I. GASTROTOMIE ET ENTÉROTOMIE
Lorsque l’étranglement interne a résisté aux moyens médicaux qu’on doit tout d’abord lui opposer, ou lorsque les procédés mécaniques par lesquels on parvient quelquefois à triompher de la maladie ont été inutilement employés, il ne reste au médecin d’autre ressource qu’une prompte intervention chirurgicale.
En présence des graves opérations qu’elle nécessite, les praticiens ont formulé au sujet de son opportunité des appréciations qu’il ne nous appartient pas déjuger. Nous laissons la responsabilité de leur opinion à ceux qui donnent en pareil cas le conseil de laisser mourir le malade plutôt que le tuer, et si cette question ne relevait pas uniquement de la conscience et des convictions du praticien, nous croyons que les nombreux succès qui mettent hors de doute la curabilité de l’étranglement par une opération chirurgicale nous autoriseraient à retourner l’argument et à leur répondre par le vieil aphorisme ; « Quem dum potuisti servare,
« non servasti, ilium occidisti. »
Deux grandes méthodes sont en présence pour le traitement chirurgical de l’étranglement interne ; méthodes répondant chacune à une indication spéciale, et ayant cha- i cune leurs partisans plus ou moins exclusifs.
La première de ces méthodes, connue et pratiquée depuis
fort longtemps, est l’opération de la gastrotomie', celle-ci consiste à faire à la paroi abdominale une large incision, soit en un point régie, soit sur le siège présumé de Tobstacle ; à chercher celui-ci et à le lever d’une façon ou d’une autre suivant sa nature .
La seconde méthode, plus moderne, est l’opération de V entérotomie , au moyen de laquelle on n’a plus pour but de rechercher et de détruire la cause de l’étranglement, mais bien de désobstruer l’intestin, en donnant une issue artificielle aux matières qu’il contient.
Avant d’examiner la valeur comparative de ces deux méthodes et de rechercher jusqu’à quel point sont fondées les objections que chacune d’elles a soulevées, avant d’essayer enfin, de déterminer les cas dans lesquels on doit préférer l’entérotomie à la gastrotomie, il nous paraît intéressant de jeter un coup d’œil sur leur histoire et d’indiquer sommairement quels ont été les principaux partisans de l’une ou l’autre de ces deux opérations.
Suivant Gælius Aurelianus, on doit attribuer à Praxagore de Cos (350 av. J. C.), l’idée d’ouvrir l’abdomen dans les cas de volvulus. Les autres auteurs anciens et ceux du moyen âge sont muets sur cette pratique, ou n’en parlent que pour la condamner. En 1676, Paul Barbette, chirurgien d’Amsterdam (1), conseille positivement la gastrotomie pour remédier à l’intussusception rebelle, et d’après ses conseils, un chirurgien resté inconnu pratiqua avec succès la première gastrotomie dont l’histoire fasse mention : le fait a été rapporté en détail par Bonet (2), qui le tenait d’un témoin oculaire, M. Puisault, pasteur de l’Église de Genève. Rivinus (3), Seacherus (4), Velse (3) le citent dans diffé-
(1) Barbette, Anat. pract., 1. IV, cap. I, art. 3 et Atiat. chirg., t. III, I. V, cap. 2, t676 ; Opéra chirurg. anatom. (De abdom. partibus inte'rnis, lib. X, cap. 2, 1672.
(2) Bonet, Sepulchretum anat., lib. III, sect. XIV, p. 912. Genève, 1679.
(3) Hivinus, Dissert. n)ed. bips. 1710.
(4) Seacberus, Dissert. med. bips. 1721.
(5) Velse, Dissert. bugd. Bot. 1742.