I. SPASME DE l’intestin
Cette variété ne nous arrêtera pas longtemps; on ne trouve d’observations de contractions spasmodiques de l’intestin suffisantes pour simuler l’occlusion interne que dans des cas d’hystérie et les exemples en sont même fort rares. Nous ne saurions en effet, en présence de l’absence à peu prés complète de faits de ce genre dans les statistiques françaises et étrangères, donner quelque crédit à celle de Brinton (1) qui sur OOO autopsies « d’obstruction intestinale », prétend avoir trouvé 102 faits d’occlusion par contraction spasmodique des parois de l’intestin. L’iléus spasmodique n’a généralement pas une terminaison fatale, en outre Brinton n’avait évidemment pas connaissance des différentes formes de paralysie intestinale, qui sont beaucoup plus fréquemment mortelles et auxquelles il faut à coup sîm rapporter en trèsgrande partie les 102 cas dont il fait mention.
Une observation fort intéressante de faux-étranglement spasmodique a été rapportée par le D'' Putégnat (2), nous en extrayons les'passagcs suivants :
01)S, I. — « Une grande demoiselle, âgée de 21 ans, élevée dans le confortable, brune, aux formes peu accentuées, impressionnable , issue d’un père très-vif et .sujet à de violentes migraines, et d’une mère qui a eu, étant demoiselle, quelques accidents h^'stériques ; ayant eu une tante hystérique, ayant une cousine germaine, mariée, hystérique, est elle-môme hystérique avec de graves accidents convulsifs. Elle présente aussi ce symptôme, signalé en 1842 par M. Andral : douleurs assez vives sous la pression et la percussion, au niveau de plusieurs vertèbres.
‘I Les principaux mouvements convulsifs qu’elle offre, sont un mouvement brusque et instantané, dont la patiente n’a point conscience, qui entraîne souvent vingt fois dans une minute la tète en
(1) Profess. W. Brinton, Intestinal obstruction, publié par le D' Buzzard. Londres.
(2) E. Putégnat (de Lunéville), Sur l’occlusion intestinale, 21 observations. Paris, 1867.
arrière el à gauche, mouvement accompagné d’un rire sardonique et de l’élévation de l’épaule droite ; un resserrement de la base du thorax avec hoquet causant une dyspnée, souvent inquiétante, caractérisée par le besoin de 5 ou 6 inspirations consécutives; enfin une dysphagie telle que la patiente, ne pouvant que fort peu avaler, est alimentée par des lavements de bouillon et de vin, maigrit considérablement et donne quelque inquiétude. Tous ces accidents s’aggravent encore à l’approche du mois, pendant le cours des règles et sous l’influence d’une contrariété môme légère.
«C’est dans cet état, qui a résisté à un sage traitement hygiénique aux antispasmodiques les plus puissants et à l’hydrothérapie qu’elle se marie; elle devient enceinte promptement et les accidents hystériques, loin de diminuer en fréquence et en intensité, continuent jusqu’à l’accouchement. Celui-ci, arrivé à terme, a lieu sans accidents hystériques graves, mais l’enfant, d’une très chétive constitution, meurt au bout de quelques jours.
«Sous l’influence de l’impression morale que cause celte mort, les accidents hystériques s’aggravent de nouveau; à ceux habituels, énumérés ci-dessus, viennent se joindre les suivants, avec de l’exacerbation et delà rémission, souvent à des jours d’intervalle et quelquefois périodiquement : douleur subite, à droite, entre l'ombilic et l’épine iliaque antérieure et supérieure, s’aggravant par la pression sur la paroi abdominale, immédiatement tympanite, hoquets, nausées, vomituritions, puis vomissements du peu d’aliments pris, de bile, enfin de matières filantes, glaireuses, blanchâtres et parfois striées de sang vermeil. En même temps, arrêt complet delà sortie, par l’anus, des matières slercorales et des gaz; cris, agitation, frayeur, crainte de la mort, langue sèche et rouge, soif ardente, figure grippée, mais pas la moindre fièvre.
« Ces accidents, souvent delà durée de deux à trois jours, cessent immédiatement, ou diminuent considérablement dès que de nombreuses évacuations, d’abord endurcies, puis demi-liquides, accompagnées de gaz, sortent par l’anus. Les purgatifs, pris soit par la bouche, quand il y possibilité, soit par le rectum, échouent complètement. Les évacuations par l’anus ne se montrent que sou l’influence de lavements antispasmodiques ou sous celle, soit de l’extrait de belladone, soit du sulfate neutre d’atropine pris par la bouche.
«Evidemment, cette jeune dame a eu des symptômes d’occlusion intestinale interne, conséquence d’une constraction spasmodique, hystériforme, d’une portion circulaire de la membrane musculaire de l’intestin.
On voit d’après ce qui précède que l’étranglement spas- r i modique ne sera pas difficile à reconnaître. Si la douleur rr subite de l’ombilic, les vomissements et la constipation ab- .*( solue peuvent faire croire à une occlusion mécanique, on h sera cependant rassuré par le peu de durée des accidents J! qui n’a jamais excédé trois jours, par les indications du U pouls qui ne cesse pas d’être normal, enfin et surtout par la l’état hystérique du malade. En outre le succès de la bella- ig done et des antispasmodiques mettent sur la voie du dia- " gnostic et dans ce cas -ci du moins confirment l’aphorisme : !
« Naturam morborum curationes ostendunt. »