CHAPITRE I
Parties dures des dents.
DENTINE Oü IVOIRE.
Synonymie^ SubstaMia eburnea, ebur ; substance osseuse, des anciens; ivoire (Hunter, Cuvier), substance principale (Duvernoy), substance tubulaire (J. Muller),, dentine (R..tf>w^)..
La dentine ou ivoire représente la partie la plus considérablnde l’organe dentaire ; c’est sur elle que scmt moulés les deux, autres tissus, l’émail recouvrant la couronne, le cément tapissant la racine. Aussi résulte-tril de cette disposition quelle ne se montre mille part à l’extérieur. On a cependant admis que l’ivoire était dé-
couvert sur un point, le collet de la dent ; mais les recherches modernes ont établi qu’en cet endroit le cément se prolongeait sur quelques millimètres du bord de l’émail, et pour quelques auteurs (Owen, Nasmyth, Erdl, Henle), sur toute la surface de cette substance, où il formerait la couche membraneuse que Kolliker a décrite sous le nom de cuticule de l’émail.
/^Au point de vue descriptif, la dentine est une substance jaunâtre /et demi-transparente sur une dent fraîche; d’un blanc éclatant et I nacré sur une dent sèche. Sa densité est intermédiaire entre celle du cément et celle de l’émail, et varie d’ailleurs avec l’âge: ainsi, rela- [ tivement faible chez l’enfant et l’adulte, elle devient très-considérable \ chez le vieillard, dont les dents sont très-dures et très-fragiles.
La face extérieure de la dentine est tapissée par l’émail et le cément. Dans la couronne, elle est couverte de petites dépressions concaves hexagonales, signalées par Owen et Huxley, et destinées à recevoir l’extrémité des prismes de l’émail, ce qui leur donne un aspect réticulé assez remarquable. Le nombre considérable et la disposition régulière de ces petites facettes nous permettraient de comparer la surface extérieure de l’ivoire dans la couronne à l’aspect de la cornée de l’œil composé des insectes. Dans la racine, la surface externe de l’ivoire est inégale et rugueuse, couverte d’anfractuosités remplies par le cément.
La face interne répond à la cavité de la pulpe et aux canaux dentaires qui en naissent ; elle se moule exactement sur les parties quelle recouvre, et présente les innombrables orifices des canalicules ouverts à la surface du germe.
La cavité dentaire î^ui contient la pulpe présente donc, ainsi que cette dernière, la même figure, au volume près, que la dent à l’ex*térieur. Cette cavité, très-grande chez l’enfant, où la pulpe est volumineuse , diminue graduellement avec l’âge, circonstance qui nous permet de dire que l’accroissement en volume de la dent est continu, non point, il est vrai, comme chez les rongeurs, où cet organe, appelé à s’user continuellement par lajmastication, croît dans sa Ion-
gueur et se trouve chassé sans cesse hors de l’alvéole ; cet accroissement continu chez l’homme se renferme dans la cavité de la pulpe, dont la capacité s’affaiblit peu à peu, pour disparaître entièrement sous la production incessante de l’ivoire.
L’ivoire est composé d’une substance fondamentale parcourue par un nombre considérable de canalicules.
La substance fondamentale, formée par les cellules calcifiées de la dentine, paraît complètement homogène, et très-finement granuleuse à un fort grossissement ; elle ns conserve dans aucun point la trace des éléments primitifs. Cependant, si on en croit Retzias et Owen, on trouverait dans l’ivoire de quelques animaux (incisives du cheval) des cellules calcaires disposées dans les intervalles des tubes. Soumise à une macération prolongée dans l’acide chlorhydrique, la substance fondamentale peut se décomposer dans sa totalité en grosses fibres parallèles à la direction des canalicules ; ces grosses fibres peuvent elles-mêmes se décomposer en fibres plus petites , circonstance qui a fait croire à un certain nombre d’auteurs que la dent avait une structure fibreuse (Nasmyth, Raschkow, M. Oudet). Mais il est facile d’observer que ces fibres ont une forme très-irrégulière, et qu’elles sont purement artificielles. Elles résultent, en effet, de la disposition des tubes qui, dirigés parallèlement l’un à l’autre, interceptent entre eux des portions de dentine auxquelles la décalcification donne l’apparence de fibres. La substance fondamentale se distribue dans toutes les parties de l’ivoire en proportions variables : ainsi, dans les parties extérieures sous-jacentes à l’émail et au cément elle est bien plus abondante qu’au voisinage de la cavité dentaire, où les canalicules sont extrêmement serres.
