OBSERVATION IV
due à M. le docteur Duguet, médecin de l'Hôpital Lariboisière (Inédite).
Lèpre maculo-tuberculeuse
X., 3 ans, infirmier, né à Paris de parents français, n’a pas quitté Paris jusqu'en 1885.
En 1885, séjour à Taïti pendant 3 ans comme infirmier. Il na pas soigné de lépreux, mais il a connu là un homme atteint d’éléphantiasis des jambes, considéré comme lépreux. Tous deux marchaient souvent ensemble pieds nus sur les routes, et ce serait là, dit-il, l’origine possible de la contagion.
En 1888, il se rend à Saint-Louis (Sénégal) puis à Dakar où il reste 18 mois.
De Dakar, il revient en France en 1890 et il continue pendant 2 ans son métier d’infirmier.
Le déhut de sa maladie date de la fin de 1892. Il eut d'abord une taiblesse générale, un besoin de faire la sieste ; le travail lui était devenu pénible. Bientôt il ressentit à la joue gauche une démangeaison insupportable qui-persista pendant un mois sans aucune altération visible ; puis, vers août ou septembre la face fut envahie par des rougeurs franches, bien détachées. M. le docteur Barth consulté à ce
mi INR A
sujet à l'hôpital Broussais émit l'hypothèse d’un érysipèle mais changea d’avis le lendemain et prescrivit une pommade à l’oxyde de zinc. Vers le mois de novembre les tâches changèrent de caractère, devinrent plus petites, de couleur jaune et envahirent le cou et le haut de la poitrine.
Plus tard tout le corps se couvrit de taches blanches. A la
fin de 1892, il se développa au talon gauche une vaste ulcération de 40 centimètres environ de diamètre qui mit a nu tout le talon et persista pendant 3 ou # mois. À mesure qu'elle se cicatrisait, elle gagnait le bordexterne du pied d’une façon serpigineuse: elle existe encore actuellement.
En janvier et en février 1892, l’état général jusque là excellent, s’altère: le travail est impossible; l’énervement, l'ennui, une fatigue extrême avec somnolences tiennent le malade; en même temps les taches s'étendent à tout le Corps.
L’état s'améliore en mars et le malade peut reprendre son travail pendant deux mois: mais au bout de ce temps l’ulcération du pied se reforme pour ne plus sé cicatriser depuis.
En mars 1893, le malade entre à l'hôpital Lariboiïsière dans le service de M. le docteur Duguet, parce qu'il souffre dépuis février de « douleurs rhumatismales» dans les génoux, les bras, les jambes. Celles-ci sont enflées ainsi que la face et les oreilles. Il se plaint aussi de sueurs abondantes. Il n’a pas de fièvre, mais son appétit est presque nul.
Son état à cette époque est le suivant : la peau est foncée sur toute la face d’une façon uniforme, les cils, les sourcils ont complètement disparu, les cheveux ont également disparu dans uné petité zone Sur les tempes et au-dessus du front, le resté est bien conservé ; la barbe est clairseméé sur les joués.
Sur la peau dé tout le corps 6h trouve uné multitude dé
taches brunes couleur café au iait à bords très nets, à contour irrégulier.
Certaines de ces taches sont anesthésiques : toute sensibilité a disparu ; d’autres sont seulement analzésiques.
Les nerfs cubitaux des deux côtés sont augmentés de volume et douloureux à la pression.
Les yeux sont le siège de quelques opacités cornéennes à peine marquées. Dans le nez il y à de nombreuses croûtes. Les amygdales sont grosses.
Traitement par l’huile de Chaulmoogra jusqu’à la dose de 2 grammes.
28 juin 1895. — Le traitement a été continué depuis l’année dernière et dure encore actuellement. L'état s’est améliorc. L'éruption maculeuse est maintenant à peine visible, les taches se sont un peu effacées, mais surtout leurs bords ne sont plus nets, ils tranchent peu et les places brunes alternent sans limite exacte avec des places blanches.
La peau du dos des mains, de la partie inférieure du &s des avant-bras, de la face antéro-externe des jambes et des pieds est craquelée et lisse, d’aspect ichtyosique; cette ich!yose est récente ; le malade n’a rien eu de pareil autrefois et ne connaît pas de cas d’ichtyose dans sa famille.
En quelques endroits, on sent sur les bras des saillies légères de nodosités cutanées.
La sensibilité est aciuellement normale sur presque tout le corps ; les macules mêmes ne sont pas anesthésiques. La sensibilité est un peu affaiblie à la piqûre, au contact et au froid à l’auriculaire droit (atteint d’atrophie infantile). La région externe du pied qui a été longtemps le siège d’un ulcère est insensible à la piqûre au contact et au froid ; cette insénsibilité remonte jusqu’au dessus de la cheville. Le mal pérforant du petit orteil représente une ulcération arrondie
bourgeonnante de la grandeur d’une pièce de un franc ; le
cinquième métacarpien est plus mobile qu’à l’état normal et est vraisemblablement nécrosé.
Examen bactériologique par biopsie.
Le 15 avril 1894. — Un fragment de peau est enlevé à la région deltoidienne gauche et traité comme il est dit plus haut. Dans ce fragment de peau prélevé au niveau d’une macule anesthésique on trouve une multitude de bacilles présentant la réaction colorante typique et distribués dans toute l’épaisseur du derme, très nombreux en particulier dan; les glandes (coloration par la méthode de Ziehl).
Eramen bactériologique du pus du mal perforant.
Le 28 juin 1895.— Cet examen fait à l’aide de cinq lamelles préparées avec le pas recueilli sur les bourgeons charuus et avec deux lamelles obtenues à l’aide du produit de raclage de ces bourgeons avec uné lancette, n’a permis de mettre en
évidence aucun bacille lépreux {coloration par la méthode de Ziehl).
Dans ce cas, le diagnostic avait été fait par l'examen clinique, et bien que la maladie ue füt pas encore très ancienne (le débul re “ontait à deux ans), ses symptômes étaient bien nets et surtout le facies du malade bien caractéristique pour qui avait élé à même de voir des cas de lèpre maculeuse on maculo-tuberculeuse.
Le diagnostic bactériologique est venu corroborer le diagnostic clinique. Nous invoquons ce cas à l’appui de l'opinion que, dans la lèpre on peut trouver le bacille pathogène dans les macules de la peau et que ce fait peut acquérir une très grande valeur diagnostique. En effet