‹ Étude sur le diagnostic bactériologique de la lèpreChapitre 13 sur 22 · PUR · texte numérisé non relu

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tages sur d’autres modes d'exploration que nous étudierons plus loin, le vésicatoire, la biopsie : d’abord, de pouvoir être faite immédiatement ; puis d'éviter au malade des opérations à tout le moins désagréables. Il est donc très utile d'y avoir recours en premier lieu. Quelquefois cette méthode de recherche bactériologique conduira au résultat cherché ; si elle échoue, on aura la faculté de recourir à un moyen plus sûr.

Cette recherche a donné assez souvent des résultats positifs. Bodin dans un cas qu’il a observé, a pu colorer le bacille spécifique en recueillant le pus d’un mal perforant plantaire, ulcération purement trophique (obs. 6). Au contraire, dans un cas analogue comme évolution clinique de mal perforant plantaire, Pitres a échoué dans cette recherche (obs. 8). Le cas que nous publions nous-mêmes n'a pas été non plus favorable : un mal perforant développé au petit orteil ne donnait lieu qu’à une suppuration vulgaire sans bacille lépreux.

Nous rapprocherons de cette recherche dans les ulcérations trophiques celle qui a été faite par quelques auteurs, dans la sérosité ou dans le pus des bulles de pemphigus.Ces éléments éruptifs sont généralement regardés comme le produitnon du bacille lui-même, mais des lésions nerveuses qu’il produit. Pour la plupart des auteurs c’est un trouble trophique, opinion qui s’appuie d’une part, sur la manière dont évolue le pemphigus lépreux dans les territoires nerveux malades, conjointement aux autres troubles trophiques et sensitifs, d'autre part sur son existence dans les formes trophoneurotiques pures, en l’absence de toute lésion cutanée.

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Cependant quelquefois le bacille a pu être isolé dans le liquide de ces bulles.

Fr. Muller (4) a fait cette constatation dans un cas de lèpre nerveuse au niveau des parties anesthésiées. Savas (2) à fait la même constatation, et il en conclut que l’éruption bulleuse n’est pas toujours un trouble essentiellement trophique, c'est-à-dire secondaire à une lésion nerveuse, mais peut provenir des bacilles eux-mêmes. Cette conclusion n’est pas, à notre avis entièrement justifiée. Le malade observé par Savas était dans une période fébrile, c’est-à-dire qu'ilest probable qu’au moment de l’examer bactériologique,le sang charriait le bacille lépreux en abondance. On pourrait donc interpréter le fait observé par Savas, en supposant que la présence du bacille dans les bulles de’ pemphigus a été fortuite et causée par une généralisation momentanée de l'infection. Le bacille a été mis en évidence grâce à l’existence de la bulle de pemphigus d’une façon indirecte, parce que cette bulle a permis son passage au dehors, mais on peut penser que le bacille a été étranger à la formation de cette dernière. Ce qui se passe ici est, nous le supposons, analogue à Ce qui a lieu pour les ulcérations trophiques de la lèpre systématisée nerveuse.

3° — Dans la suppuration d’un vésicatoire.

(Méthode de Kalindero).

Ce que nous avons dit des ulcérations trophiques de la lèpre peut s’appliquer de même aux ulcérations provoquées

(4) Fr. Muller. — Op. cit.

(2) Savas. — Centraiblat f, bactériologie IX ; 826 ; 18914.

par un vésicatoire. Cette méthode a pour but de provoquer au dehors l’expulsion des bacilles lépreux contenus soit dans le derme, soit dans les vaisseanx et dans le sang luimême. Disons tout de suite que ce procédé est très infidèle dans ses résultats, qu’il oblige à des recherches aussi minutieuses que l'examen du pus des ulcérations spontanées, pour n’arriver à déceler dans les cas favorables qu’un pelit nombre de bacilles, et à échouer dans la majorité des cas ; enfin que c’est peut-être de tous les moyens de recherche que nous avons à notre disposition le plus désagréable aux malades qui en sont incommodés pendant au moins huit jours consécutifs, avec des séries de pansements. En un mot, ce mode de recherche ne sauraitêtre considéré comme le procédé de choix.

