‹ Étude sur le diagnostic bactériologique de la lèpreChapitre 18 sur 22 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Bodin. Ibid. (Obs. IT).

(Résumée).

P.. , #4 ans, né dans le Cantal, séjour à l’âge de 15 ans en Espagne, à Gondia (province de Valence) où il fut ea contact avec des lépreux.

Début il y a 10 ans pas des douleurs sciatiques; puis sur les membres inférieurs, formation de nodules sous-cutanées, de bulles purulentes et d'ulcérations.

Un an après les accidents s étendirent aux membres supérieurs, et s'accompagnèrent d’un grave affaiblissement général on prescrivit alors l’huile de Ghaulmoogra et il v eut à partir de là une rétrocession des accidents.

Actuellement la peau de la face, fine, ridée, est couverte de cicatrices irrégulières ; alopécie partielle des sourcils.

Altérations très nettes, bilatérales, de kératite interstitielle.

Nombreuses cicatrices analogues à celles de la face, aux bras, aux avant-bras, aux mains.

Les deux nerfs cubitaux ont des nodosités trèsnettes.

Aux membresinférieurs, nombreuses cicatrices ; nombreuses macules brunes.

Le gros orteil gauche porte à la face plantaire de son articulation metatarso-phalangienne un mal perforant typique. Il n'y a aucune mutilation. Au niveau des cicatrices, la sensibilité au contact, à la douleur, à la température est très émoussée.

L’ulcération plantaire est insensible à la douleur mais non au contact.

Exaïnen bactériologique du produit de raclage du mal perforant. — Des bacilles typiques sont rencontrés en assez

grande abondance, quoique l’ulcération ait des caractères exclusivement trophiques, névritiques.

Examen bactériologique par le procédé de Kalindero. — Vésicatoires sur une région anasthésiée répétés. chaque jour. Le troisième jour suppuration. L’examen, répété chaque jour jusqu’au sixième jour à l’aide dé dix préparations chaque fois, fut toujours négatif.

OBSERVATION VII Bodin. Ibid. (Obs. IH).

(Résumée).

L..., fille de 10 ans et demie, née à Cayenne de parents français. Séjour a Cayenne, a été en contact avec une bonne créole qui aurait soigné des enfants lépreux avérés.

Début à cinq ans par une tache sur la joue gauche. Puis taches sur tout le corps et nodules sans ulcérations.

Actuellement la face porte des taches surélevées, insulaires à contours nets et irréguliers, au niveau desquelles la peau est légèrement infiltrée. Il y a une hypertrophie notable du lobule des oreilles, une alopécie des sourcils. Sur les membres supérieurs l’éruption occupe la presque totalité des téguments ; elle est formée de macules brunes, confluentes et de nodosité irrégulièrement disséminées qui sont des éléments de la grosseur d’une lentille, de couleur brune rougeàtre, avec une induration manifeste.

Les membres inférieurs portent les mêmes lésions, plus fortement colorées.

Sur le tronc, il y à seulement des macules, pas d'éléments en relief.

Un seul point, la région supero-externe de l’avant-bras gauche est le siège de troubles sensitifs : la sensibilité thermique est diminuée, la sensibilité tactile retardée.

L'examen bactériologique par la méthode de Kalindero, à l’aide d’une série de vésicatoires successifs appliqués au point où la sensibilité était altérée, et au niveau d’un nodule lépreux montra sur trois ou quatre préparations quelques rares bacilles avec leur réaction colorante typique.

L'examen bactériologique par biopsie fait au niveau d’une macule brunâtre montra un nombre extraordinairement grand de bacilles. Aucun champ microscopique ne contenait moins de plusieurs centaines de bacilles et sur plusieurs on aurait pu probablement en compter des milliers.

