‹ Étude sur le développement et la structure des dents humaines, accompagnée de deux planches gravées sur cuivreChapitre 8 sur 17 · CHAPITRE P · texte numérisé non relu

CHAPITRE P

Développemeiit de la dentine.

Faits.

Pour observer avec exactitude la formation de l’ivoire, il faut ouvrir un follicule dentaire dans lequel le germe ne soit encore recouvert que d’un chapeau de dentine-extrêmement mince; on doit briser alors ce chapeau avec précaution et faire en sorte d’entraîner avec un des fragments la partie correspondante de la pulpe (1). On réussira ainsi à embrasser d’un même coup d’œil, en faisant courir la préparation sur le champ du microscope : d’une part, l’ivoire complètement développé; d’autre part, les cellules de l’ivoire, et tous les degrés intermédiaires du développement entre ces deux points extrêmes.

(1) Cette préparation est souvent très-difficile à réaliser, à cause de la faible adhérence des lamelles de dentine avec la pulpe sous-jacente ; ce n’est qu’après de nombreux essais infructueux que je suis parvenu à obtenir chez l’homme une préparation vraiment démonstrative. C’est celle qui est représentée pl. i,fig. 5? et qui a servi à ma description. Chez les ruminants, la préparation est bien plus facile, et je possède dans ma collection plusieurs pièces empruntées au veau, et qui montrent très-nettement la disposition cellulaire de la dentine nouvellement formée.

Les cellules de la denline observée dans ces conditions se présentent sous l’aspect de rangées régulières, superposées, dont la direction suit le contour delà pulpe, et,situées au sein de la matière amorphe qui entoure cet organe (planche i, fig. 1, /f, et fig. 5 cc’) .Ainsi réunies et placées côte à côte, elles affectent une forme cylindrique ou prismatique par pression réciproque; il est alors assez difficile d’étudier leurs caractères, et leur noyau est rarement visible.

Observées isolément (planche i, fig. 7), c’est-à-dire détachées de la préparation précédente ou prises à la surface de la pulpe immédiatement avant le début de la formation de l’ivoire, les cellules de la dentine ont des formes variables : elles sont sphériques, ovoïdes ou piriformes; leur longueur varie de 0™”‘,02 à 0““,04; leur largeur, de 0““,003 à0™”‘,015. Leur contour est extrêmement pâle; leur contenu granuleux, mais également très-pâle. Le noyau quelles contiennent presque toutes est-très-foncé et très-volumineux relativement à la cellule; il est ovoïde ou sphérique, et son diamètre atteint quelquefois 0““,01, de sorte qu’il occupe alors toute la largeur de la cellule, dont il dépasse même les parois. On le trouve quelquefois à moitié contenu dans le corps de la cellule, tandis que l’autre moitié fait saillie au dehors. L’extrémité périphérique, qui correspond au noyau, s’élargit quelquefois pour le recevoir, tandis que l’extrémité opposée s’effile en pointe et se termine parfois par une sorte de queue longue, sinueuse et très-pâle, car les granulations se rassemblent dans la partie nucléaire delà cellule. Cette queue, dont la longueur atteint souvent le double de celle de la cellule elle-même, n’est pas constante : elle est ordinairement simple, rarement bifide (planche I, fig. 7). Répondant toujours à la surface de la pulpe, dans la matière amorphe de laquelle elle se déploie plus ou moins librement, elle s’atrophie au début de la calcification, et on n’en retrouve plus trace dans la suite. Cette queue se rencontre dans les cellules dentinaires de tous les animaux. Elle est rare chez les rongeurs; mais, chez les ruminants et le cheval, nous Lavons vue très-fréquente et douée d’un grand développement.

Le noyau est formé de granulations assez foncées, parmi lesquelles on en rencontre quelques-unes très-brillantes ; son contour est tellement foncé qu’il est souvent seul \isible et qu’on n’aperçoit pas la limite extrêmement pale de la cellule. Celle-ci paraît douée d’uno grande fragilité, car on la rencontre fréquemment brisée plus ou moins complètement, tandis que le noyau qui est résistant subsiste et se trouve isolé. Ce noyau nous paraît préexisteiî à la formation de la cellule, dont les éléments viendraient se grouper autour de lui. Ce qui semble le prouver, c’est que dans les couches superficielles de la pulpe dentaire on en rencontre un grand nombre dépourvus de la cellule, et il est impossible d’admettre dans ce cas que celle-ci ait été brisée et détruite. ’

Les réactions chimiques ont un effet curieux sur les cellules de la dentine. L’alcool et les acides leur font éprouver les mêmes modifications qu’aux autres éléments anatomiques, mais la glycérine fait pâlir le noyau et le dissout complètement en quelques heures sans attaquer la cellule; nous verrons, au contraire, la cellule d’émail présenter, sous la même influence, un caractère inverse.

La première rangée de cellules nées dans l’épaisseur de la matière amorphe qui entoure le bulbe en soulève la couche la plus superficielle {membrana prœformatîm), qui s’atrophie plus tard. A ce moment, chaque cellule présente encore l’ensemble des caractères que nous leur avons assignés ; mais on voit bientôt se produire des changements dont le début est marqué par la disparition du noyau, qui s’atrophie complètement. Les cellules, pressées l’une contre 1 autre, s’allongent (planche l, fig. 5, c), deviennent prismatiques, et commencent à subir le phénomène de la calcification qui fait de la cellule molle une petite masse dure de dentine (planche i, fig. 6, b). Les granulations disparaissent alors, toute la rangée de cellules simultanément transformées présente un aspect homogène (planche I, fig. 6, tt), et avant même que la dentific*aüon soit achevée, une nouvelle rangée de cellules se produit au-dessous de la première et subit à son tour les mêmes modifications. On voit par là que l ivoire se

forme par couches de cellules superposées qui se durcissent isolémént, et il n’est pas étonnant dès lors qu’on puisse, sur une dent adulte, décomposer ce tissu en une multitude de petites lamelles concentriques.

Deux problèmes se présentent maintenant à nous dans le développement de l’ivoire, ce sont: T la formation des canalicules dentaires , 2° la production des globules de dentine.

Formation des canalicules.

Un grand nombre d’hypothèses se sont élevées dans la science sur le mode de formation des canalicules; néanmoins on peut les réduire à deux opinions principales, que nous allons successivement étudier.

r® opinion. La première opinion considère les canalicules comme une dépendance de la cellule; elle est défendue par Rolliker, Lent, Hannover, Tomes, etc. D’après les deux premiers auteurs (t), chaque cellule de la dentine produirait, par son extrémité périphérique non nucléaire, un prolongement tubulé, qui s’allongerait considérablement, se diviserait en ramifications nombreuses, anastomosées avec les ramifications des cellules voisines, et donnerait lieu ainsi au réseau si compliqué des tubes de l’ivoire.

Nous avons constaté, en effet, qu’un grand nombre de cellules isolées de l’ivoire présentent des prolongements très-rarement bifides ; mais ceux-ci ne nous ont jamais parus creux, et nous ajouterons qu’ils se dirigent constamment du côté de la pulpe, c’est-àdire en sens inverse de la direction des canalicules.

(1) Rolliker, Histologie humaine, p, 433 et suiv., f. 200 et 201. — Leot, Beitrâge jsur Enimckel. d. Zahnbeines und Schmelzes, dans Zeitchr.f.wiss. Zool., VI, 1 cah.

Hannover (1) professe une doctrine un peu différente : considérant le canaücule comme composé d’une paroi distincte de la cavité, il admet que le noyau de la cellule, s’allongeant, forme la cavité [lumen) du canaücule et que la cellule en forme la paroi.

Pour Tomes (2), dont l’opinion se rapproche un peu de celle de l’auteur précédent, les cellules cylindriques de la dentine se réuniraient bout à bout; les noyaux, qui ne seraient autre chose, pour lui comme pour Hannover, qu’une cavité creusée dans l’épaisseur de la cellule, s’allongeraient suivant l’axe de celle-ci, se réuniraient l’un à l’autre, et constitueraient ainside canaücule, tandis que la cellule deviendrait le tissu intertubulaire.

Nous objecterons à ces deux dernières explications que le noyau ne saurait être regardé comme une cavité creuséé dans la masse de la cellule, puisqu’on le rencontre fréquemment isolé et brisé en plusieurs fragments, et que d’ailleurs, loin de s’étendre en dimensions , il s’atrophie rapidement et disparaît.

2® opinion.hdi seconde opinion, défendue parSchwann,Raschkow et Huxley (3), considère les canalicules comme constitués par les intervalles ménagés entre les cellules dentinaires, intervalles qui se correspondent dans'toutes les rangées de cellules, et forment ainsi un tube qui peut traverser toute l’épaisseur de la dent. Cètte opinion nous paraît conforme à l’observation. Si on examine en effet, sous le microscope, la face profonde d’un chapeau de dentine en voie de développement (pl. I, fig. 6), on constate que le contour de

(1) Loc. cit., p. 810.

(2) ^ Course of lecture on dental phjrsiology and surgerjr, p. 86 et suiv , 1848.

(3} Voy. Schwann, Mikroscopische Untersuchungen ueber die ueberenstinnung in

derSlructur und den fp^astrotkum der Thiere und Pflanzen; Berlin, 1839.—Raschkow, l^clelemata circa dentium mammalium euolulionem; Breslaw, 1835.—Huxley, Quart, journal o/med science, avril 1853.

1857. — Magitot. ^

la base des cellules est formé par une ligne blanchâtre et transparente. Si on fait varier alors le foyer de l’instrument, on suivra facilement la direction de cette ligne, et on verra aboutir, dans beaucoup de cas, à un point blanc, circulaire et transparent, qui n’est autre chose que l’orifice du canalicule ouvert à la surface de la pulpe (pl. I, fig. 6, 6), et, dans d’autres cas, se continuer avec un canalicule plongeant au sein de l’ivoire, dans l’intervalle de deux cellules calcifiées (pl. l, fig. 6, a). Ces lignes blanchâtres, circonscrivant tout le pourtour de la cellule, présentent manifestement une disposition en gouttière, que l’accolement de cellules nouvelles doit convertir en canal complet. La distance qui sépare les canalicules entre eux est donc mesurée par l’épaisseur de la cellule. On observe cependant que cette distance est très-variable, bien que le diamètre de la cellule paraisse à peu près constant. Cette circonstance tient à ce que chaque petite masse de dentine subit, pendant son développement, des modifications organiques, en vertu desquelles elle peut s’allonger plus ou moins, de sorte que les canali- Gules se rapprochent. C’est ce qui a lieu pour la formation des couches de cellules dentinaires, lorsque la cavité de la pulpe a acquis les dimensions quelle présente chez l’adulte.

