‹ Étude sur le diagnostic bactériologique de la lèpreChapitre 19 sur 22 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

Pitres Bulletin de l’Académie de Médecine, 1892, p. 736. (Résumé).

François B., 46 ans entre le 31 mars 1892 à l’hôpital Saint- André de Bordeaux. Il présente aux quatre membres des BAILLY 9

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troubles trophiques profonds se reproduisant incessamment avec des améliorations ou des guérisons temporaires depuis & ans. Ses mains sont déformées par des rétractions cicatricielles et par des mutilationsspontanées qui se sont produites successivement au niveau des phalangines et des phalangettes de plusieurs doigts. De plus, les muscles des éminences thénar hypothénar ainsi que les intérosseux sont atrophiés, ses pieds sont le siège de deux larges maux perforants plantaires à bords calleux et renversés. Sur les avant bras, les jambes, les cuisses, la verge, existent plusieurs cicatrices ayant toutes succédé à des éruptions de bulles pemphigoïdes suivies d’ulcérations indolentes dont la cicatrisation s’était faite très lentement.

La dissociation syringemyélique de la sensibilité existe sur presque toute l'étendue des membres inférieurs, aux deux avant bras, au sommet du crâne; la sensibilité à la douleur et à la température est abolie, la sensibilité au contact est conservée.

I n’y a en aucun point du corps de tubercules ; la face, les oreilles, les paupières ne sont pas déformées. A part les cicatrices il n’y a comme lésion cutanée que deux taches qui siègent à chaque pli du coude, sont brunàires, à bords diffus, d’un diamètre de 5 à 6 centimètres.

Les nerfs cubitaux ne portent pas d'indurations nodulaires, mais ils paraissent un pu augmentés de volume.

Le malade est né dans la Corrèze de parents français en 1872. Séjour de 8 mois en Hollande. De 1873 à 1879 séjour à la Martinique. Trois ans après son arrivée il s’aperçut que son mollet était insensible à la chaleur et à l1 douleur; plus tard la jambe droite devint aussi insensible.

En 1889 un mal perforaut anesthésique se développe au gros orteil droit; en 1890 le gros orteil gauche devint à son

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tour le siège d’un mal perforant plantaire très étendu; entre temps se développèrent leséruptions pemphigoïdes et les suppurations mulilantes des extrémités, avec élimination de fragments des phalangines et des phalangettes.

I n’y a pas d’alopécie d’altérations dentaires.

Le diagnostic fut celui de syringomyélie. MM. Le Dantec et Vergniaud furent également d'avis d'éliminer le diagnostic de lèpre.

A la suite de la communication de M. Zambacco, l'étude de ce malade fut reprise. M. Sabrazès entreprit l’examen bactériologique.

L'examen bactériologique du sang fut négatif.

L'examen bactériologique du pus des maux perforants etla recherche des bacilles dans la sérosité d'un vésicatoire appliqué sur la jambe gauche restèrent également sans résultat.

Au contraire l'examen biopsique donna un résultat positif, un fragment de nerfs sous-cutanés excisé à lavant bras et coloré par la méthode de Ziehl décela un grand nombre de bacilles de Hansen.

Pitres montra à l’aide de cette observation le parti utile qu'on peut tirer de l’examen bactériologique. L'opinion de Zambaco qui « n’a besoin pour poser le diagnostic, ni de rechercher les microbes, ni de dissocier les nerfs, ne saurait être admise. Il est possible, dit Pitres, que M. Zambaco ait le droit dese priver volontairement des ressources qu'offre dans l’espéce la microbiologie. Depuis de nombreuses années il étudie la lèpre avec une prédilection marquée, dans un milieu où les cas en sont relativement très nombreux. Il a acquis ainsi une expérience incontestable et incontestée. Mais les personnes qui n’ont pas sa

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compétence seraient certainement heureuses d’avoir à leur disposition un moyen commode permettant, dans les Cas difficiles, de fixer leur incertitude. Or ce moyen existe, c’est l'examen bactériologique. » Mais la recherche du bacille ne doit pas être faite de la inême façon dans tous les cas. S'il y a des lépromes, le fait est facile : une exision permet d’y déceler d'innombrables bacilles. Mais tel n’est pas toujours le cas et alors la recherche est plus aléatoire. Le sang, la sérosité ou le pus d’un vésicatoire, ne donnent pas de renseignements assez constants, Même le pus d’une ulcération trophique comme il en existe souvent dans la lèpre peut ne déceler aucun bacille. C’est qu'en effet ce n’est pas l’ulcération qui est spécifique, mais bien la névrite qui lui a donné naissance.

