‹ Étude sur le dialecte éolienChapitre 10 sur 107 · VOYELLES LONGUES · texte numérisé non relu

VOYELLES LONGUES

À long. — De tous les idiomes grecs, seul l’ionien-attique ne garda pas l’a long primitif. Pour la conservation de ce son, l’éolien d'Asie concorde avec les dialectes dits éoliens, mais aussi avec le dorien.

E et O longs. — L'ionien-attique avait deux sortes d’ê et deux sortes d’6 : ὃ (1), 6 (w) ouverts continuateurs de ὃ, ὃ indo-européens, et ὃ (a), 6 (ou) fermés récents, résultant soit de certaines contractions, soit de l'allongement de € ou de ο.

L’éolien ne possédait qu'un seul ὃ ‘ et un seul 6. Aux sons fermés &, ov de l’ionien-attique, il répondait par ἡ et w ouverts. Les cas n’en sont pas très nombreux, parce que

1. Sur la prononciation très ouverte de ἢ en syllabe initiale, voir Schulze GGA 1897, p. 905. Nous ne parlerons pas du changement de ἢ en 4 dans αἴμισυς, Αἰσίοδος, aiuiovos, parce que nous le croyons très récent.

Υ ν Le Lt γὼ} ΠΤ. 4, ΝΕ δ ες Ἂι ἣ lc:

“ὦ TE

l'éolien n'a pas connu l'allongement compensatoire, On peut citer : χῆνος — ion. zetvoc, alt. ἐχεῖνος : χήνω IGMA 596 a 23. Ce mème pronom, χῆνος, est déclaré éolien par Apoll. 58,3; AO. I, 223, 30; il se trouve enfin chez les poètes : #vos Sa. 2, 1: 111; χῆνοι Sa. 51, 5; χήνων Balb. 391, 19; κῆν᾽ Sa. 13, 1.

χήνοθεν Alc. 86.

χὴ — att. ἐχεῖ Sa. 51, 1; AO IL, 155, 17.

τρῆς — att. τρεῖς Hérod. II, 416, 9.

[Πραχ]ληΐδαν OH, Il, 147, 15, s’il vient de - %ercc - (Schulze QE p. 31 n. 6), ce qui n’est nullement certain,

puis les nombreux infinitifs en - ἣν : χόπτην IGMA 1, 19, etc.

ὠνίαυτος — ὁ ἐνίαυτος IGMA 1, 12,

et les génitifs en -w, comme τεχναμένω IGMA 6, το.

Deux explications bien différentes pourraient rendre compte de cet état de choses : ou bien les Eoliens, en allongeant dans les contractions leurs ε et leurs o, les prononcèrent plus ouverts et les confondirent dès l’abord avec ln et l’w primitifs, — ou bien, chez eux, les ὃ et les 6 récents furent au début aussi fermés que les ε et les o dont ils étaient sortis, et prirent seulement dans la suite le même son que les et les w anciens. Encore que la première paraisse la moins propre à rallier les suffrages, le dialecte éolien à lui seul ne permet pas de fixer définitivement son choix.

Mais le cyrénien nous offre un cas analogue à celui de l’éolien, et qui ne laisse place à aucun doute d'interprétation. En Cyrénaïque en effet les ὃ et 165 6 récents s'écrivirent de tous temps ἡ: ὦ : exemples du 11’ siècle : Καλλίππω, Φιλοχώμω, SGDI4833; ᾿Αριστοδώλω, Φιλόξηνος. Efvioc 4834 ; — de l’époque romaine : IIrokuaiw, Ξούθω, Καλλιδώλα. Aauoχλήτα, Εὐρυχλήτα SGDI 4847; — de l'époque impériale : τῷ Σεδαστῷ 4844; Φλαδίω, Πομπωνιαχῶ 4849, etc. Nous lisons

1. Avec un Et hellénistique : χεῖνοι Sa, 12, 2; χεῖνον An. 53, 1; χεῖνο Th. 28, 24. ;

ἀμ ον ΖΕ PRE ni RUE PR NL re RC CT SE RP το,

UBY. 4

même sur l’inscr. 4859, qui date de l’an 220 av. J. Ch. environ : Φιλοξένωυ, ΚΚαλλίππωυ, ᾿Αλεξιμάχων, à côté de Κλεάρχω. Βάττω. Cet wv est un curieux essai tenté pour concilier la prononciation cyrénienne avec l'orthographe hellénistique.