Quant aux anastomoses, elles sont produite*s en partie par les sillons qui entourent primitivement la base des cellules; en partie par des résorptions moléculaires effectuées au sein de l’organe, en vertu du mouvement organique de composition et de décomposition dont ce tissu est le siège. Nous développerons d’ailleurs plus loin ces considérations.

2° Globules de dentine.

Lorsqu’on examine la face profonde d’un chapeau de dentine en voie d’évolution, à un grossissement de 200 ou 300 diamètres, on rencontre presque toujours un nombre plus ou moins considérable de petits mamelons, de volume très-variable, et faisant partie inté-

grante du tissu dentaire. Ces petites masses sont les globules de dentine {tooth substance balls des Anglais), décrits dans ces derniers temps par Czermak (1) et Salter (2). Ce sont des corps sphériques ou ovoïdes, doués d’une grande transparence, et limités par un contour net et foncé (planche li, fig. 7, a). Ils sont composés de dentine normale et traversés de la manière ordinaire par les tubes. Leurs dimensions varient depuis le volume le plus petit jusqu’au volume visible à l’œil nu. Leur présence est constante dans toutes les dents, mais leur nombre est très-variable : tantôt l’ivoire en est comme exclusivement composé, tantôt il n’en présente que quelques-uns çà et là. Dans certains cas, ils sont tellement nombreux qu’ils forment', par leur assemblage, des amas mamelonnés qu’on peut voir même à l’œil nu sur la paroi de la cavité dentaire, où cette disposition se rencontre ordinairement.

Formées indépendamment les unes des autres, ces masses globuleuses interceptent, par leur rencontre, des espaces trangulaires à surfaces courbes (planche ii, fig. 5, d), que de fausses analogies de forme, jointes à l’ignorance de leur mode de production, ont fait prendre pour des corpuscules osseux modifiés. Ces espaces sont ordinairement creux et remplis d’air, ce qui leur donne sous le microscope une couleur noire, et, de même que les globules , ils n’exercent aucune influence sur la direction et la marche des canalicules qui peuvent aboutir dans leur intérieur, comme ils aboutissent partout ailleurs, sans qu’on doive voir dans ce cas une disposition spéciale à l’appui du rapprochement dont nous venons de parler. Kolliker croit que dans certaines circonstances ces intervalles contiennent une substance molle, particulière, que traverseraient les canalicules; mais Salter nie cette particularité. Quoi <lu’il en soit, leur grand nombre, dans l’ivoire d’une dent, doit

(1) Zeitschrift fur fp^issenschafiliche Zoologie de Siebold et Kolliker, t. Il; 1850.

(2) Quarterlf journal of microscopical science, july 1853.

constituer un vice de conFormatiop , dont on peut prévoir facilement l’influence fâcheuse dans les progrès de certaines affections dentaires, la carie par exemple.

La production des globules d’ivoire nous parait due 5 unea^imulation irregmier^e niatériaur*HTHyf£^ d^ cellules de

“^iîtîne; sorte d’exagération nouvelle du mouvement ongMu^^^ 'exagération dont la *pujpe nous a déjà montré des preuves par la présence de cristaux d’hématoïdine et de masses phosphàtfqïï^®^ (vdy. p. 23 et 24). Lorsqu’une rangéede cellules dentiuaires a été pr^^ duite, l’afflux des matériaux calcaires restant considérable, il se forme à la face interne de cette rangée des espèces de végétations qui, s’opérant au contact d’un organe mou et dépressible, la pulpe dentaire, prennent une forme sphérique. Douées primitivement d’un volume très-petit, ces jetées de dentine, comme on peut les appeler, se grossissent progressivement de l’arrivée de nouvelles substances, jusqu’à ce qu’une nouvelle couche d’ivoire, s’ajoutant à la niasse déjà formée, arrête leur développement. Nous pensons donc, contrairement à l’opinion de Czermak, que les masses globulaires d’ivoire sont des corps pleins, composés de tissu normal, et traversés, suivant leur volume, par un nombre plus ou moins considérable de canalicules dentaires, dont la direction n’éprouve à leur rencontre aucune modification (planche il, fig. 7 b), il faut ajouter qu’avec les progrès de l’âge et les changements moléculaires dont l’ivoire est le siège, ces masses globulaires se réunissent intimement, tandis que les espaces interglobulaires se comblent peu à peu et disparaissent; aussi est-il souvent difficile, sur une coupe de dent de vieillard, de constater , à la lumière transmise, les lignes circulaires et les taches triangulaires noires que l’on reconnaît si facilement dans les dents jeunes ou adultes, et qui indiquent le contour des masses globuleuses et des lacunes qu’ils interceptaient.

L’explication que nous donnons ici du mode de formation de ces globules se rapproche de celle de Czermak et de Salter, qui les comparent à des stalactites produites à un moment d’arrêt du déve-

loppement de l’ivoire, arrêt que nous croyons dû, le plus souvent, à une cause générale qui aurait son contre-coup dans le développement de l’émail, où elle produirait ces sillons transversaux , ces anfranctuosités souvent si profondes, qu’on rencontre sur la couronne des dents dites érodées, et l’on sait que les praticiens ont remarqué depuis longtemps que ce dernier vice de conformation est presque toujours le résultat d’une affection de l’enfance, qui modifie ou entrave momentanément le travail de la dentification.

B. Historique.

Le mode de développement de l’ivoire, considéré de tout temps comme très-difficile à élucider, est un des sujets qui ont le plus préoccupé les auteurs et suscité le plus de discussions et de recherches. Aujourd’hui encore les anatomistes sont divisés sur cette intéressante question, et il est difficile de prévoir le jour où tous seront d’accord. Le microscope, il est vrai, a déjà fait justice des théories anciennes, et si, maintenant encore, ce précieux instrument rencontre, en France surtout, de sérieux adversaires, il ne paraît pas douteux cependant que sous l’œil de l’anatomiste qui observe sincèrement les faits pour en tirer des déductions rigoureuses, il ne doive donn^ un jour la solution complète de l’important problème qui nous Occupe. La question d’ailleurs afaitdéjà de grands progrès, et nous sommes loin aujourd’hui des idées anciennes, qui, considérant la dent comme un os, formulaient ainsi une théorie toute faite delà dentification. La doctrine deRau , Hunteret Cuvier, qui renversa celle de l’ossification, a été ébranlée elle-mên3e depuis longtemps, en Angleterre et en Allemagne, par les progrès de l’anatomie microscopique; mais chez nous, où cette science n’a rencontré le plus souvent que la défiance et l’incrédulité, la question de l’odontogénie est restée stationnaire depuis les idées de Hunter reprises par Cuvier, dont l’école rallie encore, de nos jours, le plus grand nombre des anatomistes.

Nous établissons, dans Phistoire de l’odontogénie, quatre doctrines principales, que nous allons étudier successivement, savoir ;

1® La doctrine de l’ossification, ou doctrine ancienne, qui considère la dent comme un os, et sa formation comme une ossification variable.

T La doctrine de la sécrétion, qui regarde la dent comme le résultat d’une exsudation de la pulpe, un produit sécrété et, pour quelques auteurs, inorganique.

3® La doctrine de la conversion, qui prétend que la dent est formée aux dépens de la pulpe par une suite de transformations de son tissu. Cette troisième doctrine diffère^ssentielfement de la première, avec laquelle tous les auteurs la confondent, en ce quelle ne considère pas la dent comme un os, mais comme un organe de nature particulière, très-différent de l’os par sa structure et son mode de développement. Parmi les auteurs qui défendent cette doctrine, les uns considèrent l’ivoire comme résultant seulement de la transformation d’une partie de la pulpe, la partie superficielle; les autres croient que la totalité de l’organe concourt à cette formation.

4® Enfin une doctrine entrevue par Raschkow, modifiée en Angleterre par Huxley, dont elle a reçu le nom de théorie de la déposition. Son caractère particulier est de considérer i’ivoi#e et l’émail comme produits par des éléments spéciaux, étrangers par eux-mêmes aux germes qui leur donnent naissance. C’est cette doctrine dont nous adoptons l’idée fondamentale et que nous proposons de désigner par le^terme de doctrine du développement par ou

doctrine de l’autogénie (auTou, de soi-même, ysvsaiç, naissance), les éléments anatomiques de la dent se développant, selon nous, spontanément (génération autogène) à la surface des germes, sans participation directe de leqpi tissu.

Si nous avons pu formuler cette doctrine d’une manière positive et scientifique, nous le devons à l’observation d^une part et, d’autre part, à l’étude approfondie des différences qui séparent les consti-

tuants des produits; nous le devons enfin à la connaissance précise des divers modes de naissance des éléments anatomiques, à la notion en un mot des différences qui séparent la genèse d’un élément encore non existant de sa reproduction à l’aide d’éléments préexistants, comme cel| s’effectue, exclusivement il est vrai, pour certaines cellules. Toutes ces considérations, inspirées d’ailleurs pour la plupart des leçons et des travaux de notre maître M. Ch. Robin, seront développées ultérieurement.

Les doctrines que nous passons en revue au sujet du développement de l’ivoire pourraient s’appliquer également pour la plupart au développement de l’émail; aussi nous adressera-t-on peut-être le reproche de n’avoir pas réuni dans un même chapitre rhislorique de la formation de l’émail à celui de la dentine. Nous avons établi cette distinction, afin de conserver une clarté et une précision que nous n’aurions pu réunir dans l’examen simultané de ces deux questions. Nous devons le dire cependant par avance, les auteurs ont souvent appliqué aux deux phénomènes une théorie identique. Ainsi la doctrine de Yossifieatmi regarde l’ivoire et l’émail comme deux substances osseuses ; celle de la sécré/mw les considère comme des produits sécrétés; celle delà conversion, comme le résultat d’organes transformés; celle de la déposition elle-même assigne une même loi d’origine à ces deux tissus. Nous verrons qu’en effet, cette analogie, admise le plus souvent a priori, reçoit la sanction de l’observation microscopique. Néanmoins nous avons persiste à séparer les deux historiques , nous réservant de mfentionner plus tard les faits particuliers qui pourront se présenter au sujet du développement de l’émail.

