‹ Etude sur le grec du Nouveau TestamentChapitre 15 sur 101 · XL -INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL -INTRODUCTION

les constructions simples, ils ont dû s'approprier d'instinct celles qui se trouvaient analogues ou identiques à celles de leur propre langue. |

Ainsi l'influence de l'hébreu s'est unie à celle du grec parlé ou familier pour accroître, dans le N. T., la tendance du grec .post-classique à la simplicité, à la facilité, à la clarté’. En même temps, cette influence s'exerçait puissamment sur l'emploi des constructions grecques, en faisant adopter les unes par les auteurs du N. T., et rejeter les autres.

Avouons cependant que l'on ne peut trouver la langue du N. T. toujours claire et facile, si l’on ne possède au moins quelques éléments d'hébreu, et si l’on ne s'est rendu compte du caractère général et des

règles particulières de la langue judéo-grecque, ainsi que des particularités du grec du N. T.

Élément chrétien de la langue du Nouveau Testament.

XVII. — Le N. T., au point de vue de la langue, est plein de l'influence chrétienne. Elle se révèle d’une manière générale par la foule d'idées nouvelles que le grec de ce livre a dû exprimer et qui lui donnent une couleur propre, parfaitement distincte de sa couleur générale hébraïsante. Paul écrit aux Romains, XIT, 1-2 : παρακαλῶ οὖν ὑμᾶς, ἀδελφοί, di τῶν οἰχτιρμῶν τοῦ θεοῦ παραστῆσαι τὰ σώματα ὑμῶν θυσίαν ζῶσαν ἁγίαν τῷ θεῷ εὐάρεστον, τὴν λογικὴν λατρείαν ὑμῶν᾽ χαὶ un συνσχηματίζεσθε τῷ αἰῶνι τούτῳ, ἀλλὰ μεταμορφοῦσθε τῇ ἀναχαινώσει τοῦ νοός, εἰς τὸ δοχιμάζειν ὑμᾶς τί τὸ θέλημα τοῦ θεοῦ, τὸ ἀγαθὸν καὶ εὐάρεστον χαὶ τέλειον. Rien dans ce passage pe choque la grammaire grecque; cependant le ton de la pensée et la couleur générale de la phrase ne sont pas grecs ni même hébraïsants ; ils sont chrétiens. Voy. encore R., XIV, 7-9; Eph., 1, 3-11.

Les idées chrétiennes n'ont pas exercé seulement une influence générale sur la langue du N. T., mais encore une influence particulière qui affecte le lexique et la syntaxe.

Des mots, d'ailleurs grecs, ont reçu des sens nouveaux;

1. Cf. W. Η. Sucox, The language of the New Testament, introduction, p. 16 seqq. ἊΣ

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ainsi πίστις, χάρις, εὐαγγέλιον, et beaucoup d’autres, qui fourniraient la matière d'une étude intéressante, très utile pour l'exégèse philologique du Ν. Τ.

Des mots nouveaux ont été créés pour rendre des idées nouvelles : αἱματεχχυσία, ἀλλοτριεπίσχοπος, βάπτισμα, etc.

Des constructions nouvelles sont dues aux rapports nouveaux établis par les auteurs du N. T. entre un mot et ses compléments. Ainsi Mat., XX VIII, 19 : βαπτίζοντες αὐτοὺς εἰς τὸ ôvoux τοῦ πατρὸς χτλ., les baptisant en leur faisant faire un acle de foi à l'existence, etc. — Eph., VI, 10 : τοῦ λοιποῦ ἐνδυναμοῦσθε ἐν χυρίῳ καὶ ἐν τῷ χράτει τῆς ἰσχύος αὐτοῦ. La préposition ἐν a non seulement le sens hébraïque de par, mais encore le sens chrétien de dans l'union avec, qui vient se superposer au sens hébraïque de la particule. — J., 1, 23 : πολλοὶ ἐπίστευσαν εἰς τὸ ὄνομα αὐτοῦ.

L'idée peut être à la fois juive et chrétienne ; elle se rencontre d’abord dans les LXX et se retrouve ensuite dans le N. T. ; ainsi ἀγάπη, ἁγιωσύνη, μωρός, impie (Mat., V, 22 et LXX, Ps., XIII, 1}, ἵνα et ὅπως avec le sens de de sorte que, dans le style prophétique.

Les termes qui expriment des idées judéo-chrétiennes ou chrétiennes, et bon nombre de constructions propres aux LXX et au N. T. sont passés ensuite des LXX et du Ν. T. dans le grec ecclésiastique. |

L'influence chrétienne s'est exercée sur la langue du N.T. d’une manière profonde, mais peu variée. |

Les particularités qui en résultent devraient prendre le nom de chrislianismes, de même que celles qui proviennent de l'influence hébraïque ont pris le nom d’hébraismes ; mais aucun savant jusqu'ici ne leur a donné leur nom.

Caractère psychologique de la Syntaxe du Nouveau Testament.

XVIIE — L'homme instruit, lettré, connaît les règles de la langue littéraire, pour les avoir apprises par les leçons de ses

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maîtres, par la lecture des bons auteurs, ou dans les traités des grammairiens. Cette syntaxe acquise et artificielle règne sur son esprit; bien loin de choisir les règles de son langage ou de les créer, il les reçoit toutes faites et obligatoires; il a pris l'habitude de penser, de parler, d'écrire avec correction, en s’y conformant. Il suit la syntaxe littéraire et savante.

Mais l'homme sans instruction, ou d’une instruction médiocre, écrit en suivant, d'un côté, les règles naturelles du langage, et de l’autre, les habitudes de langage acquises par lui de ceux qu'il a fréquentés. Sa pensée revêt-elle une forme incorrecte ou peu ordinaire, rien en lui ne peut l'en avertir et l'inviter à obéir aux lois d'une syntaxe qu’il ignore. En même temps, son esprit reste ouvert, sans défense, à toutes les influences du dedans et du dehors capables d'agir sur la forme de sa pensée. Cette pensée n’est pas soumise, comme celle de l'homme instruit, à des règles apprises et absolues ; chez lui la pensée crée sa forme et par suite sa syntaxe. C'est la syntaxe psychologique, composée d’un élément naturel, d'un élément acquis par l'usage, et, s’il y a lieu, d'un élément accidentel, qui sera l’influence du moment.

Les deux syntaxes ne diffèrent pas essentiellement et sont unies par des rapports très étroits. La syntaxe savante adopte et confirme les règles naturelles et ordinaires du langage. Elle adopte aussi beaucoup de façons de parler que lui impose à la longue le langage familier et qui prennent rang dans la langue littéraire. Par contre, elle agit perpétuellement sur la langue familière par la conversation des hommes instruits et lettrés, et par les livres bien écrits dont la lecture est plus ou moins répandue.

La syntaxe du N. T., considérée en général, est une syntaxe psychologique produite par un ensemble de causes que nous révèle la nature même de la langue de ce livre :

Le fond de cette langue est le langage familier ou parlé, représenté par les constructions ordinaires, simples et faciles, d’ailleurs correctes, de la langue grecque classique ; et par les constructions ordinaires, simples et faciles, qui peuvent être

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propres au grec post-classique. Il s’y rencontre, en même temps, des tours et des constructions qui paraissent appartenir spécialement, les uns à la langue littéraire, les autres au langage populaire. La langue porte une couleur hébraïque très marquée, et est chargée d’hébraïsmes. Elle offre une couleur chrétienne très accentuée, avec des particularités dues aux idées nouvelles du christianisme. Ajoutons quelques traces de latinismes. Les auteurs du N.T. ne contraignent pas leur pensée à revêtir une forme de préférence à une autre. Nulle part n'apparaît chez eux la préoccupation de choisir les mots et les tours de leurs phrases. Enfin, certaines constructions leur sont particulières. |

La syntaxe du N. T. est donc née des influences les plus diverses : influence du grec parlé soumis aux lois ordinaires de la syntaxe grecque; influence du grec post-classique’ influence de la langue littéraire ; influence de la langue popnlaire ; influence de l’'hébreu et du grec hébraïsant; influence du christianisme ; enfin, influence du tempérament intellectuel -de chacun des écrivains du N.T., et de leur manière personnelle d'envisager les choses et de concevoir la pensée.

Voici quelques exemples de la syntaxe psychologique du N. T. Le rapport établi entre la proposition principale et la proposition secondaire ne dépend ni du verbe de la première, ni de la manière habituelle dont ce rapport est exprimé dans la syntaxe ordinaire; il ne dépend que de la manière particulière dont l'écrivain l’imagine. Ainsi, les écrivains du N.T.ont établi, comme on le verra, un rapport de causalité où nous aurions attendu un rapport de finalité; d’autres fois, un rapport de finalité où nous aurions attendu un rapport de causalité, ou un autre rapport tout différent de celui de finalité. Les verbes evistimandi ont été assimilés aux verbes declarandi et construits de même, etc. L’Apocalypse tout entière est un exemple de syntaxe psychologique, avec ses constructions qui flottent autour de la pensée générale dont elles suivent tous les changements, même les plus capricieux.{Voy. la construction du participe au nominatif indépendant.)

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Cette syntaxe psychologique produit une autre conséquence. Les auteurs du N.T. ne se préoccupent pas de contraindre leurs pensées aux formes et aux constructions habituelles et traditionnelles de la phrase grecque. Cette indépendance leur permet de conserver, en écrivant, lalibre allure de leur pensée, la mobilité de leur imagination, la vivacité de leur impression, par suite, de nous révéler leur originalité individuelle par leur langue et leur style. De là, le caractère personnel si accusé chez chacun d’eux, malgré l’uniformité et la monotonie de la phrase, malgré l'identité ou la similitude des événements et des discours qu'ils nous rapportent. La matière du récit est à peu près la même dans Maithieu et dans Marc ; le lexique et la syntaxe ne présentent pas de différences notables, quoique le grec du premier soit meilleur que celui du second ; mais le ton noble, soutenu, monotone de Matthieu contraste vivement avec le style vif, coloré, pittoresque de Marc!.

Ce que nous avons dit des causes qui ont produit la syntaxe psychologique du N.T. s'applique, du moins en partie, à la composition du lexique, en comprenant, par ce dernier mot, les mots et les formes des mots.

Au point de vue des mots et de leurs formes, le fond de la langue du Ν. T.se compose des mots et des formes classiques, communs au langage parlé et au langage littéraire. Dans le nombre, il en existe sans doute qui sont spécialement littéraires. Mais nous y trouvons certainement des mots et surtout des formes du langage populaire. Puis, viennent les mots et formes provenant de dialectes disparus ou achevant de disparaître; les mots et formes ayant un caractère local, et dits alexandrins; les mots et formes propres au grec post-classique; les mots et formes fournis par l'hébreu ou par la langue judéo-grecque; les mots et formes dus à l'influence du latin; enfin, les mots et formes propres au N. T. On ne voit pas que les écrivains du N. T. se soient préoccupés de choisir les mots ou les formes des mots.

1. Autant il serait utile et intéressant d'étudier le style toujours original et très personoel de chacun des écrivains du N. T.; autant une grammaire particulière de chacun d'eux donnerait peu de résultats.

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Telles sout les sources si différentes d’où sont sortis les mots et les formes des mots du grec du N.T.; ces éléments hétérogènes se sont fondus de manière à produire l'unité du lexique et de la morphologie dans le grec de ce livre.

Par l'analyse, nous séparons les causes οἱ nous démélon: les influences génératrices de la langue du N. T. En réalité, ces influences se sont exercées toutes à la fois sur les auteurs de ce livre. Quoique très diverses et parfois même contraire:, elles ont produit une languc une et uniforme, si on la con:sidère dans son ensemble. Cette langue (écrite) n’est pas appris, imitée, artificielle, mais plutôt spontanée, née de la pensée ellemême ; elle doit être regardée, ainsi que le dit excellemment! Winer, comme un organisme vivant, οἱ comme portant l'enpreinte immédiate de la pensée de l'écrivain.

Objet de la Grammaire du Nouveau Testament ; objet de notre travail.

XIX. — Quoique le N. T. ne soit qu'un recucil d'opuscules différents, écrits à de certains intervalles et dans des par: très différents ; quoique ses auteurs diffèrent les uns de: autres par le talent, le caractère et la culture intellectuelle ; quoique les influences les plus différentes aient exercé sur eux leur action ; quoique des éléments très différents aient concouru à former la langue de ce livre ; cette langue, on l'a vu, n’en est pas moins une et uniforme dans son lexique et dans -8 syntaxe. On dit bien la langue de Paul, de Jean, etc.; mais on indique unc différence dans le style et dans la manière de penser, et non une différence essentielle ni même notable dans le: mots ou dans la syntaxe.

D'un autre côté, le grec du N. T. n'est, il est vrai, qu'une variété du grec hébraïsant, mais cette variété est parfaitemeul déterminée et enfermée dans des limites précises.

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On peut donc écrire une grammaire particulière du N. T., de même que l'on pourrait écrire une grammaire particulière des LXX, indépendamment d’une grammaire générale du grec post-classique.

Quel est l’objet de la grammaire du N. T.? C'est de rechercher les lois qui régissent les mots, les formes des mots et les constructions du grec de ce livre, et d'exposer les règles suivant lesquelles les auteurs juifs du N. T. ont écrit la langue que l'on parlait à leur époque, principalement parmi les Juifs hellénisants. La connaissance de ces lois et de ces règles montrera d’une manière précise, sous une forme concrète, ce que le grec du N. T. a de commun avec le grec classique et avec le grec post-classique ; quels apports lui ont été faits par l'hébreu et le grec hébraïsant ; enfin ce qui lui est particulier. Dès lors, on pourra connaître avec exactitude quels sont les caractères propres et distinctifs qui lui réservent une place spéciale dans le grec post-classique. Ainsi comprise, la grammaire du N. T. devient une contribution à la grammaire générale du grec hébraïsant, et par là même à la grammaire générale du grec post-classique tout entier.

Tel est le point de vue purëment philologique où nous nous sommes placé pour entreprendre notre travail, en écartant rigoureusement toute autre considération. Nous nous sommes même gardé d’instituer aucune discussion de tel ou tel passage, soit avec les grammairiens, soit avec les commentateurs du N. T. Des discussions de cette nature ne trouvaient pas leur place dans notre œuvfe. Quand nous différions d'opinion, nous nous sommes contenté de citer le passage ou d'y renvoyer. De là, dans notre travail, une foule d'exemples et de références, qui paraîtront insignifiants ou fastidieux.

Il était impossible de donner ici la grammaire complète du N. T. Nous avons choisi pour sujet de notre travail la syntaxe du verbe, étudiée dans la construction des propositions.

Pour certaines propositions indépendantes, telles que les propositions affirmatives et interrogatives, nous n'avons recueilli qu’une partie seu- : lement des exemples du N. T. Mais, pour d’autres propositions indépen-

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dantes, telles que les propositions au mode irréel et au mode potenticl, et pour foules les propositions dépendantes (sauf pour quelques catégories de propositions relatives, d’infinitifs et de participes) nous avons examiné {ous les passages du N. T.

Motifs de récrire la Grammaire du Nouveau Testament.

XX. — Était-il nécessaire, ou du moins utile, d'écrire une nouvelle grammaire du N. T.? Nous le croyons.

On a fait récemment une critique générale, sévère à l'excès, des travaux publiés jusqu'ici sur le grec du N.T. « Il existe une différence remarquable entre la somme d'attention consacrée à la langue (hébraïque) de l’A. T. et celle que l’on a consacrée à la langue du N.T.A la première, des savants de talent, de génie même, ont dévoué leur vie; les moyens de l’étudier sont considérables; nous avons des dictionnaires sûrs et des concordances fidèles; il existe des commentaires où la question du sens des mots est traitée séparément de celle de leur valeur théologique; les grammaires sont si nombreuses que le commençant ne sait laquelle choisir. Dans notre Université, etc.

« En revanche, la langue du N. T. n’a pas encore attiré d'une manière spéciale l'attention d'un savant considérable. Il n'existe pour elle ni bon lexique, ni commentaire philologique, ni bonne grammaire. Dans notre Université, etc.

« La raison pour laquelle on néglige une étude qui devrait servir d'introduction et de base à toutes les autres parties de l'enseignement théologique me semble’être surtout ce préjugé tenace : que la langue du N. T. est identique à la langue parlée à Athènes au temps de Périclès et de Platon, et conservée dans les grands monuments de la littérature grecque classique. Dans presque tous les lexiques, grammaires et commentaires, les mots et les idiotismes du N. T. sont expliqués, sinon exclusivement, du moins principalement par la comparaison avec les mots et les idiotismes des historiens et des philosophes attiques...…

« On ne peut nier que les ressemblances entre le grec attique

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