‹ Étude sur le diagnostic bactériologique de la lèpreChapitre 10 sur 22 · MON LS · texte numérisé non relu

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13° À l'hospice d’Auray, le Docteur Jardin a eu plusieurs fois à soigner des malades mutilés des doigts, tout à fait semblables à ceux qui sont représentés dns les aquarelles que lui présente le Docteur Zambaco.

« En voilà assez pour prouver que la lèpre, qui ravagea cruellement la Bretagne où elle a inscrit Son nom en lettres inefaçables, y à laissé des reliquats à tel point qu’on rencontre encore la maladie Sous ses diverses formes : la mutilante, l'anesthésique de Danielssen, l’ulcéreuse et même la phymatode ou tuberculeuse et que le mot lépre n’y est point oublié. »

Zambaco en exposant son opinion aux médecins de la marine qu’il a rencontrés en Bretagne, et qui avaient été à même d'étudier la lèpre dans leurs voyages aux Colonies, a vu sa manière de voir unanimement confirmée.

Les cas de maladie de Morvan qu'il à pu voir à Paris sont pour lui de la même nature. C’est à tort qu'on groupe sous le nom de syringomyélie des maladies qui en somme sont très dissemblables les unes des autres. Fi y a un triage à faire entre les cas; et l’on peut dès maintenant séparer et grouper les malades autrement qu'on ne l’a fait jusqu'ici : a Les uns ont les mains plates, sans griffes aucune, sans rétraction des doigts, sans déformations des appendices ; les membres thoraciques de ces malades pendent le long du thorax, leurs mains sont retournées, plus ou moins en dehors, leur bord cubital étant dirigé en avant; ces malades ne peuvent lever les bras que très incomplètement et avec de grandes difficultés. Leurs articulations, celle de l'épaule surtout, paraissent lésées, Ces individus sont bien anesthésiques avec dissociation des divers modes de la sen-

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sibilité et ont aussi leurs muscles des régions thénar et hypothénar atrophiés. Or, je ne réclame point ces malades pour en faire des lépreux.

Mais à côté de ceux-là il y a d'autres syringomyéliques qui ont les griffes des lépreux anesthésiques de Danielssen savoir les doigts, notamment les deux ou trois derniers demi fléchis dans la main avec impossibilité de les étendre ; ils présentent très souvent des troubles trophiques tels que déformation des ongles, rhagades des mains, maux perforants ; ils ont aussi latrophie des muscles de la main, le pouce souvent simien; la sensibilité abolie en totalité ou bien dans un ou deux de ses modes, une éruption de pemphigus autour des genoux et aux mains. Eh bien, ces derniers malades, on ne peut les différencier d’avec les lépreux de la forme dite nerveuse. Je suis porté à les placer dans le cadre de la lèpre à griffe, ou anesthésique de Danielssen. »

M. Zambaco a vu dans le service de M. Hallopeau à l’hôpital Saint-Louis, un malade de cette espèce dont le diagnosiic fut bien celui de lèpre anesthésique. Il est persuadé que dans d’autres hôpitaux il aurait été considéré comme atteint de syringomyélie car il avait une griffe avec atrophie des mains et insensibilité. C’est d’ailleurs ce qui a eu lieu pour l’observation du malade appelé Marès qui a été plusieurs fois publiée comme exemple de maladie de Morvan. Le malade a subi de ce fait plusieurs amputations dont une a donné lieu à un examen anatomo-pathologique et à une recherche bactériologique faite par Gombault qui n’a pu déceler ni les cellules de la lèpre, ni le bacille lépreux. Cependant Zambaco a toujours considéré ce ma-

…é-Apees -

lade comme un lépreux ; il l’a présenté aux médecins de Saint-Louis qui tous ont appuyé son diagnostic. Il en conclut que l'examen bactériologique n’a pas grande valeur, ce qui, Croyons-nous n’est pas exact, car il s’agit en effet ici de lèpre nerveuse pure, il n’y a rien d’étonnant que les fragments du doigt mutilé soumis à l’amputation, ne contiennent aucun bacille. On se trouve en effet en présence d’une lésion trophique, dont la cause réside au loin dans les nerfs qui commandent à la nutrition de la région. On ne saurait donc dire que l’examen bactériologique est impuissant à montrer le parasite ; la première condition à remplir est de chercher ce dernier là où il est, non dans les lésions trophiques, mais dans les lésions lépreuses proprement dites, ce seraient iei les nerfs au niveau ou au voisinage des nodosités lépreuses.

