IV. PARALYSIES NERVEUSES
Par ses nombreuses connexions avec le système grand sympathique, le centre cérébro-spinal a aussi sa part d’influence dans les mouvements de l’intestin ; c’est ainsi que les affections des méninges amènent une constipation opiniâtre qu’on retrouve augmentée de tympanite dans plusieurs maladies de la substance cérébrale.
Une vive impression morale, une préoccupation prolongée de l’intelligence peuvent avoir pour conséquence d’anesthésier complètement la muqueuse intestinale et d’amener l’intestin à un état d’inertie qui se traduit par les signes alarmants de l’étranglement interne; Tissot avait déjà signalé ce fait, M. Ilenrot en cite dans son mémoire deux cas fort intéressants ; voici enfin une observation de ce genre où l’on a été jusqu’à appeler un chirurgien dans la prévision dhine intervention indi.spensable. M. Tillaux a bien voulu nous la communiquer, et nous en donnons un court résumé.
Obs. VIII Le î®** janvier 185, M. X..., jeune homme de
2o ans, SC disposait à (juiller le séminaitQ de Saint- Sulpice où il avait été ordonné prêtre cinq jours auparavant. En soulevant une malle Contenant ses habits il éprouva subitement une douleur très-violente dans faine droite. La marche devint impossible et l’on dut faire
(1) 17 févHer 1865;
prévenir de suile les niéclcciiis de l'établissement, MM. lesD'* Bucquoy et Vignolo; ces messieurs constatèrent l’existence d’une tumeur siégeant dans la fosse iliaque droite au niveau du canal inguinal ; ils crurent h une hernie étranglée et demandèrent les conseils de M. Tillaux. Il faut ajouter que le malade était depuis longtemps constipé et qu’tà partir du début des accidents, il éprouva des nausées et eut des vomissements biliéux;. en outre l’abdomen était un peu ballonné.
Sans se rendre compte immédiatement de l’état exact de la maladie, M. Tillaux fut frappé de trouver libre l’orifice externe du canal inguinal et de ne rencontrer dans le scrotum qu’un seul testicule, le gauche; interroge sur celte anomalie, le malade ne put donner aucun renseignement; il n’en soupçonnait pas l’existence. On songea à la possibilité d’une hernie interstitielle, et dans cette hypothèse le chloroforme ayant été administré, on pratiqua des tentatives modérées de taxis, mais sans aucun résultat. L’idée d’une accumulation possible de matières fécales dans le cæcum empêcha heureusement M. Tillaux de pratiquer une opération et lui fit administrer des purgatifs salins répétés à trois reprises. Le jeune homme ne laida pas à rendre une quantité abondante de matières fécales sous la forme de masses dures, noires, arrondies, bosselées, que l’on pouvait comparer exactement à des truffes, boules tellement dures qu’elles résonnaient en tombant dans le vase. Immédiatement les symptômes s’amendèrent notablement, la tumeur disparut ainsi que la douleur et on put retrouver le testicule en état d’ectopie congénitale dans le canal inguinal; celle glande n’était ni tuméfiée, ni douloureuse.
On a conseillé un régime convenable, et depuis celle époque le malade, revenu très-rapidement à une santé parfaite, n’a jamais présenté de semblables accidents.
Ce fait est très-instiuctif. En elFet, nous voyous un jeune homme jusque-là bien portant, qui venait d’être soumis aux fatigues physiques et morales qui précèdent l’ordination du prêtre. Il était depuis longtemps constipe, et d’après la nature des matières qui ont été évacuées, cette constipation devait remonter assez loiiï. Tout à coup, àla suite d un eÜbrt, des phénomènes d’occlusion intestinale apparaissent subitement; ces phénomènes sont si graves qu’on croit à un étranglement herniaire. Ajoutons que ce jeune homme avait son testicule droit à ranneau et que sous l’inilucnce de l’elfort,
le testicule pouvait s’ètre enflammé. La suite a démontré que la présence des matières fécales dans le cæcum distendu outre mesure était la cause unitpie des troubles qu’on ne peut pas attribuer à une inflammation produite autour de cet intestin par le séjour des matières, puisqu’à peine ccl les-ci évacuées, les accidents disparurent. Comment expliquer que des matières fécales endurcies séjournent pendant des semaines entières et peut-être plus dans le cæcum sans provoquer d’accidents et que ceux-ci éclatent enfin subitement ; nous ne saurions le dire, mais il est évident pour nous que la cause de la distension de l’intestin est une paralysie de ce viscère survenue à la suite des fatigues physiques, morales et intellectuelles supportées par le malade.