Or Cyrène fut fondée en l'an 620 par des colons de Théra (Blass, Sammil. XIE, 11, p. 194). Néanmoins, dans la métropole, les ὃ et les 6 récents devinrent &, ov, p.ex. dans [πο]λέμου SGDI 4694, 5 ; μουσικῶν 4609, 10 ; παραχαλείτω 4695, 7, S'opposant à l’a et à l’w primitifs de Θηραῖοι 4694, 3; ᾿Απόλλωνος 4695, 20. Si, au 111 siècle, à Théra les ὃ et les 6 récents se distinguaient encore nettement des ὃ et des ὁ primitifs, il s'ensuit qu'ils en différaient déjà par le timbre au vie siècle, quand les colons émigrèrent en Cyrénaïque. Donc les Grecs de ce dernier pays possédèrent d’abord deux sortes d'éê et deux sortes d'6 que plus tard ils confondirent.

Par analogie on peut conclure que pareil changement phonétique eut lieu en Eolie. En conséquence l'A de χῆνος et l’w de τεχναμένω remontent sans doute à un ὃ et à un 6 plus ou moins fermés, et en tous cas autres que [ὃ et "ὁ primitifs.

La réunion définitive des deux ὃ et des deux 6 s’effectua encore, non seulement en thessalien, en béotien et en arcadien, mais aussi en éléen et en cyrénien.

Si nous faisons abstraction du changement éléen de ls en ἃ, les Grecs de l’Arcadie et de l’Elide, tout comme les Eoliens, ouvrirent les antiques ὃ et 6 fermés. Ex. arcadiens : Μαντινῆς, nom. pl. de Μαντινεύς, SGDI 1187 α, 34; 1189, 3; Κληνίππα 1219, 1; — Διονυσίω, gén., 1203, 13; βωλᾶς OH, I, 24, 10, etc. — Ex. éléens : Δαμοχράτηρ SGDI 1172, 4 ; infin. ὑπάρχην = att. ὑπάρχειν 1b. 18. — ἐστεφανωμένορ — att. ἐστεφανωμένος 1172, 6 ; πολέμω, gén., 10. 23. La graphie 1, ὦ pour les att. εἰ, ov, resta, jusqu'à l'époque impériale, une caractéristique du langage des Eléens (v. Fr. Blass, Sammlung 1, p. 336).

Mais, en béotien, l’éê ouvert descendit vers l’ê fermé,

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landis que Ὁ fermé remontait vers l'6 ouvert : εἶμεν — alt. εἶναι SGDI 380, 5; μεινός — att. μηνός 389, 1, — Δαφναφορίω — alt. Δαφνηφορίου 376; Τόλμων 379, 6.

Et le thessalien ne nous montre plus que des sons fermés : ἔχειν SGDI 3926, 4; Πολυχλείτειος 326, τ; 345, 82; Νιχασιαίου 326, 5: Τενναίου OH, 11, 63, 5, où εἰ et ov désignent des ὃ et des 6 récents; et d'autre part Εἰράχλειτον SGDI 1286, 2, 3, φιλάνθρουπα 345, 16, dans lesquels & et ov sont des substituts d’ê et αἰ ὁ primitifs.

Chez les Athéniens et les Ioniens, au contraire, les voyelles de chaque groupe demeurèrent distinctes l'une de l’autre, jusqu'à ce qu’enfin, après une longue évolution parallèle et indépendante, ὃ ouvert et ὃ fermé se rejoignissent tardivement dans une même prononciation f.

A l'exception des Cyréniens et des Eléens, les Doriens, eux aussi, respectèrent la distinction originelle, et ils adoptèrent, les uns tôt, les autres tard, la notation ionienne εν et οὐ pour les voyelles fermées. Exemples laconiens : τοῦ Θεοχρίτου SGDI 4430, 2 ; Φιλόμουσος 4452, 13, et surtout [σφ]αιρεῖς 4458, 2, plur. du mot laconien σφαιρεύς (cf. Meister, Sammil. III, 2, 35). Sur la question des deux ὃ et des deux 6 en dorien, v. ἃ. Meyer, Gr. Gr.° p. 126, Ahrens, Dial. If, 403-422, Boisacq, Dial. Dor., p. 55 suiv., Johansson, Derivatis p.27, Barth, Coorum dial. p. 65 suiv.

En somme, lorsque prirent naissance les ὃ et les ὦ récents, tous les dialectes les prononcèrent fermés, et, à cette période de son histoire, léolien ne diflérait de l'ionien-attique que par le traitement de l’a long primitif. Plus tard parurent les discordances dialectales : ici l’antique distinction se maïintint, là elle s'effaça complètement. Ce dernier phénomène ne se produisit pas seulement dans

les dialectes dits éoliens, mais aussi en éléen et en cyré-

nien, qui tous deux appartienneut au groupe dorien. Bien plus, en éolien, en béotien et en thessalien, il aboutit à trois résultats aussi peu semblables que possible, et par conséquent, selon toute apparence, son processus y fut également différent.

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