 38“® de ligne, entré à l’hôpital pour une urêthro-orchite, décédé le 14 octobre avec les symptômes du choléra.

L’autopsie de ce militaire, semblable entout point à celle qui précède, n’offre à signaler que le volume normal de la rate, dont le tissu seulement est rouge lie de vin.

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