En hébreu
a) Les verbes declarandi sont suivis d’une proposition dépendante affirmative, introduite par une particule qui équivaut à ὅτι et qui est traduite par ὅτι dans les LXX, Gen., XLIV, 28 : εἴπατε ὅτι θηριόθρωτος yéyovev. — Job, XXX VI, 9 et 101.
δ) Les verbes existimandi sont suivis, de même, de la proposition affirmative, introduite par la même particule. Les LXX semblent avoir réagi contre l'influence de l’hébreu; cependant, On lit πιστεύω ὅτι, Job, IX, 16; XV, 31; Ex., IV, 5. — λογίζομαι ὅτι, 4 Mac., VI, 9. — ὑπολαμθδάνω ὅτι, Job, XXV, 3, etc.
c) Les verbes percipiendi, exprimant un acte de l'intelligence, sont suivis de la même proposition affirmative, introduite par la même particule. Les LXX suivent souvent cette construction, Gen., XXII, 12: νῦν γὰρ ἔγνων ὅτι po6 σὺ τὸν θεόν, je sais maintenant. — Gen., XXX VIII, 16: οὗ γὰρ ἔγνω ὅτι νύμφη αὐτοῦ ἐστίν, il ne savail pas (pour ne s'en être pas aperçu) que c’élait sa fille... — Job, X, 7 : οἶδας γὰρ ὅτι οὐκ ἠσέθησα. — VII, 1: μνήσθητι οὖν ὅτι πνεῦμά μου ἡ ζωή. — Gen., XLII, 2 : ἰδοὺ ἀκήχοα ὅτι ἐστὶ σῖτος ἐν Αἰγύπτῳ, et cf. Α4., VII, 12, où Luc emploie la construction littéraire en citant ce passage : ἀκούσας δὲ ᾿Ιαχὼδ ὄντα σιτία εἰς Αἴγυπτον.
d) Mais il faut aller au fond de la question.
Le Juif ne distingue pas la pensée de la parole, quelle que soit d'ailleurs la forme de la pensée : affirmation, réflexion, espérance, foi, supposition, perceplion, souvenir, connaissance, etc. Pour lui, la pensée est la parole intérieure, comme la parole est la pensée exprimée. On le voit par les exemples suivants des LXX, Deul., VIII, 17 : un εἴπης ἐν τῇ καρδίᾳ
σου, ne va pas penser que...— Ps., IX, 27 : εἶπε γὰρ ἐν χαρδία αὐτοῦ ... — Esther, VI, 6: εἶπε δὲ ἐν ἑαυτῷ ᾿Αμάν, Aman pensa.….. — Esther, IV, 13 : Ἐσθήρ, μὴ εἴπης σεαυτῇ ὅτι σωθήσῃ μόνη, ne crois pas de. — Gen., XVIII, 17,
4. Les LXX renferment relativement peu de propositions dépendantes affirmalives, à cause de la fréquence du style direct.
Disu se parle à lui-même : ὁ δὲ Κύριος εἶπεν Οὐ μὴ χρύψω ἐγὼ... — Ex. V, 19 : ἑώρων δὲ οἱ γραμματεῖς τῶν υἱῶν Ἰσραὴλ ἑαντοὺς ἐν xaxoïç λέγοντες. Le verbe hébraïque, traduit par λέγοντες, signifie littéralement dire; mais son sens, dans ce passage, est réellement celui de penser (EWALD, 280, d).
Les locutions du N. T. correspondent à celles des LXX; Mat., II, 9 : un δόξητε λέγειν ἐν ἑαντοῖς. — L., VII, 39 : εἶπεν ἐν ἑαυτῷ λέγων. — Ap., XVIII, 7 : ἐν τῇ καρδία αὐτῆς λέγει. — Mar., VI, 49 : οἱ δὲ ἰδόντες αὐτὸν ἐπὶ τῆς θαλάσσης περιπατοῦντα ἔδοξαν ὅτι φάντασμά ἐστιν, καὶ ἀνέχραξαν. Il faut entendre par ἔδοξαν, non seulement qu'ils ont pensé cela, mais qu'ils l'ont dit en même temps, et cf. Mat., XIV, 26 : ἐταράχθησαν λέγοντες ὅτι Pavraoué ἔσπιν καὶ...
