‹ Etude sur le grec du Nouveau TestamentChapitre 16 sur 101 · XLVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVIII INTRODUCTION

et celui du Ν. 1. ne soient très grandes οἱ très nombreuses ; qu’en réalité ces deux grecs n'en forment qu'un, parlé dans des lieux et des temps différents, par des races différentes. Mais d'un autre côté, nous n'avons pas encore uné connaissance complète des points où ils diffèrent, et ces points n'ont pas été, jusqu'ici, étudiés méthodiquement et à fond. Une pareille étude est réservée aux savants de la génération prochaine; elle exige un ensemble de travaux préparatoires qui n'existe pas encore, et qui ne peut naître que d'efforts combinés; elle exige que quelques-unes de ses règles d'investigation soient discutées par des personnes qui n'aient pas seulement des connaissances variées, mais encore des habitudes d'esprit différentes; elle exige enfin, du moins pour l'examen de ses plus difficiles problèmes, une maturité de jugement que le temps seul peut donner!. »

Nous laissons ses sévérités à l’auteur que nous venons de citer, en n'adoptant que ses excellentes considérations générales, et nous indiquons brièvement nos raisons personnelles.

La dernière édition de la grammaire de Winer date de 1867; faite par les soins du D' Lünemann, elle ne diffère que très

légèrement de l'édition de 1855, parue du vivant de l'auteur;

la première édition remonte beaucoup plus haut. La grammaire de A. Buttmann a été publiée en 1859, et il n’en existe que cette seule édition. Depuis 1855 et 1859, la philologie et la grammaire générale de la langue grecque ont fait chaque jour

des progrès lents, mais incessants, qui aident à mieux connaître .

et mieux expliquer les écrivains profanes. Les écrivains sacrés ont droit au même avantage. 1] est bon que la grammaire de leur langue se renouvelle à de certains intervalles; qu'elle s'ouvre à l’influence salutaire des études faites d’ailleurs sur les auteurs profanes, et qu'elle profite elle-même des progrès de ces études.

De son côté, l'exégèse philologique οἱ grammaticale du N. T.

4. E. Harca, p. 1 544. de l'ouvrage que nous citerons à la fin de cette introduction. Voyez aussi Farticle de B. F. Wesrcorr dans Smith's Dictionary of Bible, ι. 11, p. 731 sq.

INTRODUCTION. XLIX

accomplit de pareils progrès. Des points douteux ou obscurs finissent par recevoir la lumière ; les difficultés cèdent aux efforts d’habiles commentateurs ; des explications précises et correctes succèdent à des interprétations vagues, hypothétiques, parfois même plus ou moins fantaisistes. Lorsque les progrès de l’exégèse portent sur la langue du N.T., ils servent à la grammaire de ce livre, qui doit en Lenir compte et en recueillir le fruit.

Les manuscrits du N. T. sont extrêmement nombreux, quoique d'une valeur fort inégale. Les plus importants, ceux qui fournissent la base inébranlable du texte, sont maintenant tous connus, décrits, collationnés. En outre, le patient et consciencieux labeur des paléographes a exploré des milliers de manuscrits, de moindre ou de nulle importance‘. Les changements opérés dans le texte ordinaire par l'introduction de leçons nouvelles sont très nombreux; si aucun d'eux n’intéresse l’'exégèse théologique, beaucoup, au contraire, sont fort importants pour la grammaire, particulièrement pour la syntaxe. Ni Winer, ni même Buttmann n'ont pu connaître ces changements, du moins le plus grand nombre d’entre eux. La hui-

1. Voyez les Prolégomènes de la huitième édition major de Tischendorf : Prolegomena scripsil R. C. Gregory, pars prior et allera. Voyez aussi l'édition du N. T. de Westcott et Hort; le second volume contient l'introduction. On y lit : « Pour la plus grande partie des mots du N.T., il n'existe aucune variante ni aucun motif de doute ; par suite, il n’y a pas place pour la critique verbale: l'éditeur est alors un simple copiste. Il faut dire la même chose des variantes qui n’ont jamais été admises, et qui, selon toute probabilité, ne seront jamais admises dans un texte imprimé. Les mots acceptés par tout le monde et regardés comme au-dessus de lout soupçon ne doivent pas s'élever, en chiffres ronds, à moins des 7/8 du total. Le huitième restant, qui comprend surtout des transpositions de mots et d'autres banalités de même nature, forme le champ tout entier de la critique. Si les principes suivis par nous dans celte édition sont sains, ce champ peut être considérablement réduit. Laissons de côté les passages où il faut nécessairement suspendre son jugement entre deux ou plusieurs leçons, et les passages où il ne s’agit que de différences orthographiques : les mots qui, suivant nous, peuvent encore prêter à discussion doivent former environ 1/16 du N. T. tout entier. Dans ἐδ seizième, les variantes banales, sans importance, sont encore beaucoup plus nombreuses que dans le huitième dont il a été question plus haut. En conséquence, le nombre des variantes, que l’on peut appeler substantielles, ne forme qu’une fraction minime de ce seizième, et ne doivent guère dépasser la millième partie du texte tout entier, » Or, le texte entier du N. T., qui ne comprend que 5,420 mots environ, Dceupe seulement 539 pages dans l'édition de Westcott et Hort.

L INTRODUCTION

tième et dernière édition critficä major de Tischendorf a été achevée en 1872; les Prolegomena ont paru longtemps après (1884 et 1890) ; l'édition de Tregelles a été publiée en 1857-1872; celle de Westcott-Hort en 1881. Comme exemples de changements, nous nous contentons de renvoyer aux passages suivants, dont le nombre pourrait être considérablement augmenté; Μαί., V, 39; XIII, 4 (et Mar., IV, 4); XXVI, 50; XXVI, 62 (et Mar., XIV, 60); — Mar., VI, 9; IX, 6; — L., I, 26 ; IX, 28; XIII, 35 ; XIX, 45; — J., VIII, 39; XII, 7; XVI, 13; XIX, 11; XXI, 25, — 4., I, 12; V, 33; IX, 11; X, 38; XIII, 25; XX, 3; XXVI, 29, XXVII, 39 ; — 4 Co., X, 11; Gal., VI, 10; 4 Tim., 1,18; Tüt., I, 13; — 2 P., II, 10 ; — Ap., II, 10, 20; XVIII, 3; XX, 7.

La méthode suivie par Winer et par Buttmann, mais surtout par le premier, ne nous paraît pas toujours bonne. Winer, par exemple, mêle à la syntaxe des temps et des modes celle des propositions qui n'occupe pas une place particulière; il en résulte de la confusion, un manque d'ordre et de netteté. La syntaxe des temps et des modes daus le N.T. est relativement simple; celle des propositions exige au contraire des développements considérables, et c'est elle qui fournit les observations les plus importantes et les plus intéressantes. Le point de vue général où nous nous sommes placé n'est pas le même que celui de nos devanciers, et le traitement de la partie de la syntaxe dont nous nous occupons se ressent de cette difrérence. Certains points nous ont paru devoir être modifiés ou complétés, comme la théorie de la finalité, des propositions finales, de la proposition finale employée comme périphrase de l’infinitif. D’autres n'avaient pas été touchés par nos devanciers, ou ne l'avaient été que légèrement et incidemment; ainsi le remplacement de diverses espèces de propositions par la proposition finale, la tendance à dissocier les propositions, etc.

Enfin, il existe pour la France une raison spéciale et décisive pour essayer d'écrire une grammaire du N. T. : nous n'avons rien sur ce sujet.

INTRODUCTION. LI

Rapports entre la grammaire du grec post-classique et celle du Nouveau Testament.

XXI. — On ne peut prétendre actuellement à donner une grammaire complète et définitive du grec du N. T.'; on ne peut que la préparer.

Le critique que nous citions tout à l'heure disait avec raison qu'une pareille grammaire était impossible, parce qu’elle exigeait un ensemble de travaux préparatoires non encore exécutés, et qui ne le seraient que grâce aux efforts réunis des savants. Le grec du Ν. T. puise son origine dans le grec classique, et il est lui-même le point de départ du grec chrétien; en même temps, il est une ‘variété du grec hébraïsant, qui n'est qu’une branche du grec post-classique. La grammaire du N. T. ne peut être complète et définitive, que si nous possédons une grammaire complète et définitive du grec classique d'un côté, et, de l’autre çôté, du grec post-classique dans ses diverses branches. Ce point mérite quelques déve- .loppements.

4. — Le grec du N.T. doit être perpétuellement comparé avec le grec classique, pour que nous puissions connaître ses gains et ses pertes. Quelles constructions anciennes, par exemple, a-t-il abandonnées ? Quelles constructions nouvelles sont nées de l’évolution constante de la langue, en tant qu'elle était langue vivante?