Ce que Zambaco à observé en Bretagne, Magitot (1) ra vu, lui aussi dans un voyage dans le Béarn, Il décrit les altérations des doigts, des ongles, du système pileux qu’il a observés chez les cagots (ceux-ci sont exactement comparables aux kakous bretons). Pour lui les altérations qu'il décrit sont des manifestations lépreuses atténuées et il pense que les cagots sont des descendants des lépreux.

La plupart des médecins qui ont exprimé leur opinion à propos des faits exposés par Zambaco sont disposés à accepter ses conclusions sur la survivance de la lèpre. Mais on ne saurait accepter sans réserve toute sa doctrine avant d’avoir pu en établir la preuve bactériologique., Vidal et Besnier (2) notamment insistent sur la nécessité de cette

1) Magitot. — Bulletin de l’Académie de médecine, 1892. 2) Sociéié de dermatologie, 8 décembre 1892, Discussion.

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recherche. Il est possible d’après eux que le bacille ne soit pas mis ea évidence dans tous les cas. Cependant cette recherche est nécessaire, car il faut, pour établir une démonstration sur une donnée sérieuse, des arguments irréfutables.

Pour nous, il nous semble que dans l’observation du malade Marès signalée en dernier lieu, l'échec de l'examen bactériologique fait par Gombault ne saurait être interprété comme l'indique Zambaco, pour induire que l'examen bactériologique est sans valeur diagnostique, et impuissant à déceler les cas frustes de lèpre. Nous verrons en effet par la suite que les ulcérations trophiques des lépreux ne permettent que rarement de constater la présence du bacille pathogène. Cela s'explique puisque l’ulcération n’est pas l’œuvre du bacille lui-même, mais résulte de la lésion de aéyrite que son développement a produit et qui peut très bien siéger seuiement loin de l’ulcération. Le succès de l'examen bactériologique dépend donc dela manière don) le bacille est répandu dansles téguments. Il peut, il est vrai, être présent dans la peau quoiqu'il s'agisse d’une forme nerveuse. Mais, à défaut de son siège en ce point c’est dans les nerfs qu’il faudrait en pareil cas faire la recherche bactériologique comime l’a fait Pitres. (Obs. 8).

Souza Martins (1) a fait autopsie d’un malade considéré pendant sa vie comme atteint de syringomyélie. Les symptômes ies plus nets caractérisèrent la maladie et l’autopsie confirma ce diagnostic : l'examen histologique fut fait par M. L. da Camara Pestana qui trouva dans la région

(1) Souza Martins. — Semaine médicale, 4 avril 1894.

cervicale de la moëlle une cavité s'étendant dans toute la région et intéressant la substance grise et la substance blanche. Cette cavité était remplie d’une masse diffluente et brune. Sur ces préparations colorées par la méthode de Ziehl il a pu trouver une grande quantité de bacilles disposés en amas, ayant les caractères du bacille. de Hansen.

L'auteur donne ce cas comme la première confirmation des idées émises par Zambaco. D’autres maladies que la lèpre, peuvent dissocier les éléments cellulaires de la moëlle, le sarcome, le gliome par exemple, mais on peut conclure actuellement que l’affection syringomyélique peut relever de différentes maladies parmi lesquelles il faut compter la lèpre.

L’examen bactériologique de Souza Martins est à comparer avec le cas de Chassiatis (4) qui a réussi à montrer la présence du bacille lépreux dans la moëlle, dans une forme typique de lèpre nerveuse, où il n’est pas, il est vrai, question de syringomyélie.

(4) Chassiatis. — Ueber die bei der Anesthetischen Lepra in Ruc-

kenmarke vorkommenden bacillen. Monatshefte f. Dermathologie, 1887 ; 1039.

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