L'étude parallèle de ces trois cas est des plus démonstratives : elle amène, à reconnaitre que le procédé du vésicatoire suppuré est incapable de donner le critérium bactériologique. Comparé à Pexamen biopsique à la recherche du bacille par coloration de coupes de fragments de peau, il se montre très inférieur à ce procédé. Alors même que la biopsie montre de nombreux bacilles, que la présence du bacille spécifique dans la peau est connue comme certaine, la méthode de Kalindero peut rester inefficace, impuissante à mettre Cet organisme en évidence. Ou le bacille ne passe pas dans le pus du vésicatoire, ou ilne passe qu’en proportion infinitésimale ; et encore, à la condition que le foyer dont il provient soit d’une richesse extraordinaire en parasites lépreux.

L’explication de ce fait, Bodin la déduit des conditions de l'expérience. D'une part, les effets du vésicatoire suppuré se limitent à l’épaisseur de l’épiderme. À moins d’une action extrêmement prolongée, l’ulcération ne dépasse pas en profondeur les papilles du derme. Pour que la sérosité et le pus puissent contenir des bacilles, il faut donc, ou

Sr Ed

que le siège de ceux-ci soit très superficiel ou que, Charriés par le sang, ils arrivent à passer dans la suppuration.

Or, d'autre part, ces conditions ne sont remplies que d’une façon exceptionnelle. 4° IL résulte des travaux de Cornil et Babes et d'Unna que ni l’épiderme, ni les couches superficielles du derme ne cortiennent de bacilles ; 2° la constatation de la présence du bacille dans le sang est tout à fait exceptionnelle, ainsi que nous l’avons vu.

La conclusion de ces faits est qu’il faut d’après Bodin pour un examen utile, Chercher le bacille dans la profondeur de la peau. On peut comprendre ainsi que le pus d’un mal perforant trophique ait pu déceler la présence du bacille Jépreux; pour produire quelque chose d’analogue le cautère serait seul capable de conduire par une ulcération profonde dans la région riche en bacilles. Et encore ne serait-ce pas un procédé donnant une grande sécurité S'il était négatif : Pitres et Sabrazés recherchèrent inutilement le bacille de Hansen dans le pus de deux maux perforants plantaires chez un malade (Obs. VIID. C’est seulement par l’excision d’un petit fragment de nerf que l’on parvint à mettre en évidence l’origine lépreuse des accidents observés; et on à vu dans le cas que nous donnons (Obs. IV), que cette même recherche dans un mal perforant a échoué égalementalors que la biopsie de la peau donnait un résultat positif.

Quant au vésicatoire, quand il réussit à mettre le bacille en évidence, son emploi est entièrement superflu : une simple scarification d'un nodule lépreux permettra dobtenir dans la sérosité sanguinolente ou dans le produit d’un léger raclage, le micro-organisme cherché.

Mais ce n’est pas toujours par les lésions de la peau qu'est éveillé le soupçon de la lèpre. Dans des cas de lèpre nerveuse pure ou même dans certaines lèpres mixtes où la peau ne porte plus ni tubercules ni macules, mais seulement des cicatrices anciennes et des ulcérations trophiques, attribuables aux névrites lépreuses on peut trouver avantage à chercher le parasite là où il existe le plus sürement, dans les branches nerveuses.

En choisissant un rameau sous-Cutané, on n’entraine pour le malade aucun trouble nerveux appréciable. D’ailleurs la région choisie apparlient à un territoire frappé d’anesthésie. L’extirpation d’un fragment de nerf est certes d’une pratique plus difficile que l’excision d’un morceau de peau. Mais elle n’a en somme pas plus d’inconvénient, et elle peut rendre les mêmes services au diagnostic.

Son utilité est démontrée dans le fait Suivant publié par Pitres. Le malade fut longtemps considéré comme atteint de syringomyélie. Mais Pattention fut attirée sur l’existence possible de la lèpre chez ce malade, et les difficultés du diagnostic entre la lèpre et la syringomyélie furent résolues grâce à l'examen biopsique. Ici encore la comparaison a pu être faite entre les diverses modes d'exploration bactériologique. Tous ont échoué sauf la biopsie.

Page 1