Toute la masse de l’ivoire offre une disposition stratifiée (1), indi-
(1) Les anciens avaient parfaitement observé déjà la disposition straüfiée des couches de dentine, et l’établissaient en soumettant les dents à l’incinération. Us pouvaient aussi les décomposer en une foule de peüteslameUes concentriques qui se séparaient très-facilement. Ils faisaient la même expérience pour les os , et
quée sar uue coupe verticale par des lignes courbes parallèles entre elles et au contour extérieur de la couronne. Ces lignes, appelées par Owen (1) lignes de contour (pl. il, fig. 4, b\ et par Salter (2) contours marquants {contour marldüffs ), sont ordinairement assez rapprochées l’une de l’autre If et leur intervalle mesure l’épaisseur des couches de cellules primitives. C’est également au niveau de ces lignes qu’on observe sur les. mêmes coupes le profil des globules de dentine et des espaces interglobulaires (pl. il, fîg. 5 , d). Les contours de.ces globules et des espaces qu’ils interceptent ne sont pas également qiarqués dans les différentes dents, car ils s’effacent progressivement avec; l’âge ^ns iamais toutefois disparaître entièrement ; aussi peut-on les retrouver même sur des dents, de vieillard sous la forme de lignes courbes très-pâles et très-fines.
La dentine est limitée dans toute sa. surface extérieure par une couche continue de granulations, noires très-nombreuses et de formes très-variées (planche il, fig. 6, d, et fig ^ Cette couche granuleuse (granw/ar /apr^-Tomes], sous-jacente, à l’émail et au cément, a été prise par Retzius et J. Muller (3) pour un amas de corpuscules osseux dans lesquels se termineraient les eanaUcules, Mais un examen attentif démontre que bien que les granulations soient continues avec les extrémités terminales des canalicules, on ne saurait les assimiler à des corpuscules osseux, mais qu’on doit plutôt les regarder comme des petites lacunes creusées dans l’épai^eur de l’ivoire, à sa limite e:^érieure, pour favoriser les communicatioBS
nomme ils remarquaient que cesdeux tissiES, saas lamêmeiulïüesce, éprouvaient la meme division, ils en concluaieut à leur identité. Plus tard. Guvier(^fc6<în'*, des SC. méd., art. Dent), Heusinger [Histologie, 1822, p. 201), et J.-H. Weber (Hildebrant. Anatomie, 1.1, p. 206), démontrèrent définitivement la structure lamelleuse de l’ivoire.
(1) Odontographjr.,1^. 464 et planche 122, fig. 7, l
( 2 ) Quart.journalofmjcr. science,
Voy. Manuelde ph/sioIqgie,l.l.Ÿ,
entre les tobes qui sillonnent ce tissu. Aussi proposons-nous d’appeler cette couche granuleuse le réseau mnstomotîque des canalîcules dentaires destiné à permettre un libre parcours au fluide d’imbibition et favoriser ainsi le mouvement organique. Ce qui le prouve, c’est que l’aspect sous lequel ces cavités se présentent est le même que celui des canalicules. Aussi, lorsque ceux-ci sont remplis par un liquide qui les rend blancs et transparents, les petites cavités sout blanches et transparentes, et elles deviennent noires et opaques lorsque les tubes, remplis d’air, offrent la même couleur. D’ailleurs il est facile, en faisant varier le foyer du microscope, de voir que les deux parties communiquent librement entre elles. Cette couche granuleuse aété signalée depuis longtemps. C’estelle qui, selon Cuvier (1), représenterait le vestige de la membrane située entre l’ivoire et l’émail et qu’il crut avoir découverte. C’est encore elle qui, plus récemment, a été considérée par Hannover (2) comme les restes modifiés de sa membrana intermedîa, auxquels ils donne le nom de stratum intermedium interposé entre le cément et Tiveire.^Mais aucun anatomiste ne lui a jusqu’à présent attribué le rôle et la nature que nous venons d’indiquer.
Les canalicules dentaires (canaux calcifèresde R. Owen), découverts en 1678, par Leeuwenhoeck, sont des tubes microscopiques creusés dans l’épaisseur 4e l’Ivoire, où ils représeïitent les intervalles laissés entre les cellules primitivesî(8) (planche II, fig. 6, f; fig. 5, e).
(1) OssementsfossileSjtA,^. 33 ; 1821.
(2) Zotf. du, p. 914.
