‹ Étude sur le développement et la structure des dents humaines, accompagnée de deux planches gravées sur cuivreChapitre 7 sur 17 · GERME DE L’ÉMAIL · texte numérisé non relu

GERME DE L’ÉMAIL

Bulbe ou organe de l’émail (Kolliker), organon adamantinœ (Purkinje).

Si l’on ouvre avec soin le sac dentaire au moment où commence la dentification ou un peu auparavant, on voit qu’une grande quantité de matière gélatineuse adhère à la surface interne de la paroi du sac êl recouvre le g’erme de la dentine. Cette masse, transparente et gluante au toucher, est le germe, de l’émail. Sa forme varie avec les dents qu’il est appelé à recouvrir : ainsi il a l’apparence d’un bonnet pour les incisives et les canines (planche l, fig* C mais, pour les molaires, il affecte la forme d’une lentille biconvexe,

se loge dans la concavité de la pulpe et se trouve comme enchâssée par elle; jusqu’à ce que, l’ivoire se développant, les tubercules de la couronné s’enfoncent dans l’organe, qui s’étale alors, pour tapisser toute la surface de l’ivoire formé (t). Son volume équivaut environ au tiers ou à la moitié du volume du germe de la dentine, et sa préparation, sous le microscope, présente souvent de grandes difficultés, en raison de sa friabilité extrême et de l’impossibilité qu’on éprouve à le dilacérer au moyen des aiguilles. Toutefois sa consistance gélatineuse permet du moins de le placer directement entre deux lames de verre et de l’observer ainsi sans autre préparation (2).

Cet organe est en rapport, par sa face externe ou folliculaire, avec la membrane interne du sac, à laquelle il adhère et qui lui fournit ses vaisseaux ; et d’autre part répond, par sa face interne ou dentinaire, à la partie saillante du bulbe de l’ivoire, sur lequel il se moule, et dont il suit les contours et les sinuosités. Quanta son bord libre, il descend plus ou moins sur les côtés du bulbe dentaire , sans cependant arriver jusqu’à sa base.

Si nous observons maintenant dans leur ensemble les parties constituantes du follicule (planche l, fig. 1), nous constatons que sa cavité se trouve presque entièrement remplie par deux organes insérés sur deux

(1) C’est cet organe qui, chez les ruminants et les pachydermes, affecte une disposition membraneuse pour s’enfoncer dans les divisions de la couronne et les tapisser d’émail. Chez les rongeurs, il occupe la fece anterieure de la base des incisives, et, par un travail permanent, produit l’émail à mesure que le bulbe produit la dentine. Il en résulte que, chez ces animaux, les incisives ne sont couvertes d’émail que dans leur face antérieure.

(2) Sa consistance est si molle que la putréfaction entraîne rapidement sa liquéfaction, ce qui fait que sur des pièces un peu anciennes on peut méconnaître la présence de cet organe, qui n’apparaît plus sous l’eau qu’avec 1 aspect d un nuage léger flottant dans le liquide.

points opposés de la paroi. Le premier de ces organes, fixé au fond du sac, est le germe de la dentine (planche i, fig. 1, \q second inséré sur le point directement opposé, est le germe de l’émail (plan* che I, fig. 1, c). Ces deux organes se dirigent ainsi vers le centre de la cavité folliculaire, se rencontrent et se moulent l’un sur l’autre, jusqu’à ce que la production de l’ivoire et de l’émail, qui s’opère entre eux, les sépare, les éloigne l’un de l’autre, et détermine plus tard leur atrophie complète pour l’organe de l’émail, dont les fonctions sont temporaires; incomplète pour l’organe de la dentine dont le rôle est appelé à se continuer pendant toute la vie ; et tandis que le sommet du germe de la dentine se recouvre des cellules de l’ivoire (planche i, fig. 1, A), la face correspondante du germe de l’émail se charge d’autres cellules, cellules de l’émail (planche i, fig. 1, e), qui s’accolent aux premières couches d’ivoire formé, et s’y transforment en colonnes ou prismes de l’émail.

Le germe de l’émail se compose donc, pour nous, de deux parties distinctes (planche il, fig. 1), mais intimement unies entre elles, 'et solidaires par leurs fonctions ; 1° la masse gélatineuse, 2° les cellules de l’émail, que nous étudions plus loinr(voy. DéveloppmenTÏÏe' /’émaT?)TWÔïïs verrons que, pour un grand nombre d’auteurs, le germe de l’émail serait réduit à la série membraniforme des cellules (membrane adamantine). Hannover (1) va même plus loin, et, si on l’en croit, la partie gélatineuse représenterait le germe du cément, et les cellules le germe de l’émail, tandis qu’une membrane particulière [membrana intermedia) séparerait l’une de l’autre ces deux parties.

La structure de l’organe de l’émail se rapproche beaucoup de celle de la pulpe dentaire; ainsi on le trouve constitue par une

(1) Vber die Entwichelung und den Bau des Sàugelhierzahns (Nota acla Acad^ Cœsari Leopoldi nat. cur., vol. XXV, part, ii, p. 819).

masse de matière amorphe, très-pâle et très-transparente (planche ii, fig. 1, a) J dans laquelle est plongée une quantité considérable de n oyaux embryo plastiques,,gont on peut suivre les différentes phaS d’évolution jusqu’au moment où ils ont produit une trame celluleuse complète. Ce phénomène est même bien plus net et bien plus complet que dans le germe de l’ivoire; les noyaux sont un peu plus volumineux et moins pressés l’un contre l’autre, les prolongements qui en naissent plus nombreux et plus ramifiés (planche ii, fig. 1, J), et la trame qui en résulte présente une remarquable élégance (1).

La face dentinaire de l’organe de l’émail offre, comme nous l’avons dit, une rangée continue de cellules à laquelle les auteurs ont attribué une disposition membraneuse (membrane adamantine, Raschkow), et que Kolliker {loc. cit., p. 426) regarde comme une couche épithéliale. Ces cellules, qui font partie de l’organe de l’émail, ne sont autres que celles qui, par suite de transformations successives, sont appelées à former l’émail de la couronne ; de sorte que non-seulement les deux organes producteurs de la dent présentent une grande analogie de constitution anatomique, mais encore que les modes de formation de l’émail et de l’ivoire obéissent à une loi identique : la production et les transformations successives. de cellu les spéciales.^uslfevelopperons,'dans la’ÏÏeûxieme'pa’^ cette dernière proposition.

Contrairement aux assertions d’Owen, de Nasmyth, et de Todd et Bowman (2), le germe de l’émail est pourvu d’un réseau capillaire

(1) C’est cette disposition que Kolliker a décrite sous le nom de cellules étoilées de l’organe de l’émail {Histologie humaine, p. 431), et qui a été observée également par Todd et Bowman {Physiologicalanatomy, in-8“, t. II, p. 176; London, 1847.

(2) Voy. Owen, Odordograph/. Introduction, pag. lis.—Nasmyth, .RejearcAes on the development^ structure and diseuses of ihe ieethj p. 109, 1839. —Todd et Bow'man, loc. cit., t. Il, p. 175.

moins riche, il est vrai, que celui du bulbe dentaire, et qui provient des vaisseaux de la membrane interne du follicule; mais nos observations n’ont pas réussi jusqu’à présent à constater dans cet organe la présence de filets nerveux, et les auteurs n’en font d’ailleurs aucune mention.

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