La méthode du vésicatoire volant échoue pour ainsi dire toujours et, est sans valeur diagnostique. Marestang (1), Pitres, (Obs. 8), l'ont expérimenté sans résultat. Ce fait S’explique par la topographie de la distribution du bacille dans la peau : l’épiderme ne contient pas de bacilles lépreux. Or il est seul entamé dans le vésicatoire volant.

La méthode du vésicatoire suppuré a été préconisée d’abord par Kalindero (de Bucharest) (2), Partant de ce fait que le sang des lépreux Contient quelquefois le bacille lépreux dans la circulation générale et en dehors des tubercules,' cet auteur s’est demandé si la sérosité des vésicatoires ne constituerait pas un bon milieu de culture et ne

(4) Marestang. — Contribution à l'étude du diagnostic différentiel de la lèpre et de la syringomyélie. Revu: de médecine, 1894. (2) Kalindero. — Congrès international de dermatologie tenu à

Paris en 1889. (Compte-rendus publiés par H. Feulard. Masson, édit, 1890), p. 608.

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permettrait pas, par un procédé simple et applicable en clinique, de poser un diagnostic bactériologique.

La sérosité des vésicatoires lui a toujours fourni un résultat négalif.

Au contraire, en prolongeant l’action du vésicatoire par suppuration, il a constaté que le bacille peut être mis en évidence. C’est du cinquième au septième jour qu'on peut arriver à constater son passage dans la suppuration cutanée.

Ce mode de recherche lai a servi à élablir le diagnostic dans le cas Suivant.

OBSERVATION I | (Kalindero op. cit., p. 594).

Lèpre tuberculeuse simulant le sarcome généralisé. (Résumé).

A. M.F. — Sur la jambe on trouve de nombreux tubercules plus ou moins saillants, ronds, rouges, isolés ou formant par place des groupes miliaires. Dans certaines parties on voit des plaques d'infiltration.

Des vésicules pemphigoïdes se forment et se couvrent en partie de croûtes blanchâtres. En certains points l’'épiderme est aminci. Ces altérations sont très difficiles à différencier de certains aspects de la peau qu’on voit dans les sarcomes cutanés généralisés.

L'application d’un vésicatoire et l’examen microscopique ultérieur des tumeurs du derme ont pu seuls élucider le diagnostic différentiel.

Ce mode de diagnostic a été employé un grand nombre de fois à la suite du travail de Kalindero. La facilité de cette

recherche aurait rendu en effet cette méthode fort séduisante puisqu'elle n’exige pas, comme la biopsie un outillage spécial et compliqué de micrographie. Démosthène (4) confirma les avantages qu’on peut retirer de la méthode de Kalindero, elle donna aussi quelques résultats positifs à d’autres auteurs.

Petrini (2) a recherché le bacille de cette façon dans un cas de lèpre nerveuse et a réussi à le mettre en évidence; mais cette recherche fut loin d’être facile : il ne peut voir que quinze à vingt bacilles sur 22 préparations qui néces- Sitèrent trois jours d'examen : certaines lamelles exigèrent une demi-heure de recherche pour trouver deux ou trois bacilles. |

Bodin a fait trois fois cette recherche dans des cas ou le diagnostic ne faisait aucun doute, et a été du reste vérifié par l'examen biopsique. Ainsi que cela est exposé plus loin, cette recherche-échoua deux fois sur trois. Dans le cas où elle réussit, il s’agissait d’une lèpre tuberculeuse où les bacilles sont d’une extraordinaire abondance. C’est dans ce même cas que le bacille était trouvéégalement dans une ulcération trophique. La conclusion de Bodin est que la méthode de Kalindero n’est pas à recommander. Elle ne réussit bien que quand le diagnostic est déjà évident.

4° Dans le sang.

Lorsqu'on étudie l'anatomie pathologique de la lèpre, et qu’on constate de quelle manière le bacille lépreux est dis-

(a) Démosthène. — Académie de médecine, 1893. (2) Petrini. — Annales de dermatologie 1894.