(3) Nous ne croyons pas devoir nous arrêter ici à la démonstration de l’existence de ces canalicules. Décrits pour la première fois par Leeuwenhoeck, ils avaient été révoqués en doute. En 1835, les expériences de Muller et de Retzhis, en démontrant les propriétés hygroscopiques de l’ivoire, laissèrent entrevoir de nouveau sa structure tubulée, que les observations de Purkinje et Frœnkel vinrent ensuite démontrer. Enfin, s’il devait rester encore un doute à cet égard, nous pourrions citer les belles injections des canalicules faites dernièrement parle professeur Gerlach, et dont nous avons eu sous les yeux un fort bel échantillon.
Us s’ouvrent dans la cavité dentaire par un orifice en contact immédiat avec la surface de la pulpe, et se dirigent en rayonnant de ce point vers la surface extérieure de la dent, présentant dans leur trajet un grand nombre de sinuosités plus ou moins prononcées. Outre ces sinuosités partielles, on observe aussi des courbures générales intéressant un grand nombre de tubes, qui subissent ainsi dans toute lepr longueur deux ou trois grandes inflexions. Ces sinuosités et cesinflexions ontétéexpliquéesparM. Oudet(l) comme résultant des changements auxquels obéit la pulpe pendant le développement des éléments auxquels elle donne naissance.
Le calibre des tubes varie avec les différents points de leur étendue. A leur orifice, dans la cavité de la pulpe, il peut atteindre 0““,005; mais le diamètre moyen est de 0™“,0015 à 0™“,002 (2). Dans les extrémités terminales des canalicules, le calibre devient quelquefois si faible que les dernières ramifications échappent souvent à la vue. La ténuité extrême de ces tubes pourrait à la rigueur servir d’argumènt contre l’opinion de certains auteurs qui veulent les assimiler aux canaux deHavers du tissu osseux. Il est facile de voir qu’en effet le diamètre moyen des globules sanguins (0““,006) est toujours supérieur à celui des tubes.
Le nombre des tubes est quelquefois si considérable que leurs parois arrivent pr^que au contact. A leur origine, sur la surface de la pulpe, ils envoi^t des ramifications latérales qui circonscrivent ordinairement la base des cellules ou des masses de dentine calcifiée qu’elles représentent, puis ils subissent une première bifurcation dont les branches se subdivisent bientôt à leur tour un grand nombre de fois, de sorte qu’un seul tronc primitif peut, suivant KfiHiker, donner naissance jusqu’à seize canalicules. Ceux-ci marchent alors parallèlement, sans présenter, pendant un certain trajet, de nouvelles
(t) V Utdon médicale, 2 décembre 1856.
(2) Le diamètre des tubes, étudié par divers auteurs, leur a donué les résultats suivants: 0””004 (Henle), 0““,0023 (Retzius), 0“”,0008 à 0”'",0015 (Linderer), 0““,0007 à 0“®,002.3 (Krause), 0“'“,0013 au voisinage de la cavité dentaire.
bifurcations; mais, lorsqu’ils arrivent près de la surface extérieure de l’ivoire, ils se divisent de nouveau en une foule de rameaux ou ramuscules qui se terminent alors dans le grand réseau anastomotique dont nous avons parlé plus haut (planche ii, fig. 6, d). Les anastomoses réciproques des canalicules s’effectuent de différentes façons : ordinairement elles sont latérales et obliques, quelquefois directement transversales , quelques-unes enfin sont disposées en anses (planche li, fig. 6, e).
Les canalicules dentaires ont-ils des parois propres?
J. Muller l’a affirmé déjà en 1836, se fondant sur ce que la lumière des tubes paraît plus transparente que le contour qui les limite; Retzius a professé la même opinion; Kolliker, Tomes, Hannover, Duvernoy, se sont rangés à cet avis. Tous ces auteurs ont cru voir la paroi membraneuse dans le contour foncé des canalicules; ce dernier anatomiste (1) prétend même que cette paroi est formée par la membrané qui entoure la pulpe et qui se continue dans les canalicules.
Nous ne saurions nous conformer à ces manières devoir, et, d’accord avec M. Dujardin, nous croyons les canalicules dépourvus de parois propres. Quant au contour foncé des tubes, nous l’expliquerons autrement. Si on observe, en effet, le bord aminci d’un jeune chapeau de dentine en voied’évolution, etvuparsa facepulpaire, on constate que les larges orifices des canalicules sont tout à fait transparents dans leur lumière et dans leur contour; mais, si on observe une tranche mince d’ivoire préparée sur une dent adulte, comme il est presqueimpossible de réaliser une coupe exactementperpendiculaire à l’axe d’un grand nombre de canalicules, il en résulte que le contour deceux-ciesttoujoursplusoumoinsfoncé. Il est facile de remar-
queralorsquelestubesquisontcoupésdroitlaissentpasserlibrementla
(t) Duveraoy, Denis des musaraignes, p. 17.
