CHAPITRE IIIo
Uevelopipement clu cément.
Le cément paraît avoir été signalé pour la première .fois dans les dents du veau par Leeuwenhoeck (1 ), qui n’en donne pourtant aucune
( 1 ) Continuaiio epistoïarum; LnQdnnï^ala\ov\im, i 680 .
description bien précise. En 1767, Tenon (1) l’observa dans les molaires et le creux des incisives du cbeval ; il en traça le premier une histoire assez complète, et lui donna le nom de cortical osseux, nom qu’il conserva chez nous jusqu’à Cuvier. En 1780, Blalte (2) répéta les observations de Tenon et décrivit le cément sous le nom de crusta petrosa. Enfin Cuvier, en 1803 (3), reconnut que le cortical osseux servait à souder entre elles les différentes lames qui composent une molaire d’éléphant, et lui donna le nom de cément. Mais le premier auteur qui ait signalé cette substance dans les dents de l’homme fut Retzius (4), en 1836, bien que Erænkel l’eût déjà soupçonnée une année auparavant.
Les opinions émises par les auteurs à l’égard du développement du cément sont au nombre de deux principales.
La première, défendue par Cuvier et toute l’école française, considère cette subslajice comme le. produit d’une sécrétion du follicule.
La seconde, représentée par toute l’école microscopique (J. Muller, KSlliker, Tomes, etc.), admet que le cément est le résultat de l’ossî^catio» de la membrane externe du follicule.
Pour nous, le petit nombre d’observations et de recherches auxquelles nous nous sommes livré ne nous permettent pas d’établir positivement notre manière de voir ; néanmoins nous ne croyons pas devoir adopter l’une ou l’autre des deux opinions que nous venons de signaler, et nous pensons que le cément résulte de la transformation d’un organe spécial sous-jacent à l’enveloppe folliculaire. Cet organe, très-bien observé par Hannover dans le follicule de certains mammifères, ne nous paraît pas cependant, ainsi que l a
(1) Voy. Mémoires de l’Inslitut national. Académie des sciences, 1 .1,1796 à 1797.
(2) De Dentium formatione et structura iahomine et variis animalibus ; Edimbourg, 1780.
(3) Ossements fossiles^ 1.1, p. 520.
(4) Bemerkungenûber deninnern Bau der Zàhne {Mull. Arch., 1837).
admis cet anatomiste, exister chez l’homme dans l’intérieur d.u follicule dentaire avant l’achèvement de la couronne, et nous avons vu en effet que l’organe -auquel Hannover attribue la production du cément n’est autre que la partie gélatineuse du germe de l’émail.
Nous n’avons donc pu constater la présence d’un germe du cément autour de la couronne, dans le follicule humain; mais nous l’avons très-bien observé chez un fœtus de cheval, deux mois environ après la conception. Ce sont les résultats de cette étude que nous allons consigner très-sommairèment ici, afin d'établir la non-participation de la paroi folliculaire, réservant pour des recherches spéciales l’étude approfondie de ce point de l’odontogénie, étude que rendent très-difficile, chez l’homme, l’épaisseur si faible du cénient ei de l’organe qui le forme, ainsi que l’époque tardive de son apparition. Ces circonstances expliquent encore la .date si récente de la découverte du cément chez l’homme (1836) et l’incertitude qui règne sur cette question.
Chez le cheval, le follicule dentaire, examiné au moment du débutde la dentification ou un peu avant cette époque, se compose de cinq parties toutes emboîtées l’upe dans l’autre sans interposition d’aucune substance et moulées sur l’organe qui en occupe le centre, le germe de l’ivoire. Ces cinq parties sont, dans leur ordre d’apparition ;
1° L’enveloppe externe du follicule;
2“ L’enveloppe interne du même follicule;
3" Le germe du cément ;
4° Le germe de l’émail, dont la structure présente la plus grande analogie avec le même organe chez l’homme;
5° Le germe de l’ivoire, également analogue à celui du follicule humain.