La contre épreuve du cas précédent a été faite par Pitres et Sabrazés : un fragment d’un nerfsous-cutané a été prélevé sur un syringomyélique vrai présentant de latrophie des mains, de larges plaques de dissociation syringomyélique de la sensibilité, des déformations en griffes très accusées. Cette recherche a été négative.

De même la recherche des bacilles lépreux a été faite sur deux moelles syringomyélique sans succès. Ce qui amène Pitres à cette conclusion que si, avec Zambaco on peut admettre que certains cas de lèpre sont faussement diagnostiquées syringomgélies, on ne saurait généraliser cette notion dans l’état actuel de nos connaissances et déduire l’autonomie de la syringomyélie.

La recherche du bacille dans les nerfs des lépreux a été faite deux fois par Arning (1) en faisant porter cette

(1) ARNING. — Arch. de Wirchow, Ibid., xvrr; 170.

recherche sur le nerf cubital. Le bacille à pu ainsi être isolé par cette auteur.

Cramer donne un cas analogue.

OBSERVATION IX F. Cramer-Archiv. für Klinische Chirurgie XLIV p. 855, 1892. (Résumé d’après les Schmidt’s Jahrbücher).

Cramer a observé un homme de #1 ans, Allemand, qui a résidé plusieurs années au Siam où il a rencontré de nombreux lépreux. Le malade présentait des signes très prononcés de lèpre nerveuse du membre inférieur gauche. On trouva de même, dans le territoire du médian et du riusculo-cutané Ces places colorées ea rouge brun, à surface inégale et granuleuse marquées aussi par la chute des poils et par une anesthésie complète. Les troncs nerveux étaient épaissis. A la face interne du bras on sentait deux nodosités de la grosseur d’une noisette. On les extirpa eton vit qu'elles faisaient corps avec le nerf médian, et qu’elles consistaient en une masse pàle et nécrotique entourée d’une capsule fibro-celluleuse ; cette masse se prolongeait dans l’intérieur dun nerf fortement épaissi. Le médian fut fendu et sa partie centrale ramallie fut soigneusement extirpée et séparée des parties périphériques par l’action de la curette. Quelques mois plus tard on traita de la même façon le nerf cubital, et le nerf cutané externe qui était augmenté de volume fut extirpé dans toute son étendue. Dans la partie enlevée par grattage et dans le nerf excisé on trouva des bacilles de la lèpre, d'ailleurs en petit nombre.

Une amélioration rapide se produisit. Une récidive dans le uerf cubital fut opérée de la même façon.

Pétrini a examiné deux fois par biopsie la peau des

malades atteints de lèpre systématisée nerveuse sans aucune lésion cutanée et a obtenu deux fois un résultat. positif dans cette recherche des bacilles.

Pour lui il n’est pas nécessaire de recourir au procédé de Pitres et d’enlever des fragments de nerfs, l'agent pathogène siège dans toute la peau qui est insensible. Il donne une de ces deux observations dont voici le résumé.

OBSERVATION X Pétrini. — Annales de dermatologie, 189k4, p. 1332

Lèpre systématisée nerveuse simulant la syringomyéle. (Résumée).

À. L..., 43 ans, pêcheur. Pas d’antécédents héréditaires. Début en 1880 par des démangeaisons, picotements et douleurs en un point où l’année précédente il avait eu des végétations. Deux ans plus tard période de grande fatigue générale puis éruption sur les mains, les pieds et les cuisses de plusieurs bulles auxquelles succédèrent des ulcérations.

Au moment de son entrée à l’hôpital, on constate une analgésie de presque toute la face et des oreilles ; le sens du contact est conservé lors d’une pression forte. Le front, les paupières sont thermo-anesthésique, de même que les membres supérieurs, les fesses, les cuisses, les jambes, les parties latérales du tronc.

Il n’y a aucune tache sur le visage ; trois cicatrices blanches sur le front où il y a eu des bulles et quelques autres semblables sur le cou, le thorax, l'abdomen. ,

La région des fesses porte quelques taches violacées, ridées, avec des points blanchâtres, siège ancien de bulles. Ces cicatrices sont complètement anesthésiques.

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