‹ Étude sur le dialecte éolienChapitre 9 sur 107 · PRONONCIATION DE L'U · texte numérisé non relu

PRONONCIATION DE L'U

L'v sonna u (ou) à l'origine; et, aux temps d'Homère, il n'avait peut-être pas encore subi de changement (Henry, Précis’, p. 28). Par la suite, il prit en ionien et en attique le timbre à. En fut-il de même en éolien”? La question est controversée. M. Brugmann (Gr. Gr°. p. 25) estime vraisemblable la persistance de la prononciation τὶ (ou) jusqu'à l'époque historique, et, à l'appui de ses dires, il allègue comme preuves ὑμοίως —att. ὁμοίως, et ματροίαν — att. μητρυιάν. L'inscription IGMA 257, où se lit ματροίαν, datant de l'époque romaine, les Eoliens sont donc restés très longtemps, selon la doctrine de M. Brugmann, fidèles à l'antique façon d’articuler lv. MM. Brand (Aeol. p. 24) et Hoffmann (Gr. Dial. II, p. 398) admettent, eux aussi, que lu éolien a conservé la valeur τὸ (ou) jusqu'à une époque tardive.

En réalité cette opinion se fonde sur des arguments peu solides. 1°) Celui qui est tiré de ματροίαν est dénué de valeur, car sur la même inscription IGMA 257, ἔα latin est rendu par ov: ᾿Ιούλιος L. 1, 3, ᾿Ιουλίαν 4. Quant au terme de ματροία « belle-mère, marûtre », il vient de “ματρωία. dont l'o s’est abrégé comme celui de ᾿Ηρωίδας (v. ἃ. préc.). Il a sans

ss 24 —

doute remplacé un plus ancien *uärovix, sous l'influence des adjectifs ματρώϊος, πατρώϊος (— att. μητρῷος, πατρῷος): du reste, le beau-père,le parâtre, s'appelait en grec tardif πατρωός, mot apparemment issu de *ratpwôc.

2°) Le changement de o en v, tel qu'il a eu lieu par exemple dans ὑμοίως — att. ὁμοίως, prouve que dans des temps reculés, lv en éolien se prononçait u (ou); mais du jour où cet o s’est transformé en véritable v, il a partagé la destinée des v primitifs.

3) Parmi les mots qui ont subi cette loi phonétique, on place communément Ὑ δύσσευς — ion. ᾿Οδυσσεύς, qui aurait été cité par Quintilien I, 4, 16. Comme, suivant l'interprétation donnée au texte du célèbre rhéteur, ὦ du latin

Ulixes reproduit exactement la voyelle initiale α᾿ Ὑδύσσευς.

il en résulte que lv éolien a très longtemps gardé l’ancienne prononciation. L’argument, certes, ne manque pas de force. Malheureusement Ὑ δύσσευς ne repose que sur une conjecture, qui porte à faux. Quintilien dit: « Quid stlo-

- cum stlitesque ? — Quid D litterae cum T quaedam cogna-

tio? Quare minus mirum si in vetustis operibus urbis nostrae et celebribus templis legantur Alexanter et Cassantra.— Quid O atque U permutatae invicem, ut Hecoba et notrix, Culcidis et Pulixena scriberentur, ac, ne in Graecis id tantum notetur, dideront ac probaveront? Sic ᾿Οδυσσεύς, quem Οὐδυσσέα (sic) fecerant Aeoles, ad Ulixem deductus est.— Quid”? non E quoque I loco fuit? Menerva et leber et magester et Diiove victore non Diiovi ? »

Dans cette énumération de particularités phonétiques latines, on remarquera que chaque nouveau développement commence par le mot quid. Or, la phrase qui introduit Οὐδυσσέα, débute par sic; elle ne fait donc qu'ajouter un exemple de changement latin de ὁ en τι. Par conséquent la seule correction que réclame le texte est 'Ohvocéa".

Si la conservation éolienne de lu primitif ne peut se

1. M. Kretschmer ( Vaseninschr. p.147, note) nous montre des traces d’un Olixes latin, par exemple Olyxis CIL, VI, 1982.

démontrer, deux faits au contraire semblent indiquer que sa palalalisation en à était effectuée au rvt siècle avant J: C:

1°) Lorsque, des le début de ce siècle au plus tard, les Eoliens adoptèrent pour leur usage l'alphabet des Ioniens, ils n'éprouvèrent pas le besoin de substituer οὐ à v, bien que lv sonnât à dans la langue ionienne de cette époque.

2°) Il était de tradition parmi les grammairiens anciens de lire lv éolien comme l'v attique, puisque jamais ils n'ont parlé d’une prononciation différente ; et pourtant ils étaient fort bien renseignés sur l’accentuation particulière du dialecte.

Cette constatation faite, portons nos regards sur les autres idiomes de la Grèce.

Tonien. — Dans la ville de Chalcis, à l’époque de ses plus anciens documents épigraphiques, ἢν représentait sans doute encore le son uw (Kretschmer, Vaseninschr. p. 68), mais les Ioniens d'Asie lui attribuaient déjà au ve siècle la valeur à (Blass, Ausspr”*. p. 41). Les objections qu'a soulevées M. Hoffmann (Gr. Dial. II, p. 286) contre cette doctrine, ont été victorieusement réfutées par M. Solmsen (11 x1 Anz. 1 suiv.).

Atiique. — Le passage de u à à était certainement accompli au temps des inscriptions les plus archaïques. Voir Meisterhans Gr°. p. 22.

Béotien. — Il est de itoute notoriété que la prononciatation u (ou) s’y est toujours conservée. Exemp. σούνδιχυ — att. σύνδυιοι BCH, 1899, p. 94, n° 4, L a.

Thessalien. — On n’a aucune preuve de la conservation du son τὰ (ou). Au contraire, puisque les Thessaliens recoururent à la graphie ov pour exprimer le son issu de ὦ, tandis qu'ils notaient toujours avec v lv long primitif (p. ex. προθυμία SGDI 326, 2), il est vraisemblable que l'u

1, Quand Priscien (1, 36) prétend que les Eoliens écrivaient θουγάτηρ, il commet une confusion manifeste,

Fr QUE s'était transformé chez eux en à à l’époque historique. Arcado-cypriote. — La persistance de lu dans ces

dialectes est indémontrable. Les changements de o en v ne prouvent pas plus pour eux que pour l’éolien. La graphie εὐκερητάσατυ (cypr. SGDI 60, 4) exprime la prononciation de la semi-voyelle v dans la diphtongue εὖ et rien de plus. Les gloses cypriotes comme μοχοῖ — *uvyot (Hoffmann, Gr. Dial. 1, 166) nous apprennent qu’un temps fut où le cypriote gardait encore l’ancien u.

Dorien. — La conservation du son x n’est prouvée que pour le laconien (Boisacq. Dial. Dor. p. 80 et suivantes, G. Meyer. Gr, αν." p. 150; cf. aussi Blass, Ausspr.”,

Ainsi donc, sur le premier point où les dialectes grecs ont plus ou moins différé l’un de l’autre, le béotien et l’éolien d'Asie apparaissent en désaccord frappant.

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