‹ Étude sur le choléra de Marseille en 1865Chapitre 16 sur 25 · NATURE DU CHOLÉRA · texte numérisé non relu

NATURE DU CHOLÉRA

San.s reprendre ici ni l’étude, ni la discussion des différentes hypothèses émises jusqu’à ce jour dans les divers travaux publiés sur le choléra et au sujet de sa nature, nous allons essayer de tirer quelques conclusions de tout ce qui a été dit dans les chapitres précédents. — Pour ne point sortir du programme que nous nous sommes tracé, nous allons, en nous appuyant sur des faits pathologiques, tâcher de donner une place, parmi les différentes classes de maladies, à celle qui a désolé notre ville dans ces quatre derniers mois.

Nous nous demanderons ensuite quelle est la cause intime du mal et quelle est l’influence qui l’a rendu si meurtrier.

En passant en revue les principaux symptômes décrits dans notre deuxième chapitre, nous en remarquerons deux qui ouvrent la marche de la ma-

ladie, qui semblent en constituer à eux seuls toute la gravité, et qui paraissent, pour ainsi dire, donner naissance à tous les autres : c’est la diarrhée et les vomissements ; l’état de la langue, la douleur épigastrique qui s’y ajoutent doivent-ils faire considérer le choléra comme une affection du tube digestif? -- Nous ne le pensons pas.— Les inflammations aiguës ou chroniques de l’estomac ou des intestins ne donnent] amais naissance àl’état particulier dans lequel se sont trouvés tous nos malades. Le mal localisé dans ces organes, quelqu’intense qu’il soit, ne s’accompagne jamais du trouble qui existe en même temps dans toutes les fonctions — la circulation, les sécrétions, la respiration sont en même temps perverties, l’organisme tout entier est évidemment frappé. — De cette observation naît une idée bien naturelle : — le système qui préside à l’exercice de toutes ces fonctions, le grand sympathique ne serait-il pas le premier atteint et tout ce cortège de symptômes n’est-il pas sous son influence? — Cette hypothèse qui n’est certainement pas neuve s’est trouvée pour nous la plus rationnelle et nous en sommes arrivés à cette conclusion ;

1* Par l’absence d’altérations pathologiques chez les quelques sujets dont nous avons fait l’autopsie;

2* Par l’existence de certains symptômes secondaires qui tiennent bien évidemment à l’influence

du système nerveux ganglionnaire; — l’extinction de la voix, la suppression des urines, la cyanose ne peuvent se rattacher qu’à une perversion des plexus laryngé, soléaire et des nerfs vaso-moteurs. — C’est surtout le trouble apporté dans la circulation qui frappe les yeux. — Cette absence de ressort dans les tissus artériels , le refoulement du sang dans les veines, l’asphyxie qui paraît en être la conséquence, voilà, suivant nous, ce qu’il y a de plus remarquable dans la physionomie du choléra.

Nous pensons donc, après avoir vainement cherché un autre siège à la maladie, qu’il faut la considérer comme une affection du grand sympathique. Quelle est la cause de cette affection? C’est d’abord l’empoisonnement de l’économie par des miasmes délétères répandus dans l’air, amenés par lui ou reproduits par des sujets déjà empoisonnés. Cette comparaison que nous établissons entre un empoisonnement et une atteinte du choléra nous est suggérée parle souvenir des maladies qui naissent par l’absorption des miasmes et où l’influence nerveuse est encore bien remarquable (fièvre intermittente, fièvre pernicieuse, typhus), mais surtoutpar les bons effets que nous avons obtenus , ainsi que nous le dirons plus bas, dans l’emploi d’un émétique puissant, de l’ipéca.

Les phénomènes observés pendant la réaction ou pendant la convalescence , phénomènes adyna-

iniques dans le premier de ces états , d’intermittence dans le second, nous ont fait rechercher attentivement si le choléra de 1865 n’avait pas quelque parenté avec le typhus ouïes fièvres paludéennes.— Nous avons déjà dit qu’il y avait certainement entre ces diverses maladies une conformité d’origine ; mais les symptômes qui ont précédé la réaction ont été, à part un seul, la coloration souvent noirâtre des selles , tellement différents de ceux que l’on assigne au typhus que nous n’appellerons pas plus la maladie que nous avons observée, typhus, que l’on n’appelle fièvre typhoïde une pneumonie avec symptômes typhoïdes. — L’intermittence, remarquée pendant la convalescence, et qui a d’ailleurs très-bien cédé à l’emploi des préparations de quinquina,a consisté dans la reproduction quotidienne et à heure fixe de symptômes divers, mais ne présentant aucun des caractères généraux de la fièvre paludéenne. Cette intermittence peut, à notre avis, se rapprocher de celle qui existe dans certaines névralgies.

L’examen des causes qui ont amené ou entretenu le fléau parmi nous, ne nous fait pas hésiter à considérer le choléra comme une maladie infecto-contagieuse : « Il y a dit M. Rouchut (1 ), des maladies primitivement engendrées par l’influence atmos-

fl) Traité de Pathologie generale,

phérique, par des miasmes nés hors de l’homme et qui reproduisent dans l’homme un miasme capable de propager à son tour la contagion. » Donner au mal asiatique une autre nature ne serait-ce pas refuser de voir ce qui frappe les yeux, nier l’évidence? N’est-ce pas aussi donner un démenti aux faits que de dire, ainsi qu’on l’a fait dans des brochures ou articles que la presse parisienne a reproduits, que Marseille n’avait été atteinte cette année que d’une pseudo-épidémie? «Une épidémie est une influence « morbifique passagère qui favorise l’apparition « d’une maladie déterminée sur un grand nombre « de personnes à la fois.» (1) N’est-ce pas là ce que tous les médecins ont observé ? Que le choléra en ^ 865 ressemble plus ou moins complètement à ceux qui l’ont précédé, cela n’enlève rien à son caractère épidémique. C’est une vraie épidémie, c’est de plus une grave épidémie. — Le terrain sur lequel s’est implanté le mal a paru, il est vrai, peu favorable d’abord à sa reproduction, mais le nombre des victimes ne s’en est pas moins élevé à près de deux mille, mais les cas graves foudroyants ne se sont montrés que trop souvent. Que la variole , que la rougeole, la fièvre typhoïde, etc., soient plus fréquentes que d’habitude, on n’hésite pas à dire qu’il y a épidémie, et pas une de ces maladies pourtant

(1) Bouchui. — Ouvrage cité.

n’est aussi fréquente, aussi meurtrière que le choléra. Nous résumerons donc la nature de cette maladie en disant qu’elle est très-probablement une névrose du nerf grand sympathique, quelle est sûrement infecto-contagieuse et quelle a régné à Marseille, en 1865, sous forme épidémique.

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