CHAPITRE V
Autres modifications des consonnes.
LE DIGAMMA
«Le digamma, dit M. Fick (Odyssee p. 11), paraît avoir manqué au rameau linguistique ionien déjà avant l’'émigration des Ioniens en Asie Mineure ». Ce savant en conclut que les digammas dont l'épopée homérique foisonnait primitivement, sont tous éoliens d'origine.
En réalité aucun Ε remplissant sa véritable fonction ne s'est encore rencontré sur les inscriptions, même les plus anciennes, de l'Ionie ou de l'Attique. Cependant M. 5. Lévi (Quid de Graecis p. 62) nous apprend que « Graecorum nomen Yavana Indi a Persis acceperunt ». Transerit en grec, ce nom devient ’Iérwv', Or les Perses, par qui il est parvenu jusque dans l'Inde, n'ont pu le tenir que des loniens d’Asie, avec qui ils furent de bonne heure en relations. Il est donc de toute évidence que, durant un certain laps de temps après leur établissement en Asie Mineure, les Ioniens se donnèrent le nom de ’Iaroves *, ou plutôt de Zäwones. Et comme c'est entre voyelles que le r tomba le plus tôt (Solmsen, 11 XI Anz. p. 81), à plus forte raison le digamma initial, le seul dont l'existence
+. cReddito obsoleto digamma legitur ‘I4FOy-, quae forma cum Yavano mire congruere videtur, » 5. Lévi, L. €., Ρ. 5.
2. De l'homérique ᾿Τάονες. les anciens ne faisaient pas un éolisme, mais un béotisme : "Iwyec "Βοιωτιχῶς διεῖλεν εἰς τὸ ᾿Ιάονες (Sch. V. N 685).
-- 168 ἘΞ soit certaine dans la langue homérique, se conserva-t-il assez longtemps en ionien asiatique,
D'autre part, la forme ionienne arvro = αὐτοῦ (inser. de Naxos OH, IT, 33), les attiques arvrap == αὐτάρ (CIA IV p. 189 n°475), Narv….. (Kretschmer, Vaseninschr. p. 35) montrent qu'au temps de ces inscriptions — apparemment le vu siècle τας, le r était encore une lettre et non pas seulement un chiffre (cf. van Leeuwen, Ænchiridium p. 150).
Entre ces deux époques, l'une, ancienne mais postérieure à l'émigration ionienne, où le digamma gardait encore toute sa valeur, l'autre, plus récente, où le r n'était pas encore relégué au rang de chiffre, se place la composition des épopées homériques. Alors donc le son # était sans doute en voie de disparaître, mais devait subsister au moins partiellement, Or, dans le dialecte d'Homère, le digamma est déjà à demi-mort (A. Ludwich, Homeroulgata p.185); en conséquence, on peut le regarder comme uniquement ionien.
Ce n'est pas ici le lieu de traiter en détail la délicate question de la conservation du digamma en éolien. Il est certain toutefois qu'il n'apparaît nulle part sur les inscriptions, cf. Μαλοείσιος de ἜΜαλονεντιος OH, 11, 164 f (du vi: siècle environ), οἰχήσοισι IGMA 6, 29, εἴπη 526 a 21 (1v* siècle). Quoi qu'en ait dit M. Hoffmann (Gr. Dial. I] p. 455 suiv..), seuls τέ roi réÿey πός et l'initiale Ἐρ- sont transmis avec certitude dans les textes de Sappho et d'Alcée: partout ailleurs l'existence du Fr est pour le moins problématique '; de sorte qu'au vu: siècle, le son # était plus qu'à demimort (cf. Clemm, Curtius Studien IX p. 499 suiv.: G. Meyer, Gr. αν. ἢ p. 311). Donc, relativement à la conservation du digamma, l’éolien ne différa pas beaucoup de l'ionien.
Le thessalien, au contraïe, possédait encore ce son au γ᾽ siècle : Εασανδρίδ[αια] OH, IL, το, 10, inscription gravée en caractères ioniens.
1, Cf. par exemple τὸ δ᾽ ἔργον Alc. 14, μ᾽ ἴδρως Sa. 5, 13.
, # prit hide DR. dun bébé de 208
En béolien, il vécut jusque dans les temps les plus
récents, v. Meister, Griech. Dial. Xp. 253.
Il se rencontre encore sur les inscriptions arcadiennes
De où l'alphabet ionien est en usage: raévrox OH, 1, 24,5,
᾿ς Fuariau SGDI 1203, 18, Favaxioias ἐδ. 1. το, Εἰχαδίω ἐν. L 8. | C'est en eypriote que le r s'est le mieux maintenu ἢ on
l'y voit même à l'intérieur des mots après une voyelle
longue ou une diphtongue : Ζώνης OH, 1, 190, 191, 192,
aire SGDI 60, 31, 'Ayarés OH, 1, 190, etc.
CE
La vocalisation du digamma devant une consonne, quand il était précédé d'une voyelle de timbre ἃ e 0, fut phonétiquement régulière en grec (Brugmann Gr. Gr Ρ. 39); mais le plus souvent il disparut pour des raisons analogiques, comme par exemple dans l'éolien ἀνάρρησιν IGMA 500, 11. Il apparaît vocalisé dans les éoliens: εὐράγη Hérod. 11, 640, 4, AO IT, 235, 1, αὔρηχτος Hérod. IT, 272, 143 11, Gox, 25; II, 640, 4; AO III, 237, 1, etc., et dans le nom propre épigraphique Edgvo{xo|y IGMA 596 d 15, Eÿp[vodéjw ib. b 22, — Le cypriote présente des formes plus compliquées : d'abord εὐκρητάσατυ SGDI, Go, 4, où sont notées à la fois la prononciation vraie (εὐρητάcaxu) et l'étymologie (rp#rz tb. 1. 28, 29) ; puis érpnrécarv ib. 1. 14: ici, ou bien l'orthographe est étymologique, ou elle résulte des habitudes hésitantes de l'écriture, ef. ὁξ γὰρ = οὐ γάρ OH, I, 144, 3, xeveurov — xeveréy (ion. χενεός) SGDI 20, 2. — De semblables vocalisations se retrouvent non seulement dans le dialecte homérique : ταλαύρινος χαλαῦ- ροῷ ἀπούρας ἀπηύρα. mais aussi dans le grec commun : αὖρα de *ä-rp-a (ef. ἀήρ), γαῦρος de *yar-pos (cf. yaiw de *yxr-yo), . παῦρος de *rar-pos (cf. πάϊς de *rar-1-),
Nulle part le digamma ne se vocalise devant une voyelle. Les éoliens εὔιδε αὐάτα αὔηρ ete. imitent εὔαδον de
| oradov!. — Dans les thessaliens ‘Eguaiouv SGDI 15300,