CHAPITRE HI AFFECTIONS RATTACHÉES A LA LÈPRE PAR ZAMBACO
Zambaco (1) a fait en 1892 une très importante communication à l’Académie de médecine, dans le but de montrer que la lèpre laisse actuellement des traces dans les pays où elle a sévi aux siècles passés. Contrairement à l’opinion répandue dans le monde médical il reste dans tous les pays d'Europe des foyers importants de lèpre autochtone.
De l’enquête qu’il a faite en Bretagne, iltire la conclusion que ce pays autrefois décimé par la lépre, en possède encore de nombreux vestiges. La maladie des anciens lépreux ou kakous s’est transmise à leurs descendants, modifiée peut-être et atténuée par suite des conditions meilleures de la vie et de la diminution de la misère, mais reconnaissable encore, pour qui a une expérience suffisante de la lèpre, et souvent calquée exactement sur les cas les plus typiques que l’on diagnostique tels dans les pays où il est courant d'observer des lépreux.
L’argumentation de Zambaco est appuyée sur de nombreux faits d’observation personnelle, sur l'étude des ruines des anciennes léproseries sur des documents archio-
(1) Zambaco. — Bulletin de l’Académie de médecine 1892, p. 309.
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logiques qui montrent la survivance de la lèpre jusque dans les derniers siècles. Elle serait complète et entièrement convaincante si elle s’appuyait sur la preuve bactériologique, témoignage irrécusable ajouté à ses arguments. Mais cet auteur veut rester uniquement sur le terrain clinique et il n’attache qu’une valeur secondaire à examen bactériologique.
Pour lui la lèpre existe en Bretagne, comme maladie autochtone sous ses formes les plus diverses. Les malades considérés comme atteints de maladie de Morvan sont des lépreux, et l’enquête qu'il a faite à travers la Bretagne lui a permis d’en rencontrer un grand nombre.
1° A l'hôpital de Brest, il voit deux malades soignés pour des panaris mutilants analgésiques, ils ont. aussi des plaques analgésiques au dos, aux bras: l’un d'eux est en outre bossu.
2° En se rendant de Brest au Faou où il y a une assemblée pour un pardon, il reconnait sur le bateau que plusieurs paysans ont sur un ou plusieurs doigts des mutilations spontanées.
3° Au pardon de Rumengol ii observe un homme de 50 ans qui, à chaque jambe a un ulcère de 10 centimètres sur 4 à5, lequel est thermo-anesthésique. [l y a en outre une analgésie des membres inférieurs. Ces ulcères datent de 20 ans et ont succédé à des phiyctènes. Une longue ophtalmie a fait perdre un œil. La sensibilité est perdue aux mains et aux poignets; c’est un cas de lèpre ulcéreuse.
&° A Guingamp, un malade qui porte des ulcérations, des déformations des mains est des mutilations doit être considéré comme atteint de lèpre lazarine ou ulcéreuse,
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3° Zambaco signale une femme atteinte de panaris analgésiqne.
6° À Brest, il voit un cordier’alteint de la griffe de la lèpre anesthésique de Danielssen qui ressemble à l’amyotrophie de Duchenne.
Lors de ses premières recherches à Constantinople Zambaco méconnaissait dit-il ce cas, que l’expérience lui a plus tard permis d'observer soit dans la capitale, soit dans lintérieur de l’empire ottoman à l’occasion de ses voyages scientifiques. De fait, ces lépreux anesthésiques de Danielssen sont aussi nombreux en Orient qu'en Norwège.
7° A l'hôpital de Saint-Renan, aux environs de Brest, un autre cas de lèpre de Danielssen se présente. C’est une femme de 40 ans, qui a eu un ulcère de l’avant-bras gauche il y a 8ans, et l’année suivante, des. mutilations de plusieurs extrémités digitales des deux mains. Elle a eu des boutons et des ulcères pendant des années.
8° A Lannilis, deux malades soignés par Morvan et considérés comme atteints de paréso-analgésie, doivent, suivant l’avis de Zambaco être regardés comme lépreux ; l’un, un homme de 65 aus a perdu la dernière phalange de l’auriculaire gauche : il a des cicatrices d’ulcérations profondes sur les plis palmaires des doigts. A la main droite, il a des altérations des ongles, des callosités sur les têtes de quatre métacarpiens au dos de la main. La moitié gauche de la partie supérieure du corps est anesthésique, les réflexes sont exagérés.
L'autre est un cultivateur agé de 54 ans qui a les mains extrêmement mutilées aux plis palmaires, des rhagades profondes, à bords indurés ; iln'y a pas d’atrophie.
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Les membres supérieurs sont analgésiques et thermioanesthésiques ; il y a de l’anesthésie de la moitié gauche du
corps.
Ces deux observations ont été publiées par Morvan; elles se rapprochent entièrement des cas typiques de lèpre observés par Zambaco en Orient, et qu'il à vu se compliquer tardivement d’une poussée de lèpre tuberculeuse.
9° Zambaco a trouvé à Morlaix plusieurs mdividus atteints de mutilation spontanée des doigts.
(A) L’un a perdu à droite le pouce entier, deux phalanges du médius, une de l'index, une de l’annulaire. L’auriculaire est semi-ankylosé en flexion; il y a des crevasses palmaires profondes, la musculatare est intacte. Il y a un ulcère au niveau de l’olécrane droit et une cicatrice sur le gauche. En divers points du corps on trouve la dissociation syringomyélique de la sensibilité ; la colonne vertébrale est incurvée.
(B) Chez une femme de 35 ans il y a eu une série de pana-ris avec thermo-anesthésie et analgésie de la main gauche.
Zambaco insiste sur le nombre remarquable de cas semblables qui se sont présentés à son observation. « Morvan, en quarante ans à vu 20 cas de paréso-analgésie. À en juger par les nombreux cas que j’ai rencontrés dans ma tournée rapide dans le Finistère, le Morbihan et les Côtesdu-Nord, cette maladie est bien plus fréquente que ne le pense notre honorable confrère. À ce propos, je ne puis m'empêcher de remarquer que la Bretagne a été pendant plus de trois siècles, à notre connaissance, et probablement pendant bien. plus longtemps avant un foyer ardent de lalèpre; témoins les réglements draconiens qui régis-
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saient les ladres et plus tard leurs descendants ; témoins encore les ruines d'un nombre effrayant de léproseries qu'on rencontre partout lorsqu'on voyage en Bretagne. Il suffit de rappeler que dans le seul diocèse de Saint-Brieuc on à compté jusqu’à 23 léproseries. Cette coincidence dans les mêmes localités de la fréquence de la lèpre autrefois, et de l’affection de Morvan actuellement aurait dû faire penser déjà tout au moins à une relation entre ces deux maladies. » Pour Zambaco la maladie de Morvan n’est que la lèpre mutilante préhistorique ; elle est absolument pareille à la lèpre de Danie}ssen qui se retrouve dans toute PEurope.
° 10° Veut-on des cas typiques, classiques, de lèpre autochtone ? Le professeur Brousse en a signalé à Montpellier chez
des individus qui n’avaient jamais quitté cette ville. Le doc-
teur Pro uff de Morlaix a montré à Zambaco un cas de lèpre tuberculeuse des plus typiques, chez un homme n'ayant jamais quitté sa terre natale et n'ayant jamais eu de contact avec des lépreux, et un autre chez l'oncle de ce même malade.
11° Près de Morlaix, Zambaco a vu une femme atteinte de lèpre mutilante avec insensibilité des bras et des avant-bras, extrémités asphyxiques.
12° Au pardon de Saint-Jean-du-Doigt il trouve deux mendiants atteints de la griffe de Danielssen.
13° Il signale que le Docteur Galmette faisant examen médical du conseil de révision a réformé plusieurs jeunes gens ayant des mutilations dues à la maladie de Morvan.
14° Le Docteur Closmadeuc (de Vannes) a vu bien des malades perdant successivement plusieurs doigts, et restant avec des mains très mutilées.