Doctrine de l'ossification.

La doctrine de l’ossification remonte aux premiers temps de la science et régna sans partage jusqu’à Hunter. Basée sur les analogies d’aspect extérieur et de composition chimique qui rapprochent

la dent du tissu osseux, elle pouvait satisfaire les esprits, à une époque où l’ostéogénie était complètement ignorée; de sorte que, si nous élevons aujourd’hui les idées anciennes à la hauteur d’une doctrine, c’est que plus récemment, des auteurs recommandables ont voulu 4es faire revivre en s’efforçant d’y réduire le raisonnenaent et l’ohservation.

Volcher Coiter (1) paraît être le premier qui, frappé de cette circonstance que la pulpe dentaire diminue à mesure que s’effectue la formation de l’ivoire, et dominé pourtant par la conviction de sa nature osseuse, admit que la dentine, à laquelle il donne le nom de partie osseuse des dents , n’est que le résultat de l’ossification véritable du germe. Cette sorte de consécration, apportée par la science aune théorie jusqu’alors vague et sans soutien, la remit pour longtemps en vigueur, à une époque où on allait douter bientôt de l’exactitude des idées anciennes. Dès 1683, en effet, Leeuwenhoeck (2) établissait nettement les différences de tous genres qui séparent le tissu osseux du tissu dentaire, et il semblait que les assertions de cet auteur, basées sur l’observation des faits, dussent ruiner sans retour la théorie de l’ossification. Lès successeurs de cet anatomiste, qui suivirent la voie nouvelle dans laquelle il venait d’entrer, abandonnèrent, il est vrai, les anciennes erreurs; mais lerir nombre fut longtemps très-restreint, et le retentissement des nouvelles idées ne paraissait pas sortir du cercle de quelques universités. C’est ce qui explique la longue période qui sépare les premières tentatives {1683) de l’époque toute modçrne, où les études de Leeuwenhoeck furent reprises par Owen et Nasmyth (1839). Cependant, dans le camp même des micrographes, quelques autorités se sont élevées récemment en faveur de la théorie de l’ossification. C’est ainsi qu’Henle

{\) Corp. part, tabulœ, VoTi.

(2) Microscopical observations on the structure ofteetk and olher bones {Philoso- ^hical transactions, 1683, n. 1002).

en 1838 (1) chercha à rétablir le parallèle entre les os et les dents, jusqu’à admettre une ressemblance entre le germe dentaire et le éàrtilage d’ossification, et, partant de ce principe, il conclut que la dentification est une ossification -véritable, le tissu dentaire un véritable os. H admet cependant entre ces deux phénomènes une différence qui consiste en ce que dans l’ossification les matériaux calcaires se déposent à l’intérieur du cartilage, tandis que dans la dentification ils se déposent à la surface du germe et envahissent ainsi de proche en proche toute la masse de l’organe.

Bichat, en, France, à l’exemple des principaux anatomistes qui l’avaient précédé, a défendu une doctrine analogue (2) ; plaçant la description des dents dans l’étude du système osseux et considérant l’ivoire comme un os auquel il attribue la même densité que le rocher, il arrive à expliquer la métamorphose du bulbe en dentine par le phénomène de l’ossification véritable. Mais, si la doctrine ancienne , battue déjà en brèche par Rau, en Allemagne, Hunier, en Angleterre, et Cuvier, en France, trouvait un écho dans les travaux du grand physiologiste, il faut en accuser l’ignorance où l’on était resté chez nous des recherches microscopiques, entreprises depuis longtemps à ce point de vue, et déjà fécondes en résultats. Mais aujourd’hui, que, grâce à un instrument puissant, le jour commence à se faire sur cette difficile question; aujourd’hui, que les progrès de l’anatomie générale ne permettent plus de rapprochèr dans un même groupe les dents et les os, pas plus qu’on est autorisé à assimiler à un même phénomène leurs modes de formation , il ne semblait plus possible de supposer qu’une voix puissante vînt s’élever de nouveau pour défendre encore la doctrine ancienne. Cependant M. Flourens s’est efforcé, à plusieurs reprises (3), de la réhabiliter

(t) tradtictron de Jourdan tri" ~p7 444, et S/stémai. (Be-

schreiùung der Plagiostomen, 1838).

(2) Anaiomiegénérale, édit, Encyclopéd., t. III, p. 28t.

(3) Recherches sur le développement des os et des dents (Paris, 1842), et Cours de physiologie, 1855.

lS57.-Masitot, ' ®

parmi nous. Pour lui, Todontogénie est un acte très-simple : «C’est le bulbe qui produit la dent, par une suite de transformations comme le périoste produit l’os ; le bulbe se transforme en cartilage,* et le cartilage se transforme en os. Le bulbe et l’ivoire sont la même substance, les mêmes lames, là gélatineuses, ici pénétrées de phosphate calcaire, durcies, ossifiées; et les lames reçoivent des vaisseaux et des nerfs» {\).

Ainsi donc, pour l’illustre académicien, la théorie delà formation de l’ivoire serait ramenée aux idées anciennes, et ce tissu serait pourvue de vaisseaux et de nerfs. Cette opinion ne nous paraît plus discutable aujourd’hui, et nous nous bornerons à exprimer le regret de voir M. Flourens appuyer de son grand nom et de sa grande autorité une doctrine si justement tombée dans l’oubli. On sait d’ailleurs les arguments invoqués par les anatomistes modernes contre l’identité des tissus osseux et dentaires, arguments tirés delà situation, de là structure , du mode de développement et des conditions fonctionnelles qui caractérisent ces deux substances (2). L’analyse chimî%ie elle-même indique des différences et constitue encore un argument à l’appui. A ces caractères, M. Oudet (3) en a ajouté un autre qui jouit d’une grande valeur en anatomie philosophique : c’est la place qu’occupent les dents dans toute l’échelle des vertèbres comme dépendance du système tégumentaire. Ce caractère est même regardé par le savant dentiste comme un des plus puissants arguments en faveur de la doctrine de la sécrétion, mais nous verrons plus loin que s’il confirme les preuves fournies déjà contre la théorie de l’ossification, il ne saurait prêter son appui à une doctrine désormais tombée elle-même devant la puissance de l’observation.

(1) Cours de physiologie {V Union médicale^ 1855, p. 499).

(2) Cruveilhier, Anat. descript., 1.1, p. 502.

(3) Odontogénie, p. 16, extrait du Bulletin de l’Académie de médecine, t.XXr p. 534.

2® Doctrine de la sécrétion.

C’est à Rau (1) qu’on doit attribuer l’idée première de la formation de l’ivoire par sécrétion ou transsudaiion du bulbe. D’après cet anatomiste,- la pulpe dentaire aurait une structure analogue à celle de la membrane qui tapisse les sinus frontaux ; elle se composerait de replis entre lesquels aurait lieu la sécrétion d’un suc particulier, sîtc dentifique, appelé, par suite de transformations successives, à former les lames de l’ivoire. Ce suc, déposé à la surface delà pulpe, se moulerait exactement sur elle, augmenterait peu à peu de densité, et constituerait enfin le tissu dentaire. Quanta la formation de l’émail, elle résulterait, d’après le même auteur, d’une sécrétion d’une autre nature, mais dont l’agent serait encore la pulpe dentaire.

Cette doctrine paraît avoir été accueillie avec peu de faveur en Allemagne, mais elle reçut en Angleterre une consécration éclatante due à l’impulsion des travaux de Hunter. t’illustre anatomiste s’écarta cependant des assertions de Rau ;• les expériences qu’il entreprit lui démontrant que l’ivoire était dépourvu de vaisseaux, et que son développement, suivi au moyen de l’alimentation par la garance, s’opérait couche par couche, il établit nettement que la dent ne saurait être considérée comme lin os, mais il refuse de se prononcer sur sa véritable nature, qui lui paraît néanmoins bien différente de l’organisation des tissus de l’économie, puisqu’il termine en disant que les dents « devraient être regardées comme des corps etrangers, à ne prendre en considération que l’absence de toute circulation dans leur intérieur» (2).

Il aborde avec moins de réserve le développement de l email : «Cette substance, dit-il, paraît être sécrétée par la pulpe et peut-

(1) Dispùtatio inauguralis de ortu et regeneratione dentium ; Leyde, 1694.

(2) Histoire naturelle des dents, 1771»; traduction de Riclielot, p. 42.

être par la capsule qui renferme le corps de la dent. Cette origine est évidente chez le cheval, fâne , le bœuf, le mouton, etc.; c’est pourquoi nous avons peu de raison de douter qu’il en soit ainsi dans l’espèce humaine. C’est une terre calcaire, probablement tenue en dissolution dans les huméurs de notre corps et versée dans ces organes, qui agissent comme une glande. Après la sécrétion, elle est attirée par la portion osseuse de la dent qui est déjà formée, et sur la surface; de laquelle elle se cristallise. Ce mode de formation est semblable au mécanisme de production de la coquille de l’œuf, des calculs rénaux, vésicaux et biliaires » (1).

Hünter, comme on voit, s’exprime assez formellement. Pour lui, la dent est un corps étranger, et si la nature de l’ivoire lui échappe, celle de l’émail place ce tissu dans les produits sécrétés ét cristallisés, c’est-à-dire inorganiques.

