I. — Étiologie
SOMMAIRE
Etiologie. Fréquence des lésions des artères coronaires dans les ruptures du cœur. Statistique d EUeaume, de Bartli, d Odriozola. Influence de 1 âge. Tableau de cent dix observations de ruptures du cœur.
Pathogénie. Fréquence de la rupture du ventricule gauche. Prédilection de la rupture pour les régions inférieures du ventricule. Coïncidence de la rupture et de la dégénérescence graisseuse ainsi que de la inyomalacie. Rôle des infarctus et de l'apople.xie. Importance pathogénique des lésions dégénératives du myocarde.
Mécanisme de la rupture. Détermination du sens de la rupture. Rôle des contractions du myocarde. Recherches sur la durée de production de la déchirure. Etude de l'agent anatomique de la rupture.
Sur 176 cas de ruptures du cœur que nous avons pu recueillir (1) dans les différents auteurs ou qui nous ont été communiqués, nous avons pu relever 83 observations dans lesquelles les altérations des artères nourricières de l'organe étaient certaines, ce qui donne une proportion d'à peu près 50 0/0 en laveur de la thèse que nous soutenons.
A cet égard, il nous a semblé intéressant de comparer entre elles les trois statistiques suivantes, dont les indications sont des plus précises.
En 1857, le D"" EUeaume (2) rapporte 47 observations réparties par lui-même en huit groupes un peu artificiels :
1° Ruptures avec apoplexie du cœur 12 cas
2° Ruptures avec dégénérescence graisseuse du cœur 10 cas
3° Ruptures avec anévrysme du cœur 10 cas
4° Ruptures avec ramollissement sénile du cœur 8 cas
5° Ruptures avec cardite 3 cas
6° Ruptures avec abcès du cœur 2 cas
7" Ruptures avec anévrysme de l'artère coronaire. 1 cas
8" Ruptures avec tumeur stéatomateuse comprimant les
nerfs vagues 1 cas
L'auteur déclare que V apoplexie et le ramollissement sénile sont toujours causés par l'athérome des artères coronaires, ce qui, ajouté à l'observation célèbre d'anévrysme de l'artère coronaire,
{\) Ce chiffre total est composé, comme on le verra plus loin, de 47 cas dus au D"^ EUeaume.
19 — Barth.
110 relevés dans notre tableau A.
(2) EUeaume, thèse de Paris, 1857, Ruptures du cœur.
nous donne 21 observations indiscutablement dignes d'entrer dans la statistique générale des 83 faits dont nous parlons plus haut.
Il nous paraît juste, de rejeter, parmi les 26 observations qui restent, les 2 abcès du cœur. Or, il est important de remarquer que la cardite, l'anévrysme pariétal et la dégénérescence graisseuse du cœur se partagent 23 des faits discutables au point de vue qui nous occupe d'une manière spéciale. Les développements que nous consacrons d'autre part à ces altérations anatomiques du cœur et à leurs rapports avec les lésions chroniques des coronaires sont suffisamment démonstratifs et prouvent la corrélation étroite qui unit l'athérome des coronaires aussi bien à l'apoplexie et au ramollissement de l'organe qu'à ses anévrysmes, à sa sclérose et à sa dégénérescence adipeuse.
Toutefois, afin de ne point fausser les statistiques relevées par nous, nous préférons conserver cette distinction en fiiits avérés et faits discutables, qui nous permet de grouper d'une foçon plus satisfaisante la plupart des observations anciennes.
Le second travail important est dû au D'' Barth (1) et date de 1871. Se basant sur 24 observations publiées dans les Bulletins de la Société anafomique cleParis, M. Barth étudie avec un soin minutieux et avec une grande précision l'anatomie pathologique des ruptures spontanées du cœur et tente une esquisse symptomatique.
Sur ces 24 cas, 1 2 se rattachent manifestement à un état pathologique des artères coronaires. Mais il nous faut distraire de ces 12 observations qui nous intéressent, 5 faits qui figurent déjà dans le tableau statistique précédent; il ne reste donc qu'un total de 7 observations indiscutables qu'il faut joindre aux 21 cas précédents (voy. le tableau, p. 154).
Parmi les 12 autres cas signalés par M. Barth et dans lesquels le rôle pathogénique des coronaires ne peut pas être démontré d'une manière absolue, nous trouvons :
1° Les valvules sigmoïcles ossifiées 2 cas
2" L'origine de l'aorte calcifiée 2 cas
3° Les artères eucéi^lialiques atliéroinat ^iiscs 1 cas
Ce qui revient à dire que 5 fois sur 12 le système artériel du reste de l'organisme était atteint de lésions athéromateuses
(1) Barth, Rupture spontanée du cœur, Arcli. gén. de /ii^cZeciiie, janvier, février, mars 1S71.
disséminées^ argument important en faveur de l'origine vasculaire de la rupture du cœur.
Dans les 7 observations qui restent encore et où l'on ne parle malheureusement ni des artères coronaires, ni du reste du système artériel, il y a encore deux indications importantes à relever :
1° Ij'âge des sujets, qui a varié entre 52, 75, 76, 78, 79 et 84 ans ;
2° La surcharge graisseuse du cœur, qui est notée comme considérable chez les plus âgés de ces malades. Dans un dernier cas, où l'auteur avait été frappé de Vétutd' obésité de la malade, il n'est pas fait mention de la surcharge graisseuse du cœur (femme de 76 ans).
Nous avons pu réunir et étudier comparativement 110 obser- ^'ations que nous avons dû, comme pour les mémoires des auteurs précédents, diviser en deux groupes :
Le premier renferme toutes les observations dans lesquelles des altérations certaines des artères du cœur ont été notées ; le second a reçu les laits dans lesquels ces lésions des coronaires étaient probables ou discutables.
De cette façon, nous avons obtenu :
Observations coufivmatives 55
Observations discutables 55
Encore y a-t-il, parmi ces derniers faits, des détails et des indices à peu près probants qui font d'autant plus regretter le silence gardé par les auteurs au sujet de coronaires : c'est ainsi que nous relevons (voy. tableau A, p. 156) :
L'athérome de l'aorte 13 fois
La surcharge graisseuse du cœur 17 fois
La myocardite Bcléreuse (1) des vieillards 4 fois
Le ramollissement cérébral 2 fois
Les lésions scléreuses du rein. 5 fois
Si l'on compare les trois statistiques que nous venons de résumer, on est frappé de la proportion croissante en faveur de la
(1) On remarquera dans le même tableau i[ue le ramollissamont de la paroi du cœur rompu existait dans 19 cas où l'état d is coronaires n'était pas noté.
fréquence des lésions des coronaires dans la rupture du cœur. Nous pouvons grouper ces résultats comme suit :