Le germe du cément, chez le cheval, est situé au-dessous de l’enveloppe du follicule, entre la membrane interne de celui-ci et le ;germe de l’émail; il représente un sac sans ouverture, moulé exac-
lement sur les parties qu’il recouvre, c’est-à-dire sur le germe de l’émail, moulé lui-même sur le germe de l’ivoire, qui occupe le point central. C’est un organe d’une épaisseur de 1 à 2 millimètres, extrêmement transparent et gélatiniforme ; sa mollesse est extrême et sa résistance est si faible, qu’il est difficile de le saisir avec des pinces. Pour le préparer, il est nécessaire de passer au-dessous de lui un instrument mousse et de le séparer des parties sous-jacentes ; on peut alors eo placer un fragment sur une lame de verre, et on remarque alors que, malgré sa consistance gélatineuse, les aiguilles peuvent se dilacérer, ce qui n’a pas lieu pour le germe de l’émail. Examiné au microscope, on constate que sa structure est lamineuse et présente quelque analogie avec la trame de l’organe de l’émail chez l’homme ; les noyaux cependant sont moins pressés l’un contre l’autre, et les prolongements qui en partent sont plus nombreux, plus pâles et plus fréquemment anastomosés. Mais la particularité dé structure la plus notable qu’offre cet organe, c’est la présence de nombreuses myéloplaxes, dont quelques-unes sont multi-cellulaires et très-volumineuses, et d’autres uni-cellulaires (1). La présence dans ce tissu d’un des éléments accessoires de la moelle des os
(l)M.RobiQ a donné le nom de myéloplaxes ([iueXè;, moelle, ■reXà?, plaque), plaques ou lamelles à noyaux multiples de la moelle des os, à un élément anatomique particulier de la moelle des os dans l’état normal, élément caractérisé par une forme et un volume très-variables (0“,020 à 0“,t00), aplati ou polyédrique, à bords généralement irréguliers ou même dentelés, pâles, minces, ou épais et f^ces, composé d’une masse finement granuleuse parsemée de noyaux ovoïdes {depuis 2 jusqu’à 20 ou 30). Les noyaux ont 0““,009 de long sur O^^^OOS de large. A l’état normal, les myéloplaxes se trouvent plus abondamment dans Ia*moelle dudiploé et du tissu spongieux que dans celle des os longs ; elles sont proportionnellement abondantes dans la moelle des points osseux de nouvelle formation du fœtus. On les trouve surtout adhérentes à la substance osseuse meme du canal ou des areoles remplies de moelle, et elles se moulent sur les irrégularités de cette substance. (Ch. Robin, Dictionnaire de N/sten.)
1857. — Vagitot.
offre un caractère d’une grandé importance, et laisse saisir par avance la nature osseuse ultérieure du germe de cément.
Cet organe, parfaitement appliqué sur le germe de Fémail placé au-dessous de lui, le suit dans tous ses contours, de sorte qu’il s’enfonce dans les anfractuosités et les sillons des molaires et des incisives, pour les tapisser de cément; car on sait que chez le cheval comme chez les autres pachydermes, le cément recouvre entièrement les dents, sort avec elles de la mâchoire à l’époque de l’éruption et s’use par les efforts delà trituration, pour laisser bientôt à nu la couche d’émail, qui peut s’user aussi à la longue, et découvrir enfin l’ivoire qui forme la partie centrale de la dent, de même que dans le follicule le germe de l’ivoire forme l’organe central.
L’organe du cément est pourvu d’un nombre très-considérable de vaisseaux.
On voit donc, d’après cette description, que le cément, chez les pachydermes, est manifestement formé au sein d’un organe spécial, et les observations de Cuvier démontrent la même particularité chez les ruminants; il paraîtrait donc raisonnable de conclure que le cément des dents de l’homme obéit à la même loi. Néanmoins, n’ayant pas rassemblé à ce sujet un nombre de faits suffisant, nous ne nous exprimons qu’avec la plus grande réserve, et, n’émettant sur ce point aucune théorie, nous nous bornons à indiquer que, d’après nos observations, l’enveloppe du follicule paraît complètement étrangère à la production du cément.