Telles sont les idées qui, malgré les efforts des micrographes, ont régné pendant longtemps en Angleterre, où elles sont cependant abandonnées complètement aujourd’hui ; mais en France, où le nom de Hunter avait déjà pénétré avant le commencement de ce siècle, elles furent reprises par Cuvier (2), qui admit que la dent tout entière était le résultat d’une sécrétion, l’ivoire étant produit par la pulpe et l’émail par la capsule. Depuis lors , tous les anatomistes furent unanimes, et la doctrine de la sécrétion s’établit définitivement parmi nous. C’est elle qui aujourd’hui encore règne dans nos écoles, ’où des voix puissantes l’ont propagée et défendue. Parmi ses plus sérieux défenseurs, nous citerons F. Cuvier, de Blainvilie, E. Geoffroy-Saint-Hilaire, Blandin, MM. Serres, E. Rousseau, Duvernoy, Dujardin, Oudèt. De pareils noms suffisent pour montrer l’empire dont jouit encore chez nous la théorie de Cuvier, et combien il sera difficile de combattre son influence.

(1) Loc. cii., p. 66.

(2) Ossements fossiles, 4® édit., 1 . p. 510, et Leçons d’anat. comp., 2® édit., t. IV, p. 2î4.

Selon F. Cuvier (1), les dents, ainsi que les ongles, les poils, les cornes, sont des substances sécrétées par les bulbes quelles recouvrent, et constituent par conséquent pour lui des corps étrangers à l’organisme. La dent néanmoins, ajoute-t-il, peut être assimilée à un os dont les vaisseaux, réunis en une seule masse, déposeraient autour, d’eux la matière calcaire ; tandis que les os peuvent être regardés comme des dents dans l’intérieur desquels les vaisseaux feraient en quelque sorte circuler cette matière. On comprend aisément, comme le fait très-bien remarquer M. Oudet, à quelles erreurs conduirait une pareille théorie dans la voie de l’hypothèse et de l’induction. » ,

De Blainville, dans ses nombreux travaux, donna à la doctrine de la sécrétion un p^us grand développement, et lui imprima un caractère véritablement philosophique. Fondant en 1822 sa théorie desphanères(2), il conçut le premier cette grande idée de considérer les dents comme une dépendance du système tégumentaire ; mais il ne s’arrêta pas là, et le piinnère devint pour lui une substance inorganique, une partie mortè^excrétée par un bulbe vivant, vasculaire et sensible. Telle fut la denL^^lritable corps inerte, étranger au mouvement vital et n’éprouvant a^r^s sa formation aucune modification organique. Nous verrons qu’il n’ei^eM pas ainsi, et les seuls arguments que nous opposerons à des idées^^^ savamment développées seront tirés de l’observation avec toute lah^aleur que peuvent apporter avec eux des faits étudiés déjà par b^a^icoup d’auteurs , et qui, nous l’espérons , deviendront bientôt incbpitestables. Nous sommes loin cependant de prétendre attaquer la grab^ie détermination de la nature de^ phanères au point de vue mo^hologique, mais nous espérons prouver que la dent, phanère que n^us avons

(t) Dents des mammifères, 20; 1822.

(2) Organisation des animaux, 1.p. 37.; 1822.

particulièrement étudié,forme par des éléments non point excrétés par le bulbe, ma'^ nés spontanément à sa surface ; et quel que soit réloignement (|ue nos idées doivent rencontrer auprès du plus grand nombre de^ naturalistes modernes, nous ne pouvons nous défendre d’ une cekaine. confiance basée uniquement sur l’autorité des faits observésl Nous développerons du reste ces considérations un peu pluslo^, mais nous sommes autorisé à dire par avance que les phanères,\ étudiés en général par notre maître M. Ch. Robin, sont tous soumis ku même mode de développement que les autres tissus, c’est-à-dire % genèse ou génération spontanée, et qu’ils sonÇtout à fait étrangers t)ar conséquent à toute espèce de phénomène de sécrétion. \

E. Geoffroy-Saini-Hilaire |l ) va plus loin encore que ses devanciers, et développant, pour ainsi (wre, une idée déjà émise par Hunier, il regarde la dent comme un produit cristallisé analogue aux stalactites. Nous allons, sans les di^uter, reproduire ses propres paroles : « La dent est un produit de ti^nssudation, un corps inorganique, une masse composée de couches successives où il n’est rien qu’on puisse comparer à du tissu osse^^x, si ce n’est une première étoffe cartilagineuse (p. 23).... Les mofecules de la substance dentaire traversent la coiffe du noyau dentaire par une transsudation s’exerçant de l’intérieur à l’extérieur. Les piolécules s’unissent au noyau et entre elles par voie de cristaliisatmi, et je n’entends pas le dire ici par figure; j’y vois, au contraire, |n arrangement qui répète la formation des stalactites; c’est le mêcèe travail, c’est la même cassure vitreuse, cest le même mode de réunion» (p. 25).

M. Duvernoy, dans son dernier mémoire sur les dents des musaraignes (2), paraît ébranlé par les travaux de Richard Owen et de Nasmyth, et faisant, pour ainsi dire, une concession à la doctrine

(1) Système dentaire des mammifères.et des oiseaux; Paris, 1824.

(2) Mémoire surles dents des musaraignes; Paris, 1844.

de la conversion dont ces deux anatomistes sont les plus éminents défenseurs , il émet une théorie qui semble tenir le milieu entre celle de Cuvier et la théorie sortie de rinvestigation microscopique. Pour lui, le bulbe dentaire serait composé de deux parties distinctes destinées chacune à une fonction particulière, bien qu’il soit trèsdifficile, ajoute-t-il, de déterminer les limites qui les séparent. L’une d’elles, en rapport avec les vaisseaux sanguins qui arrivent à la capsule , serait une sorte de follicule à parois sécrétantes, qui verserait dans la cavité qu’il constitue les éléments de la substance tubuleuse (ivoire); c’est à la fois l’organe préparateur et le réservoir de ces matériaux. L’autre partie du bulbe, qui enveloppe la première et est en contact avec les parois de la cavité qui le renferme, se composerait de l’origine des tubes membraneux qui constituent le canevas de l’ivoire, et que les matériaux sécrétés par la partie centrale sont destinés à transformer {toc. cit., p. 82).

On ne saurait dissimuler que cette opinion est empreinte de beaucoup de vague et d’obscurité ; nous ne saisissons pas bien, par exemple, en ce qui concerne le follicule dentaire chez l’homme, cette division ^u bulbe en deux parties, l’une sécrétante, l’autre destinée à s’imprégner de matériaux calcaires produits par la première.

Ce que M. Duvernoy appelle les origines des tubes membraneux de l’ivoire ne sont sans doute que les cellules de la dentine ellesmêmes rangées à la surface du bulbe, la phrase suivante semble du moins l’indiquer: «On voit ces tubes membraneux former comme une frange autour du bulb§ lorsqu’on prépare une tranche de celuici dans un bulbe d’incisive de rongeurs, où cet organe est toujours en activité» (/oc. ciL, p. 84).

^ Quoi qu’il en soit, cette théorie nous paraît manquer de clarté et de précision. Celle de Cuvier et de ses successeurs, MM. Serres, E. Rousseau, etc., est bien plus nette : le bulbe.sécrète l’ivoire, qui s’applique comme une calotte sur l’organe formateur, tandis que la membrane interne du follicule sécrète l’émail, qui se déposé et se

fixe à la surface de l’ivoire formé. Telle est la théorie simple , bien qu’erronée, que Purkinje et Frœnkel (1) ont soutenue en Allemagne; Retzius.(2) et Muller (3) l’ont également appuyée de leurs travaux. Ces divers auteurs, se fondant sur la formation des dents par lames juxtaposées, admettent que celles-ci sont excrétées par le bulbe. Muller fait cependant une exception en faveur de quelques poissons dont les dents sont, dit-il, le résultat de la transformation de la pulpe.

Enfin M. Oudet, le dernier, dans l’ordre chronologique, qui se soit fait le champion de la doctrine de la sécrétion , a, dans tous ses écrits, battu en brèche les doctrines opposées. Guidé par l’induction et l’anatomie comparative, les deux moyens d’investigation qui trouvent auprès de lui le plus de faveur, rejetant les résultats dus à l’intervention microscopique et les grandes autorités deT’Allemagne et de TAiigleterre, le savant dentiste défend avec la plus vive ardeur une théorie violemment attaquée depuis longtemps dans ces deux pays, mais encore debout en France, où la question de l’odontogénie semble délaissée aujourd’hui. Reconnaissant aux dents la place qu’elles occupent dans les productions du système t^gumentaire, il n’hésite pas à dire que non-seulement il «décide ainsi la nature de leur organisme, mais qu’il leur impose, en outre, les caractères anatomiques et physiologiques des tissus auxquels il les réunit» (4). C’est là, qu’on nous permette de le dire, un grave abus de l’induction. Quoiqu’il en soit, M. Oudet conclut que les dents ne peuvent être considérées comme le résultat de la transformation de la pulpe dentaire, dont la surface, comme il le fait remarquer, n’offre d’ail-

(1) De Penitioridentium humanorum structura obsermtiones ; Vratislav., 1835.

(2) Bemerkungen über den innern Bau der Zàhne {Mull. Arch., 1837).

(3) Poggendorff s AnnaleUj t. XXXVIII, 'et Cours de physiologkjt. II, p* 317, traduction française.

(4) Odontogénie, p. 9.

leurs aucune adhérence avec le§ couches d’ivoire primitivement formées, mais que ces organes résultent de l’agrégation de matériaux particuliers sécrétés à la surface du germe. Refusant de s’adresser aux dents de l’homme, dont «la composition compliquée cache à l’observateur le véritable caractère des actes organiques qui s’y accomplissent, et en rendent la forme souvent trompeuse « (1), il demande aux rongeurs le secret du développement des dents. Or que trouvons-nous chez ces animaux? L’accroissement continu ^e la dent avec conservation et même augmentation du volume de l’organe. Voyons-nous dans ce phénomène un argument en faveur de la doctrine de la sécrétion? Nullement. On trouve, il est vrai, dans ce cas une particularité très-remarquable du développement des dents, particularité qui consiste en ce que la production des cellules de dentine est permanente chez ces animaux , et douée d’une grande énergie, en même temps que le volume de la pulpe reste stationnaire ou s’accroît graduellement pour subvenir à cette active production, et résister ainsi au dommage causé dans la couronne parla trituration. Mais en présence de la structure si nette et si uniforme que présentent les dents chez les rongeurs comme chez l’iîomme; en présence des actes fonctionnels que ces organes accomplissent ; en présence des altérations organiques qui les atteignent, et appuyé enfin sur l’observation microscopique du développement des dents, nous ne pensons pas que la doctrine de la sécrétion puisse subsister. Que Oudet nous pardonne l’opposition si radicale dont nous accueillons les efforts qu’il tente depuis si longtemps pour maintenir sa théorie; mais nous croyons que tous les raisonnements, tous les procédés intellectuels d’investigation doivent céder devant l’autorité des faits, appelés, ce nous semble, à servir constamment de point de ^départ et de guide aux recherches anatomiques.