119. La pensée, pour le Juif, se confond avec la parole. Il devait donc assimiler aux verbes declarandi les verbes exislimandi et les verbes percipiendi (quand ces derniers exprimaient un acte de l'intelligence (115), plutôt qu’une perception), et, par là même, adopter l'usage de la langue familière qui avait déjà opéré cette assimilation.
L'assimilation des trois classes de verbes ἃ eu lieu, et pour la forme de la construction dépendante, comme on l'a vu (116), et pour la syntaxe de son verbe, c'est-à-dire le choix du temps et du mode. En effet :
420. a) Pour le mode : la proposition dépendante affirmalive prend toujours celui du style direct, que le verbe de la proposition principale soit à un temps principal ou à un temps secondaire. Par suite :
Les modes réel et irréel sont employés, ainsi que l'indicatif futur (aux modes de certitude et d'éventualité) (37, 38). — Le mode potentiel n’est pas employé(42). — L'optatif oblique ne se rencontre pas (101, 11°).
δ) Classiquement : 1° le temps employé dans la proposition affirmative est celui du discours direct; 2° seulement, « après un verbe signifiant apercevoir, à un temps secondaire, on n’emploie pas, comme après un verbe sigoifiant dire, le temps du discours direct, mais le temps de la narration historique. [a raison de cette différence est qu'ici l'auteur exprime une simple constatation et parle en son propre nom. » (Kocx, 109, Rem. IT; et 126, Rem. L:'cf. CucueL et RIEMANN, 9,6, a, note 1 de O.R.)
Sur le premier point, la syntaxe du N. T. s'accorde avec la syntaxe classique. Sur le second, elle en diffère; car, après un verbe signifiant percevoir, à un lemps secondaire, on trouve dans le N. T., soit le temps du style direct, soit le temps de la narration.
120" De là cette règle générale, pour le grec du N. T.:
La proposition dépendante affirmative prend le temps et le mode qu’elle aurait, si elle était indépendante, au style direct (99; 107, d). Exemples :
a) Le verbe de la proposition principale est à un temps principal; L., XIII, 2 : δοκεῖτε ὅτι οἱ Γαλιλαῖοι οὗτοι ἁμαρτωλοὶ παρὰ πᾶντας τοὺς Γαλιλαίους ἐγένοντο ; ---.,1, 34 : μεμαρτύρηχα ὅτι οὗτός ἐστιν ὃ υἱὸς τοῦ θεοῦ. — Μαΐ., XVI, 20; XXIV, 43 (mode irréel), etc.
b) Le verbe de la proposition principale est à un temps 86condaire, et
1° Celui de la proposition affirmative est au temps du discours direct :
Après un verbe signifiant dire et croire; Mar., VI, 14: ἔλεγον ὅτι ᾿Ιωάνης ὃ βαπτίζων ἐγήγερται ἐκ νεχρῶν, χαὶ διὰ τοῦτο ἐνεργοῦσιν ai δυνάμεις ἐν αὐτῷ, οἱ cf. L., IX, 7, οἱ Mat., XIV, ἃ. — Mat., XX, 10 : ἐλθόντες οἱ πρῶτοι ἐνόμισαν ὅτι πλεῖον λήμψονται. — L., XXIV, 21 : ἠλπίζομεν ὅτι αὐτός ἐστιν ὁ μέλλων λυτροῦσθαι...