Î857. - Magitot.
lumière par leur ouverture et conservent un contour clair, tandis que ceux qui ont été coupés obliquement à leur direction ont un contour plus ou moins foncé, et il nous a toujours paru facile, en faisant varier le foyer du microscope, de reconnaître que les ombres qui entourent ces orifices résultent de l’obliquité de la coupe relativement à l’axe du canalicule. Le mécanisme de la formation des tubes se refuse d’ailleurs expliquer l’existence d’une paroi propre, puisqu’ils résultent d’espaces ménagés entre les cellules dentinaires pendant les différentes phases de leur évolution.
Les canalicules dentaires renferment pendant la vie un fluide transparent et incolore, contenant, selon Harinover, des matières calcaires en dissolution. Ce fluide est vraisemblablement destiné à effectuer le mouvement organique au sein de la dent ; c’est du moins ce qu’il est très-logique de croire , bien qu’aucune expérience directe n’en donne la démonstration. Rrukemberg (1) a bien admis, il est vrai, que ce liquide était soumis à un mouvement permanent à travers toute la substanceode l’ivoire; mais quelques auteurs ont nié cette circulation. Pour nous, nous sommes très-disposé à croire que ce liquide, chargé de matériaux de nutrition, baigné les canalicules dans toute leur étendue, et effectue le double mouvement d’asimilation et de désassimilation, établissant ainsi un certain échange, lent à la vérité, mais favorisé encore par la disposition des canalicules et leurs anastomoses si multipliées.
Les dents ne contiennent pas trace de vaisseaux ni de nerfs, et cependant la vascularité de l’ivoire a été admise par quelques auteurs. M. Plourens, nous l’avons vu, y admet même la présence de filets nerveux. Retzius et O wen ont cru rencontrer des vaisseaux dans la dent de l’anarrhique et du brochet ; mais M . Oudet fait remarquer avec raison que ees canaux ne sauraient être regardés comme des vais-
(1) Zur 'Lehre Vorn RUhrensysterne der Zâhne und Knochen {Mail. Jrch., 1849,. p. 403).
— oiseaux , car ils sont remplis par les divisions de la pulpe, ce qui permet de les considérer comme des prolongements de la cavité qui contient cette dernière. Quant aux autres^ cavités qu’on rencontre quelquefois dans l’épaisseur de la dentine, elles paraissent résulter d’un arrêt de développement ou d’une calcification imparfaite, aussi faut-il les considérer comme des vices de conformation. Ce sont sans doute ces cavités, déjà signalées par CzermaS^et Hannover, et dont nous possédons nous-même un exemple remarquable dans notre collection , qui en ont imposé à Tomes pour des canaux de Havers, et à d’autres auteurs pour des caries internes.
On a attribué depuis longtemps, ët on attribue encore aujourd’hui à l’ivoire une sensibilité prop,re même en l’absence constatée de ramifications nerveuses, et on s’appuie sur ce que les dents ressentent vivement l’impression de la température, des acides, etc., et perçoivent les qualités physiques des corps soumis à leur action , tels que grains de sable, cheveu, etc.
Cettë*sensibilite tactile est tout à fait étrangère à l’ivoire, et doit être attribuée à la facilité extrême avec laquelle cette substance subit les moindres vibrations, les moindres ébranlements que lui impriment l^s corps extérieurs, et qu’il transmet à la pulpe, dont le tissu, extrêmement riche en nerfs, remplit exactement sa coque solide, et subit ainsi les moindres impressions qui lui sont communiquées ; et si l’on doutait encore du mécanisme de cette sensibilité, nous ajouterions, avec Cuvier, que les poissons, dont le labyrinthe est enfermé dans le crâne , entendent par les: seuls ébranlements qui leur sont communiqué. Or on ne doutera pas que cette sensibilité ne soit encore plus délicate et plus parfaite que celle dont les dents sont le siège;.
Au point de vue chimique, la déitine présente la composition suivante, d’après Bibra r
Inckive adulte.
Homme».
Substances organiques. 28,70
Substances inorganiques. 71,30
Molaire adulte.
Homme. Femme.
Phosphate de chaux avec traces
de fluorure de calcium....
Carbonate de chaux.
Sels solubles..
Cartilage. . . .
Graisse.
. iO,58