(t) Loc. cit., p. 10.

1857. — Magitot.

3® Doctrine de la. conversion, f

La théorie de la conversion admet, comme nous l’avons dit, la métamorphose de la pulpe en ivoire ou dentiné. Elle diffère de la doctrine de l’ossification en ce quelle ne considère pasda; dent comme un os, mais comme un organe de nature^spéciale, non étranr ger à l’économie. M. Oudet,, il est vrai, tout enl défendantla théorie.de la sécrétion, admet que l’organe dentaire jest doué d’un mou* vement vital qui le rapproche de touS: les tissus dfe l’économie; mais nous croyons que dans l’état actuel de lascienceV le terme produit de sécrétion entraîne nécessairement l’idée d’un^ corps inorganisé, par conséquent privé de vie et soumis aux= seules inEuenceSï physiques qui régissent la matière morte. E, Cleoffroy-Saint-Hilaire abien compris cette nécessité où le plaçait sa doctrine quand il fait de la dent un produit, de cristallisation, une véritable stalactite entièrer ment étrangère, au mouvement organique. C’est ainsi qu’il restait logique dans la défense d’une opinion erronée.

C’estù Leeuvrenhoeck, qui écrivait à Delft en 1683, qu’on doit attribuer la première tentative faite en faveur delà théorie qui nous occupe. Cet auteur est un des premiers, comme on sait,,quLse soit servi de microscope, et il est remarquable qp!à une époque où la doctrine de la sécrétion n’était pas encore fondée, celle de la eon* version prenait naissance, grâce au concours d’un instrumentj)uisr sant, qui, s’il ne donnait pas entre les mains de l’observateur hoL landais la solution complète du problème, établissait du moins que la dent n’était pas un os et se gardait bien de laisser soupçonner qu’elle fût le résultat d’une sécrétion^ Malgré les efforts de Leeuwen* hoeck, Rau (1) s’écarta de la voie ouverte quelques années avant lul^

(i) Disputalio inauguralis ; Leyde, 1694.

-par son compatriote, et établit sans Hiscussion sa doctrine, dont le retentissement étouffa la première tentative de son prédécesseur.

Pour l’anatomiste de Bélft (1), la piilpe dentaire se composerait d’un grand nombre de vaisseaux sanguins et autres se transformant plus tard en canalicüles dentaires, et servantainsiàla production et à la nutrition de l’ivoire. Les canalicüles ainsi formés parcouraient la dent du centre à la périphérie et allaient communiquer avec les vaisseaux de la gencive pour former ainsi un système circulatoire compléta travers'l’organe dentaire. Quoi qu’il en soit,, cette théorie était restée dans l’oubli jusqu’en t798, où Blâke (2) appuya de ses recherches les idées de Leeuwenhoeck, et admit dans l’ivoire un doublé mouvement moléculaire de composition et de décomposition, /dont il avait ^trouvé la preuve dans des observations d’exostoses et autres affections de ce tissu, -C’est ainsi qu’il prétendit que la dent était pourvued’un système vasculaire cliargé d’q|fectuer ce mouvement organique.

"Cependant, il-faut ravouer, on doit considérer comme les véritaftes fondateurs de la doctrine de la conversion deux anatomistes anglais, dont les^études, datantde vingt années à péine, ont déjà repu dnn grand nombre d’auteurs une confirmation plus ou moins complète. Nous vouîonsparlerde^Nasmyth et du professeur Owen. Depuis leurs itravaux, on vît, on effet, surgir de tous'les points de l’Allemagne et de TAngléterîô des micrographes qiii se déclarèrent en faveur de da nouvelle .^doctrine. Cependant, parmi cette génération nouvelles d’observateurs, il s^est élevé une division Importante reposant sur.celte-circonstanee que, pour les uns, la pulpe dentaire se métamorphose dans satotàlité en dentine, tandis que pour les autres cette métamorphose n’intéresse qu’une partie.de l o^gane, ses couches superficielles. Cétte distinction nousoonduit à établir dans

(1) PhUosophical transactions^ t6S3, p. 1002, et 1684, p. 568.

(2) DIsputalio de dehtium formatione et structura ; Edinburgh, 1798.

l’étude de cette doctrine deux subdivisions : la première, comprenant les anatomistes qui croient à la transformation totale du germe est représentée par R. Owen, Hannover,Tomes, Todd, Bowman, etc.; la seconde, comprenant ceux qui admettent la transformation partielle, est défendue par Nasmyth, Schwann, Kôlliker, Lent, etc.

r® dimion. Richard Owen, en 1840 (1), fut conduit à sa théorie par l’étude de la production des dents chez les poissons sélaciens, dont le bulbe produirait la dentine par métamorphose directe de son tissu. Cefte particularité, déjà entrevue par Muller en 1837 (2), amena Owen à considérer les dents de tous les animaux comme produites par un phénomène identique.

D’après lui, la totalité de la pulpe dentaire se compose de cellules à noyau, suspendues et réunies par un plasma subgrariuleux. Les cellules sont plus nombreuses à la superficie de l’organe, où elles se disposent en sériés linéaires verticales à la surface extérieure de l’organe. A ce moment, les cellules de la superficie se multiplient par segmentation de leur noyau, dont les fragments deviennent le c^tre de nouvelles cellules. Toute cette m^se ainsi formée par la multiplication d’une cellule primitive se dispose en lignes réciproquement parallèles. Le point delà paroi par lequel se touchent les cellules s’atrophie, les noyaux se confondent et forment ainsi par leur réunion des tubes continus, dont lacalcification ultérieure forme la dentine et les canalicules qui la parcourent. Quant aux courbures et aux anastomoses de ces canalicules, elles seraient déterminées, dans

(1) Odontography ; London, 1 vol. avec atlas, et art. Teeth dans Cyclopedia of anatomy, t. IV, p. 864.

(2) C’est chez les myliobates et les rhinoptères que Muller remarqua la pulpe dentaire douée du volume et de la forme des dents futures. L’examen de sa structure lui montra aussi l’existence de tubes à large diamètre, recevait dans leurs parois une sorte^’incrustation calcaire, ayant pour résultat la diminution de ]eur calibre et la transformation totale du bulbe en ivoire. {Cours de physiologie-, t.I,p. 319.)

cette théorie, par lès courbes que décrivent les anastomoses qui réunissent les séries linéaires des cellules dentinaires.

Suivant Tomes (1), dont la manière de voir est très-analogue à celle du professeur Owen, la pulpe dentinaire est formée de cellules à noyau, disposées au sein d’un plasma parcouru par des vaisseaux et des nerfs ; ce plasma est également traversé en tous sens par une trame aréolaire, dans les mailles de laquelle sont reçues les cellules de la dentine.

Ces cellules, composées d’une paroi propre membraneuse et d’une cavité centrale représentée par le noyau, sont primitivement éparses dans la masse de l’organe, mais ^Jeu à peu elles se placent bqut à bout, suivant des lignes réciproquement parallèles, et constituent ca que Tomes appelle disposition linéaire des cellules dentinaires.

Dans cet état, la cellule s’allonge ainsi que le noyau ou cavité quelle contient; sa paroi propre disparaît alors, et les noyaux, se réunissant par leurs extrémités, constituent un tube complet, dont la paroi est formée par la substance même de la cellule. Des séries linéaires de cellules voisines se réunissent alors à la première et forment les anastomoses et les ramifications qu’on retrouve dans les canalicules. A ce moment enfin, les vaisseaux de la pulpe apportent des matériaux calcaires, dont l’assimilation donne à cette masse cellulaire la consistance et les caractères de la dentine, parcourue par ses canalicules ramifiés. Ce phénomène opéré d’abord dans les couches superficielles de la pulpe, se continue bientôt à toute la masse, qui se trouve ainsi entièrement métamorphosée.

Enfin Hannover, qui a adopté et défendu la doctrine d’Owen, a publié récemment à Copenhague une remarquable monographie du développement et de la structure des dents (2). L’autorité de

{\) A Course of lecture on dentalphysiologf and surgery, lecture 5, p. 82 ; Londou,

(2) Entwickelung und den Bau des Saûgethierzahns ; Aus den Ferhandlungen der haiserl. Léopold. Carolinisehen Akademe der Naturforscher, t. XXV, p. 11.

l’auteur et l’raspect séduisant sous lequel est présenté l'Ouvrage ^ous engagent à en donner ici une appréciation très-succincte.

/ D’après Hannover, le follicule chez rhomme, a^nt île début de / la dentification, se compose de quatre parties principales r rie / germe de la denline, placé au iond du sac dentaire.; .2® le germe de I Fimail, placé comme un bonnet au-^de^us du précédent et composé / -exclusivement,de cellules (cellules >de l’émail, imembraoe adamantine des auteurs) ; 3“ le germe du cément, composé de cellules .étoilées et ramifiées; (germe de vl’émail -des auteurs), et constituant une enveloppe complète, entourant de toute part les deux germes I précédents, excepté^à leur base ; la transformation de ce germe en

I cément s’opéreraitjparmne siosple ossification^ 4° enfin la mm-

\ brana intermedia., membrane transparentevet amorphe,-séparant le

\ germe du cément des deux autresi|^rn^s;de l’ivoire?et de l’éimil,

\ de sorte que par sa face externe elle s’applique-.contreile premier,

\ tandis que.sa faeeânterne.reeouvre les deux au^es.