Après un verbe signifiant percevoir, Mat., XXI, 45 : ἔγνωσαν ὅτι περὶ αὐτῶν λέγει. — J., VI, 24 : εἶδεν ὃ ὄχλος ὅτι ᾿Ιησοῦς οὐχ ἔστιν ἐχεῖ. --- Μαΐ., XX VII, 18 : ἤδει γὰρ ὅτι διὰ φθόνον παρέδωχαν αὐτόν. — Mar., VI, 55 : ὅπου ἤκουον ὅτι ἔστιν. — L., 1, 22 : ἐπέγνωσαν ὅτι ὀπτασίαν ἑώραχεν. --- J., {1,17 : ἐμνήσθησαν οἱ μαθηταὶ αὐτοῦ ὅτι γεγραμμένον ἐστίν.
2% Celui de la proposition affirmative est au temps de la narration
Après un verbe signifiant percevoir : J., IX, 8 : οἱ θεωροῦντες αὐτὸν τὸ πρότερον ὅτι προσαίτης nv, qui savaient, pour l'avoir vu auparavant, qu'il était mendiant. — J., XVI, 19 : ἔγνω ᾿Τησοῦς ὅτι ἤθελον αὐτὸν ἐρωτᾶν. — À., XXI, 2 : ἀχούσαντες δὲ ὅτι τῇ EGpatôt διαλέχτῳ προσεφώνει αὐτοῖς μᾶλλον παρέσχον ἡσυχίαν, et Cf. IX, 38 : ᾿ οἱ μαθηταὶ ἀχούσαντες ὅτι Πέτρος ἐστὶν ἐν αὐτῇ. --- Mar., XV, 10 : ἐγίνωσχεν γὰρ ὅτι διὰ φθόνον παραδεδώχεισαν αὐτόν, οἱ cf. Mat., XXVII, 18, cité plus haut (1°). — Α., XVI, 8; Mar., XI, 32.
c) Le temps du discours direct et celui de la narration sont mélangés dans J., VI, 22-24 : ὃ ὄχλος... εἶδον ὅτι πλοιάριον ἄλλο οὐχ ἦν ἐχεῖ εἰ μὴ ἕν, καὶ ὅτι οὐ συνεισῆλθεν τοῖς μαθηταῖς αὐτοῦ ὁ ᾿Ιησοῦς... Ὅτε οὖν εἶδεν ὁ ὄχλος ὅτι ᾿Ιησοῦς οὐχ ἔστιν ἐχεῖ.... L'imparfait appartient au style de la narration; le présent au style direct ; l’aoriste peut appartenir aux deux.
d) Dans un passage, après un verbe signifiant dire, on trouve le temps de la narration, # P., I, 12 : οἷς ἀπεκαλύφθη ὅτι οὐχ ἑαυτοῖς ὑμῖν δὲ διηχόνουν αὐτὰ, ἃ νῦν ἀνηγγέλη ὑμῖν διὰ τῶν... Cette cons-
truction se rencontre aussi chez les classiques « quand l'écrivain énonce la proposition dépendante non seulement comme une affirmation de la personne qui parle, maiscomme un fait. » (GurrTius, 529, 3.) i
e) La syntaxe est la même dans les LXX et dans le N. T.; Job, XXXVI, 10 : εἶπεν ὅτι ἀποστραφήσονται ἐξ ἀδιχίας. — 1 Mac., VI, 9 : ἐλογίσατο ὅτι ἀποθνήσκει. — Gen., XIV, 14 : ἀκούσας δὲ "Αὔραμ ὅτι ἠχμαλώτευται Auwr. — Gen., XVI, 4 : καὶ εἶδεν ὅτι ἐν γαστρὶ ἔχει. -- ΧΧΧΥΊΙΙΙ, 16 : οὐ γὰρ ἔγνω ὅτι νύμφη αὐτοῦ ἐστίν. --- # R., III, 8 : καὶ ἐσοφίσατο ᾿Ηλὶ ὅτι Κύριος χέχληχε τὸ παιδάριον. --- Et
Avec le temps de la narration, