‹ Étude sur le dialecte éolienChapitre 89 sur 107 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les désinences,

-ντον. -cÜov, -μεῦεν.

La 3° personne du pluriel de l'impératif a pour désinence en éolien -ντὸν à l'actif du présent thématique : στείχοντον IGMA 6, 6, φέροντον 6, 33, [φυλάσσ]οντον 6, 23 et du présent athématique χατάγρεντον 6, 15, χάλεντον 529, 14, comme aussi à l’aoriste passif: é[ryeÀ h)evcov 5 b 50. Parallèlement la désinence de cette mème personne fut -σῦον au médiopassif: ἐπιμέλεσθον 6, 23.

-ντον ne fut pas la propriété exclusive des Eoliens : on a découvert en Pamphylie ôuécaroy SGDI 1269, 3, et à Rhodes παραχαλεῦντον SGDI 3551, 13, ὁμόσαντον 4259, 3, à côté de ἀποστελλόντων 3749, 16, et de συναγωνιζέσθων, rapaδιδόσθω, 3749, 54, 57, etc. Il apparait done comme une désinence archaïque; mais -σθον. purement éolien, fut récemment créé d'après l'actif.

On a proposé diverses explications de ce -70 assez énigmatique. M. Prellwitz (De dial. Thess. 56 Rem.) suppose que φέροντον n'est que le duel φέρετον pluralisé, Mais à l'époque très ancienne où naquit φέροντον, le duel était encore très vivant, avec un sens et un emploi très déterminés ; il ne pouvait donc servir de pluriel, d'autant plus que « nous voyons le duel perdre constamment du terrain depuis les temps les plus reculés que nous puissions atteindre : loin de se développer aux dépens du pluriel, 1

s'atrophie et meurt comme un organe superflu, » (Bréal', Journal des Savants, août 189).

M. Thurneysen (AZ XX VIT, 155) est d'avis que φέροντον, comme l'impér. aoriste δεῖξον, se termine par une ancienne particule -om qui existerait dans le latin id-em et le sanscrit id-4m « cela ». Cette hypothèse repose sur des bases bien fragiles,

M. Brugmann (Gr. Gr. p. 33) s'en tient toujours à une transformation analogique d'aprés la proportion ἔγνω, ἐπέμφθη : ἔγνον, ἕπεμφθεν — φερέτω : *yeperov qui serait ensuite devenu φέροντον. Nous avouons ne pas voir les rapports étroits qui unissent l'aoriste indicatif ἔγνω avec l'impératif présent,

De son côté, M. Hoffmann (Gr. Dial. I p. 366) se demande si φέροντον n'est pas tout simplement sorti de φερόντῶν par abrègement de -wy final. Malheureusement ni l'éolien, ni le rhodien, ni le pamphylien πὸ fournissent d'exemple de cette altération phonétique.

Dans ses Vermischte Beiträge, p. 51. M. Wackernagel critique d'abord M. Hirt qui (ZF VII, 182) sépare φερόντων de φερέτω, et rattache -ντῶν {(-ντον) au sanscrit -πέάπι. désinence du moyen. Il affirme ensuite que φέροντον n'a été qu'une pluralisation de φερέτω. tout comme ἔστων, φερέτωσαν: de même φερέσθον est φερέσθω avec la marque du pluriel.

Cette explication séduisante semble la plus vraisem-

blable. Mais comment -ον at-il pu s'introduire dans l'impératif? Comment aussi les Grecs se sont-ils avisés de donner à φερόντων, ἔστων. φερέτωσαν les désinences du passé, quand l'indicatif et le subjonctif présents se terminaient par -ντι (va)? La cause déterminante fut la troisième personne plurielle d'injonctif φέρον ἡ. D'après elle. on pluralisa φερέτω en *yéperoy, qui, pour se pluraliser davantage, devint finalement φέροντον. C'est aussi grâce à elle que le »

Page 1