Les cellules deda dentinev&ont;plongées au ;sein «d’une inmse ite matière amorphe dépourvue d’enveloppe propre et sont disposées en couches superposées. Ces cellules, pourvues dW-noyau, fsont -primitivement sphériquea, mais prennent bientôt une formeprisma tique , par pression réciproque, et se rangent parallèlement Fune à l’autre et perpendicalairementà la .surface du germe. A ice moment;, la pardpropre de la cellule «et le noyau s’allongerlt simultanément et forment de longs prélon^raents qui ae rmaifient, s’anastomosent .avec des. prolongements des ^cellules voisines et deviennent ainsi les canâlicules dentaires et leurSîdivisioHs; Feave-

Iqppe delà cellule formant la paroi, de noyau formant ;hi'cavité ou lumière (/ 2 «mew) du canalicule, O.uaafcà la substaaee intertubiîteire, elle ne serait autre que la matière amorphe qui sépare les cellules. Dans cet état, lescanalicules et la matière qui les sépare s’imprègnent

de matières câîcarres, et la dentification est terminée.

jNous ferons remarquer d’abord que dans cette théorie letgerme

du cémentin’ests autre que le germe de l’émail de; tous les auteurs tandis que ce dernier organe ne serait constitué quepar les cellules dé l’émail ou la membraneadamantinet dé plus la présence de la membram intermedia paraîtintervenir pour les besoins dé la description, car aucun? anatomiste n’à signalé la présence d’aucune membrane pareillénrent située. Son existence , il est vrai , rendrait très-simple et: très-complète rintelügence du développement des dents dont l’émail, comme nous lè verrons, se: recouvre d’une pèllicule amorphe qui ne serait autre alors, pour Hannover , que sa prétendue membrana întermedia à rëmaili En outre, nous verrons

que le germe du cément d’Hàmiover (germe dé rémail dés auteurs) suit?, par son développement, la production dè l’émail', et que lorsque cette substance est produite, il s’atrophie et disparaît, circonstance qui décèle entre eux une certaine solidarité'; nous pensnos donc qu’on ne saurait attribuer la formation du cément à un organe, dont la disparition coïncide avec l’achèvement de là couronne et le début de la production cémentaire^

En ce qui concerne la théorie dé la formation dé l’ivoire, elle est très-analogue à celle d’Cbwen et de Tomes. Nous répondrons à tous ces auteurs qu’il est impossiblè de considérer la totalité de la pulpe comme constituée par dés cellules d’ivoire ; la plus simplé inspection en donnerait la preuve ; de plus, qu’on ne saurait admettre que le noyau forme là cavité; du canalicule, puisque ^ce nojau est un corps solide et plein qnon peut trouver isolé et brise en fragments. En outre , et cet argument s’adresse particulièrement à Hannover, les prolongements dont sont quelquefois pourvues les cellules de l’ivoire ne peuvent être (regardés comme les canalicules, puîsquils se dirigent vers là pulpe^^et non vers l’ivoire , c est-à-dire en sens inverse de la directionide\ces canaliculès;

2® division. Les recherches de Nasmyth datent île 1839, et ont puissamment concouru, avec celles du professeur Owen , qu elles

ont précédées de quelques mois, à la ruine des doctrines anciennes en Angleterre (1).

Cet auteur décrit la pulpe dentaire comme un organe formé de deux parties principales, une centrale vasculaire, l’autre superficielle, composée d’un nombre très-considérable de cellules très-petites, qui, par leur arrangement, simuleraient la disposition réticulée qu’on retrouve dans le squelette d’une feuille sèche (/oc. c/f., p. 42^. C’est cette partie de la pulpe ainsi constituée qui se calcifie pour former la dentine; sa structure est donc purement aréolaire, ainsi que le tissu auquel elle donne naissance. La pulpe dentaire et Tivoire sont par conséquent la même substance; là c’est une trame cellulaire réticulée, ici c’est la même trame durcie par les éléments calcaires que les vaisseaux de la partie profonde exsuderaient par leurs parois.

Il semble, d’après cet aperçu,que Nasmyth a complètement méconnu l’existence des cellules de la dentine, qui occupent les couclies superficielles de la pulpe, et que ce qu’il décrit comme une disposition celluleuse réticulée n’est autre chose que l’ensemble de& corps fibro-plastiques, formant la masse de l’organe, et destinés, suivant cet auteur, à se calcifier pour former l’ivoire. Cette dernière substance, par conséquent, ne serait plus constituée que par un tissu aréolaire , composé de fibres offrant des renflements en chapelet , complètement dépourvu de canalicules et plongeant dans une masse de matière*organ1que calcifiée, au sein de laquelle il n’est plus possible de reconnaître l’existence des éléments de l’organe primitif.

Ce qui surprend surtout dans ces erreurs de l’anatomiste remarquable que nous citons ici, c’est qu’il paraît avoir employé les moyens d’investigation qui ont conduit la plupart des auteurs à une détermination différente. Il faut admettre, par exemple, que Nas-

(l) Researches on the development, structure and diseases of the ieeth ; Loodon,

myth ait été bien dominé par quelque idée spéculative pour refuser d’admettre dans l’ivoire la présence de canalicuies dont personne depuis n’a nié l’existence.

Suivant Schwann (1), les couches superficielles de la pulpe sont constituées par un assemblage de cellules cylindriques ; la partie profonde se compose de petites cellules arrondies et à noyau. Les cellules cylindriques s’allongent peu à peu, de façon à former des fibres, et se durcissent ensuite en s’imprégnant de sels calcaires, tandis que les vaisseaux se retirent vers le centre.

Dans cette opinion, la pulpe dentaire présenterait en définitive une^'disposition fibreuse, et l’ivoire ne serait que ces fibres calcifiées.

Enfin Kôlliker (2) et Lent (3) ont repris et développé les recherches de Schwann et exposent leur doctrine d’une façon plus précise. D’après eux, la pulpe dentaire se compose de deux parties très-distinctes : l’une centrale vasculaire et complètement étrangère par elle-même à la dentification ; l’autre superficielle et composée de cellules spéciales qui, par leurs transformations successives, constituent l’ivoire. Les cellules de la dentinè sont donc les seuls éléments qui concourent à la formation de l’ivoire, et c’est à Lent qu’il faudrait, d’après Kôlliker, attribuer la détermination positive de la façon dont s’opère cette transformation. Sur des dents en voie de développement, et presque réduites en bouillie par une macération prolongée dans l’acide chlorhydrique. Lent, après Kôlliker, aurait pu isoler des petites masses munies de prolongements plus ou moins ramifiés. Ces masses ne seraient autres que les cellules de livoire

(1) MikroskopischeUntersuehungen ueber die üebereinstimmung in der Structur und den Wachsthum der Thiere und PJlanzen ; Berlin, 18^9.

(2) Histologie humaine, p. 434, et Mikroskopische Anatomie, t. Il, p, 97; 1852.

(3) Beitrüge zur Entwickel d. Zahnbeincrund Schmelzes, dans Zeitckr. F. TViss. Zool.^ VI cah.

lS57.-Magitot. ®

munies de leurs canalicules. Nous avons rencontré souvent, en effet des cellules munies de prolongements ordinairement simples éhez l’homme, quelquefois bifurquées chez le cheval, le veau, etc.; mais cette disposition, qui d’ailleurs est loin d’être constante, nous paraît étrangère à la formation des canalicules, puisque ceux-ci ont une direction inverse de,celle.desprolongements cellulaires, qui nesont du reste, nullement tabulés.

Quoi qu’il en soit, ces deux auteurs fondent sur ce simple fait toute leur théorie de la formation de l’ivoire et se résument à peu près en ces termes :

i® Les^canalicules dentaires sont de véritables prolongements^'des cellules de l’ivoire, prolongements qui donnent naissance à des branches secondaires par lesquelles ils communiquent entre eux (Kblliker.yMistologiehimaineyp. 501). Et dans unefoule de cas une simple cellule suffit pour produire un canalicule tout entier, ou du moins une longue portion de canalicule.

5® ba substance.fondamentale de rivoireine provient pas des cellules de Tivoire,; semblable aux substances intereellulaires, elle résulte d’une exsudation soit de ces cellules, soit du gerraedentaire (KOlliker,/oc. Cîï., p. 435).

Ainsi donc, dans l’opinion des deux anatomistes allemands, la dentine ne résulterait que de la transformation d’une partie des éléments histologiques du germe, sa partie superbcielle composée de cellules. La partie eentcale ne subirait la dentification que dans quelques espèces animales, et peut-être exceptionnellement chez l’homme, mù ce phénomène serait consacré par les observations d’ivoire vasculaire de Tomes et d’Owen (vasodentine). Dans ce cas, ajoute Kblliker, l’ivoire vasculaire affecte une très-grande ressemblance avec le tissu osseux , et s’éloigne beaucoup de la structure ordinaire de l’ivoire.

On voit, d’après cet aperçu, que la doctrine de la conversion repose sur ce fait que la pulpe dentaire intervient directement par ses propres éléments histologiques dans la production de la dentine, et

l’on reconnaît' de plus que les auteurs qui' la défendent sont loin d’assimiler la dent à un os véritable. Kblliker cependant, fondé surtout sur les recherches dè Eent, et sa decmiverte dès prolongements aux eeltulèsdentinaires, trouve entre là dent et l’osune certaine analogie de développement'; car les cellules dé cartilage-^entourent aussi de prolongements tubulés pour constituer lés corpuscules osseux et leurs'canaliculesr Ge rapprochement serait'séduisant sans doute ; mais nous'ne devons pas oublier qu’îHest inadmissiblé, puisque les prolongements des cellules dèntinaires ne sont pas tubuleux.

4“ Doctrine, de la dépositions.

Raschkow, Huxley,

Gette doctrine,, contemporaine de la précédéntè, est due à Haschko.w (Breslaw, i 8B5), eta été #optée avec de légères modifications par Huxley!, en Angleterrei, llle diffère de là doctrine précédente en; ce que les. éléments histologiques du germe ne concourent pas directement à la^ formation dé la! substance' dentaire; qui'se déposerait couehe par coucbeæntm legerme et la îîîemArcrnafprcr/brnratîcfr qui lui sert dlenveloppe; tandis que la substance dè cet organe subirait un retrait progressif,,une atrophie graduelle; à mesure qu’elle donne naissance aux éléments dëflfiyoire.

