III. PARALYSIES RÉFLEXES
ün sait qu’il y a deux espèces d’actions réflexes : les unes produisant une contraction de la fibre musculaire, d’autres, au contraire, se manifestant par une paralysie; ce sont les actions réflexes d'arrêt. A propos de ces dernières, M. Brown- Séquard (1), dans ses leçons sur les dilîérenles formes de paraplégies, a démontré, et ce fait est généralement admis, que certaines paralysies des membres inférieurs dépendent d’une affection des parties voisines, étrangères aux centres nerveux (utérus, vessie, etc.), et dispa: aissent avec la maladie qui les avait produites. Pflugger (2) a obtenu l'arrêt des mouvements de l’intestin grêle en opérant une irritation mécanique de la peau de l’abdomen. On peut dès lors, et l’expérience de tous les jours en fournit de nombreux exemples, admettre un faux-étranglement par cause réflexe. Les affections qui peuvent y donner lieu sont fort variées.
Sur 18 cas de faux-élranglemenls réflexes que nous avons rassemblés, nous trouvons :
6 cas d’eclopie testiculaire (Curling, Valette, Ilenrot).
2 cas d’hydrocèle enflammée (Ghassaignac, Dupuytren).
10 cas de tumeurs ou kystes des régions inguinale ou crurale (Tillaux, Henrol).
Dans ces circonstances, les accidents d’étranglement, sont presque toujours raj,qiortés à un étranglement herniaire; en tout cas, le diagnostic ne reste pas longtemps douteux, car le caractère le plus frappant de ce genre d’occlusion est de cesser rapidement lorsqu’une opération appropriée a fait disparaître la cause qui lui don-
(1) Brown-Séquard, Leçons sur le diagnostic et le traitement des principales formes de paralysie des membres inférieurs.
(2) Brown-Séquard, loc. cif., p. 44.
nait naissance, cause qui dans la majeure partie des eus est évidente pour le chirurgien. Ceci est heureux, car d'autre part les symptômes offrent une analogie frappante avec ceux de rétrangiement vrai: ainsi dans presque tous les cas que nous avons analysés, on voit les vomissements devenir franchement fécaloïdes et la constipation résister absolument aux purgatifs. La douleur présente cependant une particularité importante, c’est que, quoique s’irradiant dans tout l’abdomen, elle parait cependant avoir son maximum d’intensité et comme son point de départ dans la partie lésée. C’est ce qui était bien manifeste chez un malade atteint d’une paralysie réflexe par suite de la suppuration d’un kyste inguinal droit et que nous avons eu l’occasion de voir cette année dans le service de M. Tillaux.
L’ectopie testiculaire avec étranglement de la glande donne souvent lieu aux symptômes d’occlusion interne. M. Valette, professeur à l’Ecole de Lyon, a présenté à la Société de chirurgie de Paris une observation de ce genre que nous résumons ici pour donner une idée de l’ensemble des signes présentés en pareil cas par le malade.
Obs. YI. — X..., terrassier, 21 ans. Ascension du testicule droit dans l’aine après un violent effort, le 22 février 1869. Douleurs violentes surtout à la région inguinale. Coliques, vomissenoents bii lieux, puis fécaloïdes. Ventre ballonné, douloureux à la pression.
I Alternatives d’amendement et d’exacerbation des symptômes jus- 1 qu’au 27 février. Ce jour-là, castration; cessation immédiate des \ signes d’occlusion. Exeat, guéri le 19 mars.
) Nous avons vu cette année un exemple de ce genre dans j le service de M. le Professeur Laugier.
[ Voici ([uelle est en pareil cas la pathogénie des accidents |[ d’occlusion. Il y a d’abord irritation des nerfs testiculaires
j à la suite du déplacement et de la compression do l’organe,
: J (I) L’observation détaillée se trouve publiée dans leBuUet. de tl.éi rapeulique, 15 mars 1870, p. 213.
I (2) Comptes-rendus de la Soc. de cliir , séance du 28 avril 1863.
puis cette impression est transmise à la moelle qui réagit sur l’intestin par l’intermédiaire des libres du grand sympathique; cette action paralysante du grand sympathique se produit aussi bien sur les fibres musculaires de l’intestin que sur ses vaisseaux et occasionne l’arrêt des matières ahmentaires, les phénomènes d’étranglement et enfin la congestion.
Après avoir rapporté l’observation de son malade, M. Valette ajoutait qu’il est bon, en pareil cas, si l’on veut éviter une phlcgmasie de la portion paralysée de l’intestin, de ne pas laisser longtemps les choses dans cet état. Le fait suivant que nous devons à l’obligeance de M. Tillaux démontre la vérité de cette assertion.
Obs. vil — Demoiselle de 56 ans, alteinle depuis bien des années d’une tumeur de l’aine droite. Velpeau, consulté jadis, avait diagnostiqué un kyste et proposé la ponction et l’injection iodée. Ce kyste s'enflamme il y a quinze jours, devient tendu, du volume du poing d’adulte, rouge, douioureux à la pression, et le même jour la malade vomit et a une garde-robe abondante. Cinq jours après, mêmes accidents locaux; constipation rebelle, mais ni hoquet ni vomissements. Etat général assez bon. M. i’illaux qui avait été appelé dans le courant de la maladie par M. le D'^ Coffin, incise le kyste le huitième jour et trouve à la palpation, après l’écoulement du liquide, quelques saillies dures qu'il attribue à des indurations de la paroi. Aucun soulagement n’est obtenu. La question d’entérotomie ét^it discutée, lorsque le treizième jour quelques gaz sortent par l’ouve’ture du kyste. M. Tillaux le fend alors dans toute son étendue et trouve une anse incomplète d’intestin au niveau de l’anneau inguinal externe, derrière la paroi du kyste, anse non perforée, mais suffisamment malade pour nécessiter l’établissement d’un aeus contre nature immédiat.
Il n’entre pas dans notre plan de répéter ici comment un intestin non malade peut être assez influencé par une aflecüon voisine pour réagir à son tour et donner lieu à des phénomènes d’étranglement ; pour plus de développements, nous renvoyons à ce sujet au mémoire de M. Henrot et à
un article publié par M. Lefort dans la Gazette hebdomadaire (i).
En résumé, le faux étranglement réllexe apparaît à la suite d’une irritation locale d’un nerf sensitif, persiste aussi longtemps que cette irritation et disparait pour ainsi dire en même temps qu’elle. Ce sont là des signes pathognomoniques suffisants pour établir le diagnostic qui se fera donc surtout par l’examen attentif et l’investigation scrupuleuse des différents organes contenus dans l’abdomen et des parties voisines cpie nous avons vu pouvoir donner lieu à la maladie.