La comparaison avec la syntaxe classique s'établit assez facilement et avec une sûreté satisfaisante. Il est inutile de la pousser jusqu'aux moindres détails; en le faisant, on augmenterait le nombre total des constructions classiques dont on constate l'absence dans le N. T.; mais on appuierait sur un côté tout négatif de la langue; et une fois tombée dans cet

Ἢ. Il faut entendre par là que, si l'on considère le grec du N. T. comme une partie du grec post-classique pris dans sa lotalilé, la grammaire de cette partie ne sera complète et définitive que lorsque la grammaire du {out le sera elle-même. Mais le travail exécuté sur un point de la grammaire du N. T. peut être définitif, si on le considère isolément êt en lui-même.

{1 INTRODUCTION

excès, la statistique devient sans utilité comme sans intérêt. Ce que nous nous sommes proposé en premier lieu, c'est de comparer l'usage dans le grec du N. T. avec l'usage dans le grec classique.

Ainsi, parfois, telle ou telle construction fréquente dans le N.T. n'est pas sans exemple chez les écrivains classiques; mais elle ne s'y trouve pas couramment employée. Il existe alors une différence, non pas de syntaxe, mais d'usage!. — D'autres fois, lorsque nous avons rencontré dans le N.T. certaines constructions extraordinaires, nous nous sommes gardé d'aller chercher chez les auteurs classiques une construction dite pareille’. Les écrivains du N.T. n'écrivent pas le grec classique; ils n'en subissent pas l'influence même à leur insu, puisqu'ils ne le connaissent pas, au moins pour la plupart. D'ailleurs la construction classique qui semble identique ou analogue est le plus souvent douteuse dans son texte (que les critiques corrigent presque toujours); et l'identité (ou l’analogie) est, la plupart du temps, plus apparente que réelle. Ce n'est pas dans les auteurs classiques qu'il faut chercher des points de comparaison.

Nous n'avons discuté aucun point de grammaire grecque générale. Nous avons accepté les règles telles qu'elles sont données dans des ouvrages aussi autorisés que ceux de Curtius, de Koch, de Madvig, de Seyffert el von Bamberg.

9. — Le grec du N. T. devrait être comparé perpétuellement avec le grec post-classique dans ses diverses branches : avec le grec des écrivains profanes, le grec des inscriptions des périodes alexaudrine et gréco-romaine; le grec hébraïsant ; enfin le grec chrétien.

La langue et la grammaire des écrivains profanes postclassiques n'ont pas encore été, croyons-nous, l'objet d'une étude d'ensemble. Le Leæicon du grec post-classique et byzantin, composé par Sophocles, contient des données excel-

1. Ce point était très délicat et parfois très difficile à traiter; malgré le soin que nous y avons apporté, nous ne nous flattons pas d'avoir évité toute erreur. 2. La nécessité nous l'a fait faire au moins une fois, νον, 152,

INTRODUCTION. LIII

lentes; mais il n'est malheureusement pas aussi complet que nous l’aurions désiré. Les écrivains post-classiques qui imitent le moins le grec classique, qui se rapprochent d'autant du langage parlé par leurs contemporains, et dont le grec est le moins bon au point de vue littéraire, sont ceux qui fourniraient les meilleurs points de comparaison pour le grec du N. T.

Une étude généraledes inscriptions grecques appartenant aux périodes alexandrine et gréco-romaine n'existe pas non plus. Nous ne connaissons qu'un volume de M. Viereck que nous citerons plus loin et qui ne traite que des actes des magistrats romains traduits du latin en grec ou rédigés en grec par un Latin. La langue des inscriptions se rapproche beaucoup plus de la langue parlée ou même populaire que de la langue littéraire; aussi fournirait-elle des points de comparaison nombreux et intéressants avec celle du N. T. Voici un exemple. Le verbe composé ἐπιδιορθοῦν ne s'est rencontré, jusqu'ici, que daaos le N. T. (ΤΙ. I, 15) et sur une inscription (C. 21. G., 2555, 9). La paternité de ce mot n'appartient donc pas à saint Paul: il existait dans la langue parlée où l'ont pris et saint Paul et le rédacteur de l'inscription, et il est passé ensuite dans le grec chrétien. L'étude des inscriptions profiterait surtout au lexique, à la phonétique et à la morphologie. Leur mauvais état, leur peu d’étendue, la ressemblance ou l'identité des formules, rendent cette étude beaucoup moins fructueuse pour la syntaxe.

L'étude des inscriptions demanderait à être complétée par celle des papyrus grecs de l'époque post-classique; les papyrus fourniraient une moisson abondante, si la lecture en était plus facile et plus sûre; malheureusement, là même où le sens est clair et le mot sûr, l'orthographe du mot l'est souvent fort peu, et sa forme reste indécise.

En même temps que l'on étudierait la langue et la grammaire du grec post-classique profane, il serait bon d'examiner quelle

4. On trouvera dans notre travail plusieurs exemples que nous avons tirés des inscriptions de la période post-classique ou des inscriptions étudiées par M. Viereck.

LIV INTRODUCTION

influence le latin ἃ pu exercer sur elles. Dans les pays du monde gréco-romain où la langue habituelle était le grec, les décrets de Rome et les actes de ses magistrats étaient publiés en grec; tantôt le texte grec était seul donné, tantôt il était accompagné du texte latin. Le texte des décrets et des traités était traduit en grec sur le latin, puis envoyé dans les pays de langue grecque; les lettres des magistrats étaient rédigées en grec, mais par un Romain, puis envoyées à leurs destinataires. Rome en usait ainsi avec la Grèce, la Macédoine, l’Asie occidentale, l'Égypte. Mais le grec de ces documents officiels pouvait garder plus ou moins la couleur latine. Des latinismes n'ont-ils pu s'infiltrer par cette voie dans le grec parlé des pays cités plus haut? Puis, le contact perpétuel des Grecs avec les magistrats, les agents et les soldats de Rome n'a-t-il pas favorisé cette infiltration? (Cf. d'ailleurs P. VIERECK, dans son introduction.)

ὃ. — Le grec du N. T. est une variété du grec hébraïsant ; nous avons montré quels liens intimes et nombreux unissaient la langue du N. T. à celle des LXX, et nous avons dit que la première reposait sur la seconde.

Les Juifs lettrés, comme Josèphe, affectaient d'écrire le grec classique; aussi la grammaire de leur langue rentrerait-elle dans la grammaire générale du grec post-classique dont nous venons de parler, plutôt que dans celle du grec hébraïsant proprement dit.

Il en va tout autrement pour les LXX, qui écrivent un grec très hébraïsant et non littéraire.

On reproche aux LXX de n'avoir souvent pas compris ou d’avoir peu compris le texte hébreu, et d’être inintelligibles. Le premier reproche regarde les hébraïsants et les exégètes de l'A. T. Pour le second, nous reconnaissons qu'au premier abord la lecture des LXX est très pénible ; que leur style est souvent très obscur, et qu'on ne peut les comprendre sans posséder suffisamment les éléments de l’hébreu. Cependant, on retrouve dans le grec appliqué sur l’hébreu la construction hébraïque avec ses idiotismes ; on voitque le motgrec et la cons-

INTRODUCTION. LV

truction grecque prennent souvent la valeur du mot hébreu, de la construction hébraïque, qu'ils traduisent littéralement; on se familiarise peu à peu avec ce grec étrange et spécial, qui possède son unité et ses règles, aussi bien que celui du N. T. Alors, l'obscurité du texte se dissipe, presque toujours, pour laisser apparaître un sens qui n'est peut-être qu'un contresens, mais qui existe; ce qui suffit pour la grammaire; voy. par exemple Job., XXXIV, 16-26 dans l'hébreu (la Vulgale latine) et les LXX.

Rappelons-nous d’ailleurs que les communautés juives (hellénisantes) et chrétiennes se sont servies pendant plusieurs siècles de la version des LXX pour la lecture de l'A. T. Ce souvenir doit rendre le grec de cette version digne de notre examen.

Un essai de grammaire des LXX n'a pas encore été tenté, malgré l'attrait que présenterait ce travail pour un helléniste doublé d’un hébraïsant. Cependant, c’est par le grec des LXX qu’il faudrait expliquer, le plus souvent, le grec du N.T.; c'est avec lui qu’il faudrait comparer, jusque dans les moindres détails, celui du N. T.; c’est dans le grec des LXX qu'il faut chercher, de préférence, des analogies aux constructions insolites du N. T., particulièrement aux hébraïsmes et aux constructions hébraïsantes. Nous avons essayé de le faire dans une certaine mesure; notre travail montrera, nous l’espérons, que nos efforts dans ce sens n'ont pas toujours été ni sans utilité, ni sans succès!.

Les commentateurs et les grammairiens du N.T. disent parfois d’une construction : c’est un hébraïsme, et ils renvoient aux LXX. Nous croyons que cela ne suffit ni pour la grammaire du N. T. ni pour celle des LXX. Le point important n'est pas

4. Sur l'importance philologique du grec des LXX, voyez le premier essai de E. Hatch dans l'ouvrage que nous citerons plus loin. — Notre travail sur la syntaxe des propositions dans le N. T. contient, en réalité, une syntaxe abrégée des propositions dans les LXX.