Suivant Rascbkow (1y, la? dentine ou^ ivoire- se^ composerait dé fibres déposéesaurdessous'de la m&mbrarra prmformativa^ qui subirait plus tard.: elle-même; la caleifioation. Ces fibres; aihsi= disposéëîr couche par cQuche^se durciraient progressivementpar hâssinrilalion dés élémentS'Calcaires'fournis parla pulpe, et'constitueraient le canevas de l’ivoire, tandis que les canalicules, dont Raschkow paraît avoir

(1) Meletemaia circa dentium mammaliam evàlulionem; Vratislav., 1835.

déterminé la disposition, résulteraient des intervalles ménagés entre ces fibres. Quant à la pulpe, elle subirait une atrophie progressive à mesure que se déposent les couches de substance dentaire. Telle est la théorie de cet auteur, qui se trouve d’ailleurs formulée dans la phrase suivante, que nous empruntons à son ouvrage :

«Postquam... fibrarum dentalium stratumdepositum est, idem pro- « cessus continue ah externa regione internam versus progreditur gerce minis dentalis parenchymate materiam suppeditante Conversœfi-

«hrarumdentaliumflexuræquæjuxta,latitudinisdimensionemcrescunt «dum ah externa regione internam versus proceduntsibiinvicemapcc positæ continues canaliculos effingunt, qui ad substantiæ dentalis pe- «ripheriam exorsi multis parvis anfractibus ad pulpam dentalem «cavumque ipsius tendunt; ibique âperti finiuntur novis ibi quam- « diu substantiæ dentalis formatio durât fibris dentalibus aggregan- «dis inservientes. » ,

Cette doctrine, oubliée ou plutôt méconnue de la plupart des auteurs contemporains, paraît avoir été comprise de Huxley, en Angleterre, qui l’a développée sous le nom de doctrine de la dépd^: sillon. Cet anatomiste (1) a en outre émis sur le développement des dents certaines idées spéciales que nous devons rappeler ici. D’après lui, la pujpe dentaire serait revêtue primitivement d’une membrane propre, basement membrane {membrana præformativa), au-dessous de laquelle se formeraient tous les tissus dentaires, émail j ivoire, cément. La pulpe se composerait de noyaux très-étroitement pressés les uns contre les autres, ronds, ovales ou polyédriques, et contenant plusieurs granulations foncées. Ils sont plongés au sein d’une substance amorphe transparente qui ne contribue pas plus que les noyaux à la formation de l’ivoire ; car cette substance , si l’on en croit cet auteur, se déposerait molécule à molécule entre le germe

(1) On the development of the teeth and on the nature and import, of Nasm/th s persistent capsule {Quarterly journal of microscopical science,, avril 1853).

dentaire et la membranapræformativa, de sorte que dans celte théorie les éléments histologiques du germe ne contribuent pas non plus à la formation de la dent. Cette opinion diffère de la précédente en ce quelle rejette l’existence des fibres dans l’ivoire, mais admet la présence des caucdicules, que Huxley considère comme des lacunes creusées dans l’épaisseur de la substance pendant le travail de |pa développement.

Telles sont les doctrines qui se sont élevées au sujet du développement de l’ivoire. Au milieu de ce conflit d’opinions si diverses et souvent contradictoires, quelle sera notre manière de voir? Notre description du développement de l’ivoire répond déjà à cette question; néanmoins nous allons établir et développer notre théorie.

Pour nous, les éléments de formation de l’ivoire, c’est-à-dire les* cellules de la dentine, naissent spontanément par genèse oügéjiérjir^ tion spontanée, à la surface de la pulpe dentaire, quTfôïïfhit les maté!l^f*'^eœssaires à cette production. Ces cellules se^forment par rangées qui se superposent l’une à l’autre, disposition qu’on retrouve dans les couches concentriques dont l’ivoire est formé. Ainsi constituée, chacune de ces cellules représente un individu vivant, un organisme complet, possédant toutes les propriétés dévolues aux éléments anatomiques de la classe des produits de perfectionnement (1), c’est-à-dire les propriétés végétatives de nutrition, de dé-

(Ij II Importe de'douner ici une explicatioa sur te mot produit créé par de Biainville, et dont il convient de préciser le sens. Ce terme n’est employé ici que dans le sens anatomique; car, au point de vue physiologique, il n’y a pas,en effet, naissance, génération, des produits tout formés, mais génération d’un blastème servant à la genèse des produits. Ce blastème peut lui-même présenter des différences. D’après M. Robin il peut être réel ou virtuel : — réel, quand dans son sein on peut suivre le développement des éléments anatomiques s’effectuant d’une manière directe aux dépens de sa substance même; virtuel, quand,à mesure qu’il

veloppement et de genèse. Une fois développées, les cellules-éprouvent des modifications résultant du mouvement organique qui s’ae^ compfit en. leur intérieur : leur noyau disparaît soit par atrophie, soit par suite de l’envahissement calcaire, et la rangée de cellules nouvellement développées se réunit àfcelles précédemment formées, le ^rps de là cellule nouvelle correspondant au corps de la cellule antenne, et les intervalles se correspondant également pour continuer la direction des caaalicules. Toute la masse de dentine ainsi créée subit encore des changements moléculaires, qui ont pour résultat la production des globules de dentine, dont nous avons plus

es^t produit j il est iraiiaédiateaient remplacé, molécule à molécule, par les éléments qu’il est appvié. à coaslitaer ; telest lecas pour; rivoire. Voici maintènaiïtqaelquesdéveloppemeots sur les produits eu géaéral « Dans les divers ordres de parties qui composent l’orgadisme, les unes sont accessoires à côté des autres, quant à la masse et quant à la passivité des actes qu’elles accomplissent; lesquels n’ônt riéu d’essentièl directement, et ne font que servir àTavoris^ et a^perfêctièilner-lès actes dès autres. Gn appelle lès premiers produits, et Jès seeonds'Constituants. Les produits-ne sontîamais que déposés; pour;un temps plus.ou moins limité, sur toutes les surfaces tant; interr^s qu’ex-^ternes avec lesquelles ils sont contigus, sans contracter aucune véritaBle; continuité; ou bien ils sont liquides, semi-liquides, etc., et sont contenus dans des réservoirs communiquant à l’extérieur, et annexés aux organes qui secrétent. Parmi lès produits, il’y"en a qui, tels que la salive, le suc gastrique, l’ovule, les épithéliums; lè'cristalïîn, les poils, lès onglès, sont-dès produits dè perféctionnement; ce sont des produits solides, étroitement unis à de vrais tissus dans la structure de certains appareils auxquels ils fournissent des moyens essentiels de perfectionnement. (Ch. Robin, Dictionn. deJSxsLen,W édit.,,1856, oxLBr&imt.)

« Un caractère inhérent aux produits, au point de vue de. leur nutrition, est la stabilité dè leurs combinaisons. Les principes qui les composent sont énergiquement fixés et combinés, et se séparent diffLcilement. Il faut .employer les -acides puissan ts pour eulever successivement les principes qui se =sont ajoutés- aux premiers formés dans chaque élément anatomique. L’instabilité constitne au.con-

trairele caractère- prédominant des combinaisons organiques des constituants. »

(Ch. V^Q\nxi.^ Anat. générale, communication Inédite.)

haut exposé le mode de formation, et la production des anastomoses si variées et si multipliées qui réunissent entre eux les canalicules(l).

(l) 'Nous croyons qu’il est nécessaire d’entrer dans de plus grands développements et d’appuyer ces considérations des lumières de l’anatomie générale.

La matière organisée (éléments anatomiques amorphes ou figurés), outre les propriétés qu’elle partage avec" les corps bruts, jouit de propriétés spéciales qu’elle possède exclusivement. Ces propriétés fondamentales ou actes élémentaires sont au nombre de cinq : '

«1® La nutrition, propriété vitale, élémentaire, constituée par un double mouvement moléculaire d’assimilation et de désassimilation simultanées; Elle est la condition d’existence de toutes les autres, tandis que les seules conditions nécessaires à sa manifestation sont des conditions physiques on^cbimiques, un milieu convenable en un mot.

«2” La développement, propriété vitale, élémentaire, consistant en ce que toute substance organisée qui se''nourrit grandit en tous sens, et a une mort, fin ou terminaison.

«3® Le j'cnéjej génération ou production, propriété fondamentale qui consiste en ce que toute substance organisée détermine dans son voisinage la génération ou production de matières analogues ou semblables à elle. Elle consiste également en-ceci, que la matière organisée possède la propriété de naître, la propriété d’apparaître alors que quelques instants auparavant elle n’existaîtpas encore.

« 4® La contractilité,

« 5® L’/nnerml/ore. » (Ch. Robin, Anat. générale, communication inédite.)

Les trois premières propriétés fondamentales, dites végétatives, parce qu’elles sont réunies dans les végétaux, sont les seules dont jouissent les élémens anatomiques de la olasse des produits de perfectionnement (voy. la note précédente), et il est même remarquable que les phénomènes de nutrition, de développement et de genèse, sont doués dans les produits d’une activité qu’on ne rencontre pas dans les éléments constituants.

On sait en effet, par exemple, avec quelle énergie et quelle rapidité s’opère l’évolution des épithéliums, et nous ferons observer que dans certaines espèces animales, les rongeurs, par exemple, l’extraction d’une dent est aussitôt suivie de la génération de nouveaux éléments formateurs, qui reproduisent l’organe primitif. Les produits possèdent en outre une propriété importante, à savoir : une ré-

t Notre théorie se rapproche donc de l’opinion de Raschkow et de uxley, en ce quelle considère la dentine comme due à un phénolène de production, auquel le tissu même delà pulpe reste complé-

sislance très-graude à la putréfaction, avantage que n’ont pas en général les éléments constituants.

Ainsi,d’une part, propriétés vitales,végétatives, énergiques; d’autre part, inaltérabilité souvent absolue: tels sont les caractères des produits. Quant aux éléments constituants, outre qu’ils jouissent des trois premières propriétés, ils peuvent présenter aussi les deux dernières, qui prennent le nom de propriétés animales.

Tous les éléments anatomiques, sans exception, jouissent donc des propriétés végétatives, mais un petit nombre seulement sont doués en même temps de l’une des deux propriétés ^imales, et aucun d’eux n’est simultanément le siège de ces deux dernières. Jamais, en un mot, les cinq propriétés vitales ne s’observent à la fois sur une même èspècc; puisque la contractilité et l’innervation sont constamment inhérentes à des espèces distinctes d’éléments et ne sont jamais réunies sur une seule.