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tribué dans l’organisme, la diffusion énorme des lésions qu'il produit, la généralisation à tous les tissus, à tous les organes, les poussées de fièvre qui marquent les étapes de la maladie, et les localisations nouvelles du bacille qui succèdent à Ces poussées, on est amené à penser que la circulation sanguine joue un rôle important dans la dissémination du bacille lépreux. Ces considérations ont amené de nombreux auteurs à rechercher ce bacille dans le sang. Bien souvent on à pu le mettre en évidence, reconnaître sa présence dansjle sang des malades à l’aide de colorations de lamelles.Cependant, à côté des résultats positifs il y a eu de nombreux résultats négatifs et, en considérant la question dans son ensemble, il est permis de conclure que la présence des micro-organismes lépreux dans le torrent circulatoire est seulement passagère. On ne peut guëre la considérer comme constante que pendant les accès fébriles ; en dehors de ceux-ci, la recherche n’est certes pas inutile, mais il faut s'attendre fréquemment à un résultat négatif.

ll faut tout d’abord, mettre à part les cas où le sang a été extrait d’un point où la peau porte des lésions locales de lèpre, surtout des tubercules lépreux. Dans ce cas, on obtient un résuliat positif, parce qu’on recueille par la piqure les bacilles qui siègent dans la lésion lépreuse cutanée qui, on le sait est extravrdinairement riche en bacilles. Hansen, Cornil et Babes, Lortet, Boinet, ont réussi de cette façon à mettre facilement en évidence le bacille pathogène. Ce procédé, extrêmement simple et commode lorsqu'il s’agit seulement de vérifier la présence du bacille lépreux, he saurait être considéré comme ayant une valeur diagnostique. Il ne peut réussir que s’il se présente des lépromes

cutanés parfaitement caractéristiques et pour lesquels le diagnostic ne présente aucune hésitation.

Mais il n’en est plus de même en l’absence des lépromes cutanés, si on fait la prise de sang loin de toute lésion lépreuse. Tous les auteurs sont d'accord pour admettre que dans des cas pareils, il est peu fréquent de pouvoir reconnaître le bacille en le recherchant dans le sang de la circulation générale.

Le nombre des résultats positifs obtenu est certes important, et démontre d’une façon indéniable la présence dans la circulation du bacille pathogène ; mais si on fait le décompte des résultats positifs et négatifs, on est amené à penser que pour un cas donné, les probabilités de succès de la recherche sont assez faibles.

Kôbner (1) a signalé la présence des bacilles dans les globules blancs du sang et même à l’état libre dans le serum ; par contre Hansen, Neisser n’ont jamais réussi à trouver le bacille dans le sang. Sa présence est signalée dans les vaisseaux, et en particulier dans l’endothelium vasculaire par Cornil, Cornil et Babes, Leloir.

Leloir à cherché le bacille dans le sang de cinq malades en évitant quand c'était possible toute prise à travers les lésions lépreuscs. Dans un seul cas il a eu un résultat positif par piqure de la pulpe de l’index mais il fait remarquer que ce malade avait une éruption presque généralisée de tubercules lépreux. Ce dernier cas pourrait donc être mis à part Si on s’en tient à la recherche du bacille dans le sang de la circulation générale.

D’autres auteurs ont aussi signalé la présence du bacille

(1) Kôbner. — Archives de Virchow, Lxxxvu.

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lépreux dans le sang : Doutrelepont (1), Jaja (2), Fr. Muller (3, Majocchi et Pelizari (4), Thoma (5), Fisichella (6). Boinet (7) a fail celle recherche dans six cas en faisant la prise de sang à la pulpe de l'index en l'absence de tout léprome avoisinant. Il n’a obtenu qu’un seul résullat positif.

Kôbuer et Muller (8) ont aussi oblenu des résullats posilifs mais seulement au moment des crises fébriles.

Parmi les observations de Kalindero, nous eu avons relevé deux dans lesquelles l'examen baclériologique du sang à été fait dans des conditions susceptibles d’être utiles au diagnostic.

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