Nous saisissons celle occasion pour exprimer notre reconnaissance à M. A. Croiset qui nous avait conseillé, dès le début, de diriger nos recherches de ce côté. L'avis était excellent, comme l'expérience l'a démontré.

LVI INTRODUCTION

de savoir qu'une construction grecque est hébraïque ou hébraïsante, mais de montrer comment elle était comprise par le Juif qui l'employait, quelle est sa raison d’être, quelle en est la valeur. Au chapitre-des propositions dépendantes complétives directes, on verra que les verbes signifiant croire, comme νομίζω, Sox, prennent la proposition complétive avec ὅτι, aussi bien que la proposition infinitive, et que ces verbes sont absolument assimilés aux verbes signifiant dire, déclarer. Cette construction existe dans le grec post-classique; mais elle existe aussi dans les LXX, et elle traduit littéralement la construction hébraïque. C'est donc sous l'influence de cette dernière que les LXX et les auteurs du N. T. l'ont adoptée. Et la raison, c’est que pour le Juif la pensée et la parole ne font qu'un; de là l'identité de la construction. On verra que l'optatif, mode de possibilité, est abandonné dans le N. T.; que, par exemple, la quatrième forme des propositions conditionnelles avec l'optatif n’est plus employée, et qu'il paraît en être de même dans les LXX. C'est que le Juif répugne à concevoir l'idée comme simplement possible ; il répugne à l'abstraction en général; il aime à se représenter les choses comme éventuelles, et, mieux encore, comme réelles.

Dans le cours de notre travail, nous renvoyons très souvent aux ΧΑ. Parfois, après avoir rapporté un passage du N. T., nous ajoutons : cité des LXX, citation des LXX. 11 faut entendre par là que la pensée exprimée dans le N. T., se trouve aussi dans les LXX. Tantôt la citation est faite directement d’après l'hébreu, et non d'après la version des LXX ; tantôt elle est tirée textuellement des LXX ; tantôt elle n’en est tirée que partiellement ; tantôt elle est faite ad sensum, soit d'après l’hébreu, soit d'après la version grecque; tantôt elle est faite ad sensum ou ad verbum, par la combinaison de plusieurs passages. 1l existe donc, parfois, une

différence entre le passage du N. T. et celui des LXX auquel nous renvoyons.

4. — La grammaire du grec post-classique serait complète, si elle comprenait la grammaire du grec chrétien des premiers siècles de notre ère.

Le N. T. est la source et le point de départ de la littérature grecque chrétienne, sur laquelle il ἃ exercé une influence pro- . fonde et constante, particulièrement au point de vue de la

INTRODUCTION. LVI

langue. Familiers comme ils l’étaient avec les LXX et le N.T., les premiers écrivains chrétiens ont subi nécessairement, fût-ce . à leur insu, l'influence du grec de ces deux livres. D'un autre côté, la langue habituelle des premiers écrivains chrétiens, surtout s'ils n'étaient pas des leitrés ou des littérateurs, était la langue ordinaire, la langue familière, celle dont on se servait dans les communautés chrétiennes et judéo-chrétiennes, et celle dont les auteurs du N.T. s'étaient eux-même servis. Aussi existe-il dans le N. T. des constructions non classiques qui sont employées couramment par les premiers écrivains chrétiens, soit qu'ils les aient puisées dans la langue familière, comme les écrivains du N. T., soit qu'ils les aient empruntées à ce dernier livre.

Les rapports étroits et nombreux qui unissent la langue du N. T. à celle des premiers écrivains chrétiens demanderaient qu'on les comparât. Malheureusement, il n'existe pas de grammaire du grec chrétien.

Tel est l’ensemble des travaux auxquels peut donner lieu le grec post-classique. Au milieu d'eux, la grammaire du N. T. occupe une place marquée et distincte, et c'est par eux, lorsqu'ils existeront, qu'elle deviendra complète, absolue et définitive.

Principaux ouvrages consultés.

XXII. — Nous indiquons les principaux ouvrages dont nous nous sommes servi, et auxquels nous renvoyons dans le cours de notre travail : |

Novum Teslamentuim græce ad antiquissimos testes denuo recensuit, apparatum criticum apposuit C. TiscHENDoRF; editio octava critica major, Leipzig, 1872 (on peut se servir d’une édition critica minor). Le troisième volume contient les prolégomènes : Prolegomena scripsit C. R. GREGORY ; pars prior et altera, Leipzig, 1884 et 1890. — Nous désignons ainsi cette édition: Ti. ,

The New Testament in the original Greek ; the text revised by BROOKE Foss WESTCOTT and FENTON JoHN ANTONY Horr;

Page 1