‹ Etude sur le grec du Nouveau TestamentChapitre 14 sur 101 · XXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVIII INTRODUCTION

Si nous tenons compte de son élément chrétien et de ses particularités, nous dirons qu'il est une variété du grec hébraïsant, qui n'est lui-même qu'une branche du grec postclassique.

B. Les hébraïsmes, surtout, trahissent une main étrangère dans le N. T., et rendent éclatante la couleur hébraïsante de sa langue. Ils se divisent en plusieurs classes :

19 Un grand nombre de mots sont hébraïques.

Les uns demeurent invariables et se transcrivent simplement : ἀδαδδών, 466%, xop6äv, Σαούλ, ταλιθὰ χοῦμι, etc. Les autres ont été fléchis et grécisés ; ἀρραδών, yéevva, xopôuväc, Knpäc, etc.

2 Le sens donné à un mot grec est hébraïque; Apoc., VI, 8: θάνατος, perle; Mal., VI, 34 : χαχία, peine, travail.

3° L'expression hébraïque peut se transporter littéralement dans le grec sans blesser la grammaire ni l'oreille: Mat., XI,11 : ἐν γεννητοῖς γυναιχῶν — ἐν ἀνθρώποις. — ÆEph., 11, 2 : of υἱοὶ τῆς ἀπειθίας, —= οἱ ἀπειθοῦντες.

4° La construction hébraïque trouve en grec une construction correspondante et de même sens ; mais l'emploi de cette dernière n'en est pas moins hébraïsant. Ainsi la conjugaison analytique ou périphrastique, formée de εἶναι et du participe.

5° L'expression hébraïque trouve en grec une expression correspondante ; mais elle lui imprime une nuance hébraïigante. L'emploi du futur pour exprimer l'ordre existe à la fois en hébreu et en grec. Mais à l'imitation de l'hébreu, le futur dans le N. T. renforce le commandement (Mat., I, 21 : καλέσεις), tandis qu'il l’atténue dans le grec ordinaire.

6° La construction hébraïque peut se traduire littéralement en grec sans violer matériellement 18, grammaire; mais la construction n’est pas grecque. Ainsi, la phrase de Luc, XXIV, 21 : τρίτην ταύτην ἡμέραν ἄγει ἀφ᾽ où πάντα ἐγένετο.

7° La construction hébraïque transportée dans le grec blesse les règles de la grammaire : Mar., XIV, 19 : ἤρξαντο... λέγειν εἷς χατὰ εἷς, l’un après l’autre. — Ap., XXI, 2 : ἀνὰ εἷς. ἔχαστος τῶν πυλώνων ἦν ἐξ ἑνὸς μαργαρίτου. — Mat., XV, 32 : σπλαγχνίζομαι ἐπὶ τὸν ὄγλον ὅτι [ἤδη] ἡμέραι τρεῖς προσμένουσίν μοι.

INTRODUCTION. XXXIX

Les constructions hébraïques et hébraïsantes du N. T. peuvent déroger plus ou moins aux règles ordinaires du grec; mais elles ne cessent pas d'être soumises à des règles; ces règles sont celles de la langue hébraïque combinées avec celles de la langue grecque. De là la syntaxe particulière de ces constructions, syntaxe parfois étonnante, en partie étrangère, mais précise et déterminée.

Lorsque la construction hébraïque trouvait en grec .une construction semblable, les auteurs du N. T. lui donnaient naturellement la préférence. Ainsi l'emploi de la conjugaison périphrastique avec εἶναι, du futur de commandement, du tour interrogatif pour affirmer ou nier plus fortement et plus vivement. L'influence hébraïque s'est donc fait sentir même sur les constructions classiques de leur nature et employées avec leur valeur propre. " |

C. Le grec post-classique, nous l'avons vu, tendait, même dans les œuvres des littérateurs, à devenir plus simple, plus clair et plus facile. Cette tendance est encore plus accentuée dans le grec hébraïsant du N. T., où, si l’on excepte la Lettre aux Hébreux et les Actes, le style périodique est rare (il n'existe peut-être pas dans les LXX). En effet, l'hébreu est une langue simple, rudimentaire même ; elle aime à énoncer chaque idée directement, séparément, sans liaison avec celle qui précède et avec celle qui suit. Ce caractère fondamental de l'hébreu devait se retrouver dans la langue judéo-grecque du N. T. De plus, les auteurs juifs du N. T. ne pouvaient être toujours entièrement maîtres d'une langue aussi différente de la leur; ils ne pouvaient en manicr tous les modes et toutes les constructions, surtout les idiotismes, avec une parfaite aisance et une pleine intelligence de leur valeur. Ils ont dû préférer les constructions les plus simples, les plus faciles pour eux, les plus employées autour d'eux, en abandonnant les constructions spéciales au grec, plus malaisées à employer; et, parmi

4. Il existe des ouvrages spéciaux pour l'étude des hébraïsmes du N. T. Voyez à la fin de l'introduction les ouvrages de Schilling et de Guillemard.

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