Une supersécrétion de la muqueuse intestinale, à la suite de troubles dans l’innervation, peut aussi, croyons -nous, mettre cette muqueuse dans un degré d’anesthésie complète. C’est du moins ce qui parait ressortir du fait suivant rapporté par M. Guyot (1).
Obs. IX. — Malade soigné depuis plusieurs jours pour une an- > gine pultacée. Symptômes d’étranglement interne. Expulsion d’une grande quantité de mucosités intestinales et retour à la santé.
Dans la discussion qui s’est élevée au sujet de ce malade, MM. Simon et Parrot ont rapporté les accidents à un trouble fonctionnel du plexus solaire.
On peut se convaincre par l’obs. 8 que le diagnostic île pareil cas n’est pas toujours facile; il reposera surtout sur l’absence des signes caractéris tiques des diverses variétés d’étranglement vrai. Il faut prendre note dans les deux cas de la cessation spontanée des accidents ; enfin, la connaissance exacte de l’état moral ou intellectuel du malade dans un cas pareil à l’obs. 8; le fait d’un état dyspeptique comme dans l’obs. 0 fourniront des indications plus ou moins précieuses.
Les paralytiques généraux présentent souvent comme phénomènes ultimes de la maladie une constipation opiniâtre
(i) Gaz. hebdomad. 1868, p. 218, Soc. méd. des hôp.
1870. — Larguier. M’
qui résiste à tous les moyens internes et une tympanite considérable qui finit par amener l’asphyxie du patient. Voici le résumé de deux observations que M. Denarié a recueillies pendant son séjour à Bicètre (1).
Obs, X.— Ch. X..., paralytique général depuis deux ans, gâteux. Paralysie delà vessie. Pas de selles pendant neuf jours, malgré des purgatifs réitérés. Tympanite énorme. Mort le dixième jour. Rien à l’autopsie qui explique la rétention des matières.
Obs. XI. — Paralytique général. Gâteux. Paralysie de vessie. Diarrhée perpétuelle, puis coiistipation'invincible pendantsept jours. Ballonnement et tympanite énormes. Vomissements fétides. Mort le huitième jour. Rien à l’autopsie pour expliquer les symptômes d’étranglement.
La moelle, aussi bien que l’encéphale, a une influence considérable sur la contractilité de l’intestin; les ataxiques sont presque toujours constipés et on en a vu présenter tous les symptômes de l’occlusion interne. L’observation suivante en témoigne.
Obs. XII. — Ataxique de 40 ans. Présente subitement des signes d’occlunon interne. Vomissements bilieux, puis fccaloïdes. Constipation. Le pouls n’est pas celui de la péritonite. Mort en quatre jours. A l’autopsie on trouve seulement les lésions ordinaires de l’ataxie locomotrice (Henrot).
Il est [facile de voir que dans ces dernières variétés de faux- étranglement par paralysie nerveuse, le diagnostic repose bien plus sur les antécédents que sur 1 état actuel. Quand on verra un individu atteint d’affection grave et chronique des centres nerveux présenter des signes d étranglement précédés depuis longtemps de phénomènes de constipation et de tympanite, on pourra presque à coup sùr en déduire immédiatement la cause. Cependant les signes fournis par le malade auront aussi leur importance : les vomissements, quand ils existent, ne sont presque jamais
(2) Denarié (de Thonon), Thèses de Paris, 1869.
fécaloïdes (nous essayerons plus loin de dire à quoi il faut Tattribuer) ; le ballonnement est général par suite de l’inertie des parois de toute la masse intestinale et atteint géné^ râlement un degré considérable ; il y a ordinairement coïncidence de paralysie de la vessie.
Tous ces phénomènes enfin, et c’est là un caractère qui a sa valeur, ne sont point accompagnés de réaction fébrile ; le pouls est petit, filiforme, à peine perceptible et le devient de moins en moins à mesure que la maladie approche de son mode de terminaison le plus ordinaire qui est la mort. La cessation de la nutrition et l’asphyxie résultant de la distension énorme des viscères abdominaux sont, en effet, deux causes qui conduisent d’autant plus sûrement à cette issue fatale que l’affection qui les a produites est dans la plupart des cas absolument incurable.
Etrauglcmcuis Trais.