MÉTHODES DE COLORATION
La recherche du bacille de Hansen à pour but d'établir d’une façon scientifique le diagnostic, lorsque l'étude clinique du malade aura laissé des soupcons sur la nature de la maladie. C’est à cette recherche qu'on demande souvent aussi la confirmation définitive, la preuve de Pexactitude du diagnostic, même dans les cas les plus francs.
Cette recherche est basée sur l’anatomie pathologique de la lèpre, et sur les connaissances qui ont été acquises relativement à l’habitat du bacille spécifique.
On trouve celui-cien abondance dans les tâches pigmentaires de la lèpre macalense, dans la substance des tubercules lépreux cutanés ou sous-Cutanés ; les nerfs atteints de névrite lépreuse le portent aussi en quantité Considérable, là surtout où 1l y a des nodosités. Il diffuse dans
tout l’organisme par la circulation lymphatique et par la circulation sanguine; dans le sang, il pullule à certains moments de l'infection en donnant lieu à des poussées de fièvre, et il se fixe ensuite par les capillaires dans tous les tissus et dans les organes qu’il envabit ainsi de colonisations nouvelles. Par les lésions destructives et ulcéreuses il s’'élimine en partie au dehors; on le rencontre dans le pus des fosses nasales, dans la salive quand il y a des lésions buccales (Leloir), dans les secrétions d’un mal perforant ou de quelques-uns des nombreux ulcères observés chez les malades.
Pour la recherche dont nous nous occupons ici, On aura donc ou bien à examiner un liquide de l’organisme (sang ou pus), à l’aide des froitis de lamelles ou bien s'il s’agit d’un fragment de peau, à faire des coupes qui seront traitées par coloration. |
Dans les deux cas la méthode à suivre est la même, elle est basée sur la propriété histo-chimique qu'a le bacille lépreux de se colorer par les couleurs basiques d’aniline et de résister ensuite à l’action des acides minéraux. Dans ces conditions les autres microbes perdent leur coloration. Le bacille lépreux reste coloré, seul le bacille de la tuberculose a la même réaction histo-chimique que le bacille de la lèpre ; cependant il ne se comporte pas absolument de la même façon comme l’a montré Baumgarten.
La distinction entre le bacille lépreux et le bacille tuberculeux est extrêmement facile à faire, parce que les lésions léprèuses portent un nombre extraordinatrement plus grand de microbes que les lésions tuberculeuses De plus les bacilles tuberculeux sont groupés d’une tout autre
façon, ont un siège lout à fait différent et déterminent des lésions entièrement dissemblables, enfin, ils peuvent être cultivés et inoculés aux animaux ef la réaction histochimique sont les seuls points de rapport entre ces deux organismes ; en fait, on n’a pas à se poser celte question de diagnostic bactériologique dans les faits doit nous nous OCCupons.
Ainsi les méthodes de coloration pour la recherche du bacille lépreux sont identiquement les mêmes que pour le bacille tuberculeux.
La réaction colorante d’'Ehrlich convient parfaitement à cette recherche. On se sert de la Solution suivante d’après la formule classique.
Eau saturée d'huile d’aniline et filtrée. . . 1400 c. €. Solution alcoolique saturée de fuchsine ou de violet de méthyle. . . . . . . . AlaC sc
La préparation est plongée dans ce liquide pendant quelques minutes à Chaud, à la température où le liquide émet des vapeurs visibles ; ou mieux pendant vingt-quatre heures à froid. Getie dernière manière convient seule au traitement des coupes de tissu lépreux qui, à chaud, Se détérioreraient.
Le bain colorant de Ziehl a sur celui d’Ehrlich l’avantage de se conserver. Il est composé de.
Solution aqueuse d’acide phénique à 1/20. . 1400 c. c. RRCOO RER EME SE EE PER Pr ER TS Eee Ce Fuehsine.:1.h 1. Da TER URRe À gr.
Il s'emploie de la même façon que le bain colorant d'Ebrlich.
La coloration une fois obtenue, après lavage à l’eau on
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se sert du bain décolorant. Celui-ci est formé d’acide sulfurique ou d’acide nitrique à 1/3 ou à 1/4 en dilution dans l’eau ; ou d'alcool additionné de 1/10 en dilution dans l’eau; ou d'alcool! additionné de 4/10 ou de 1/20 d’acide nitrique. Ce dernier bain décolorant est le plus commode, il décolore sans altérer les tissus de la coupe.
Le bacille lépreux est plus facile à colorer que le bacille tuberculeux. Baumgarten (4) a déduit de ce fait une méthode qui permet de les distinguer l’un de l’autre. La coloration se fait à froid pendant seulement six à sept minutes dans une solution faible de fuchsine ; puis on lave et on décolore en employant pendant quinze seconde le baiu décolorant formé d’alcool auditionné de 1/10 d’acide nitrique. Ainsi traité, le bacille de Koch ne se colorerat pas ; seul le bacille lépreux prend la matière colorante.
Tous les procédés de coloration qui conviennent au bacille de Koch sont capables de déceler le microbe de la lèpre. Nous n’avons indiqué que les méthodes classiques. Nous renvoyons pour les autres à l’important ouvrage de M. le professeur Straus (2). On y trouvera aussi une fort belle planche représentant une coloration de bacilles lépreux dans une coupe de peau.
Signalons seulement d’une façon accessoire le procédé de Letulle (3) qui permet de colorer le bacille tuberculeux et Sans doute aussi, par conséquent, le bacille lépreux
(1) Baumgarten. — Ueber unter suchungs methoden zur Unterscheidung von Lepra und Tuberkelbacillen Zeitschrift fur mikroscopie 1884, Bd. I, p. 367.
(2) Straus. — La tuberculose et son bacille, Paris, 1895,
(3) Letulle. — Gaz. hebd., 1899, p. 263.
dans des pièces qui ont séjourné même longtemps dans le bichromate de potasse.
Le bacille lépreux a l'aspect d'un mince bâtonnet de 3 à 5 u ‘/, sur 1 à 44/2; il est très analogue au bacille de la tuberculose. À un très fort grossissement on distingue sur les bacilles des renflements noueux qui siègent ordinairement aux deux extrémités. On trouve parfois de longs filaments comme articulés paraissant constitués par des bacilles unis bout à bout, en série. En outre on trouve aussi de petits ronds disposés en chapelet ou en groupes qui ne paraissent être autre chose que des spores provenant de la transformation des bacilles (Hansen). Neisser décrit une sorte d’enveloppe mucilagineuse autour des bacilles. Cette substance semble jouer un rôle important dans le groupement des bacilles en boules et en amas zoogléiques. Dans bien des cas, les prétendus bacilles ne paraissent être autre chose que des grains réunis en chapelets et entourés par une sorte de substance mucilagineuse. La coloration des coupes de lépromes fait apparaître ce néoplasme comme un tissu infiltré partout également, bourré, farci d'une quanlité prodigieuse de bacilles. Le nombre colossal de ces bacilles donne à la coupe un aspect Spécial, caractéristique, qui permettra toujours de disuinguer le léprome des autres tumeurs à granulations (lupome, tuberculome, syphilome) et même de reconnaitre immédiatement que lon a devant les yeux une coupe de tissu lépreux (Leloir).