Ainsi toute substance organisée , par cela même qu’elle existe, possède les propriétés de nutrition, de développement et de genèse. Ces actes fondamentaux exigent cependant, pour leur accomplissement, certaines conditions physique^ ou chimiques, étrangères par elles-mêmes au mouvement vital. Des conditions d’un autre ordre sont quelquefois nécessaires à la formation de certains éléments. Ainsi la production de l’ovule exige, normalement du moins, la présence d’un ovaire; celle de l’os, la présence d’un cartilage d’ossification; celle de la dentine^ la présence d’un organe particulier , la pulpe dentaire. Mais l’élément ovule, rélément osseux, l’éléndent dentaire, naissent spontanément au sein ou à la surface des organes qui les précèdent et qui ne représentent aut^chose que la condition essentielle de leur formation.

Daps la production de l’os, il n’y a donc pas incrustation calcaire du cartilage d’ossifiCatièn ; mais les éléments osseux se développent au sein des éléments dp cartilage, dont ils déterminent l’atrophie et la disparition.

Pour la dentine, lè phénomène est différent, et les cellules se produisent à la surface deJa pulpe, qui fournit, de son côté, le blastème nécessaire à leur production, sans y participer directement en aucune façon.

Examinons maintenant si la dent, placée dans la classe des produits, possède

tement étranger, si ce n’est comme source de blastème ; mais elle s’ên éloigne par plusieurs différences importantes; 1® par ce fait, que nous nions complètement l’existence de la membram preformatim ou de toute autre membrane distincte du bulbe, primitivement

les trois propriétés vitales, élémentaires, végétatives. Si nous parvenons à les démontrer, nous aurons établi que la dent est un corps vivant, car la réunion de ces propriétés constitue déjà la vie sans l’intervention des deux autres.

Nous voyons en effet les cellules de la dentine naître à la surface de la pulpe dentaire, au sein d’unblastèrae virtuel exsudé par cet organe. Cette*naissance ou génération est manifeste. Une fois produites, elles éprouvent un mouvement nutritif dont nous trouvons les preuves dans les modifications de densité qui d’une cellule molle en fontune masse de dentine d’unegrande dureté, et dontla résistance s’accroît encore avec les progrès de Mge,par suite de Tassimilation continuelle des matériaux calcaires charriés par les canaiicules et leurs divisions. Cette assimilation, première partie de l’acte complexe de la nutrition, l’emporte même ici sur la désassimilation, qui paraît très-limitéeet qui serait du reste incompatible avec les fonctions de résistance auxquelles sont appelées les dents; mais cette désassimilation existe; les expériences faites dernièrement avec la garance, par M. Flourens, semblent l’avoir établie, et on l’observe d’ailleurs avec une grande intensité sous forme de résorptions partielles ou totales que subissent physiologiquement les racines des dents provisoires, pathologiquement celles des dents permanentes.

Les cellules de la dentine, éléments formateurs delà dent, naissent dope, se nourrissent, puisqu’elles présentent le double mouvement de composition et de décomposition qui caractérise ce phénomène, et se développent, puisque leur évolution les métamorphose en ivoire.

Mais ce développement, avons-nous dit, ne serait pas complet, si les éléments qui en sont le siège n’étaient soumis à une mort, fin ou terminaison. Etablissons donc la notion de la mort des éléments anatomiques en général, et voyons si elle est applicable aux éléments dentaires.

« L’élément anatomique, une fois né, une fois produit, pourrait être supposé présentant un parfait équilibre de durée indéfinie entre l’acte d’assimilation et celui de désassimilation. Il pourrait encore être supposé cessant brusquement d’offrir ces deux actes précédents’, ce qui mettrait aussitôt/îre à son existence. On peut obtenir cette fin ou terminaison en mettant cet élément dans certaines con- 1857. —Magitot. ®

située à la surface de cet organe- et jouant un rôle quelconque dans le dé'^reloppement de la dent ; T parce qùe^ au lieu des fibres de Raschkow et des molécules calcaires de Huxley, nous admettons l’existence de cellules dont tous les caractères ont été déterminés plus haut. Mais le point fondamental de la doctrine est le même dans les idées de Huxley et dans les nôtres, à savoir: la non-partici. pation des éléments histologiques de la pulpe,=^'^ '

Cette théorie a déjà reçu de Huxley le nom de t’héorie de la dépasition, les éléments de la dent étant déposés, selon lui, entre la pulpe et la membrana preformatîm ; mais ce mot ne nous paraît pas re-

ditioas qui arrêtent ou reudeut impossible le double .acte dont nous parlons. Les principaux phénomènes qui provoquent ce résultat sont la liquéfaction, le ramollissement, l’atrophié. Mais ii est un autre mode de fin ou terminaison des éléments, qui, bien que consistant aussi en une cessation de la nutrition ou rénovation moléculaire organique, se rattache d’une manière bien pjus intime que les précédents au développement. Ce mode est particulier aux il consiste

en ce fait, que eertains éléments anatomiques jouissent d’une activité assimilatrice que la lenteur ou l’arrêt de la désassimilation ne vient pas contre-halancer, équilibrer. Il en résulte alors la mort et la chute de l’organe , par suite de la prédominance de matériaux d’un certain ordre sur les autres principes immédiats de la substance organisée, prédominance qui arrive à ce point qu’elle fait disparaître les conditions de composition immédiate de cette substance nécessaires à sa nutrition, c’est-à-dire à la continuité de l’équilibre entre rassimilation et la désassimilation; exemples : les cornes, les poils, les épithéliums, etc. » (Ch. bdbin, d’anat. génér., communication inédite.)

C’est ce dernier mode qUi met fin aux éléments de l’ivoire. L’assimilation des matériaux calcaires, qui commence avec les cellules, se continue au sein de l’organe jusqu’à un âge très-avancé, et comme un phénomène inverse ne répond pas suffisamment à cette assimilation incessante, puisque les principes d’origine organique continuent à se désassimiler, il en résulte que la dent acquiert une dureté plus grande ; les canalicules diminuent de diamètre, et peuvent même h'i lé rer dans leurs plus fines ramifications; la cavité centrale, de son côté, disparait sous l’atrophie de la pulpe qu’elle contient et la production d’ivoire qui la remplit, et alors surviennent la mort et la chute de l’organe.

présenter exactement le phénomène essentiel de .la production de l’organe dentaire, la génération spontanée des éléments qui le composent, et nous adopterions volontiers le terme de doctrine de l'autogénie, qui, signifiant en lui-même naissance de la dent, genèse de la dent, nous paraît rendre exactement le mécanisme de cet acte physiologique. lYous proposons d’ailleurs cette expression sous toutes réserves, et laissons à nos juges et au public le soin de décider de sa valeur scientifique.

Quoiqu’il en soit, si maintenant nous embrassons d’un regard d’ensemble les diverses théories qui se sont succédé dans la science, nous voyons que l’esprit humain a suivi dans ce cas la voie de logique fatale dans laquelle devaient nécessairement le conduire la création et les progrès de l’anatomie générale. Avant le xvii* siècle, en effet, les anatomistes, frappés par de fausses analogies, considéraient les dents comme des os et arrêtaient là leurs investigations.

Plus tard, à une époque où l’on admit que les ongles, les poils, les cornes, le sabot, étaient des produits de sécrétion, et où l’on supposait partout la présence de membranes sécrétantes, la pulpe dentaire fut un organe glanduleux, la dent un produit de sécrétion, et c’est en France, nous le savons, què cette doctrine plus ou moins modifiée rencontra le plus d^écho. Enfin une science dont Leeuv^enhoeck, en 1683, avait déjà tiré un heureux parti, reparut de nouveau, et justifia bientôt ses prétentions à la détermination des différents termes du problème qui nous occupe ; l’anatomie microscopique reunit alors en un seul groupe les anatomistes modelées qui lui ont demande le secret de la production des dents. Mais, dira-t-on, si l’anatomie générale doit donner la complète solution du problème, comment expliquer les dissidences si nombreuses qui séparent les micrographes , et en sera-t-on réduit à admettre que des faits différents correspondent à des observateurs différents ? Assurément non. Les dispositions observées sont identiques, l’interprétation seule varie ; ce que Schwann appelle cellules, Raschkow les considère comme des fibres, à cause sans doute du faible grossissement auquel il les

observe, et de la disparition rapide du noyau. Comment se fait-il que plusieurs auteurs considèrent le noyau comme une cavité creusée dans l’intérieur de la cellule, quand il est si facile de voir qu’il est solide,puisqu’on peut le rencontrer libre (pl. I, fig. 7), isolé, et quelquefois brisé en plusieurs fragments? D’où vient que Rolliker et Lent admettent que les canalicules sont constitués par les prolongements des cellules de la dentine, tandis que Tomes et Ovren les croient formés par la juxtaposition de ces cellules et la réunion de leurs noyaux ? Les divergences d’opinion sont, en un mot, très-fréquentes, et nous avons, dans le cours de ce travail, cherché à les expliquer; mais doiton en accuser une science encore à son début, ou l’instrument précieux qu’elle emploie? Non assurément; le microscope, comme l’a déjà très-bien dit M. Broca , est aussi innocent des erreurs des micrographes que le scalpel de celles des anatomistes; et si cette voie nouvelle n’a pas encore conduit à la vérité tout entière, il faut bien avouer, quoi qu’en dise M. Oudet, que c’est d’elle seule qu’on doit l’attendre aujourd’hui.

G’est à cette source précieuse que nous avons puisé la détermination à laquelle nous sommes parvenu ; c’est, en un mot, à l’autorité des faits observés que nous avons laissé le soin de décider de la nature intime du phénomène qui a fait le sujet de nos études, et nous sommes heureux de dire en terminant que notre maître, M. Ch. Robin, qui n’a cessé de protéger nos recherches de sa bienveillante sollicitude et de ses savants ponseils, a consacré les résultats auxquels nous sommes arrivé, et j^dopté les conclusions que nous avons tirées.

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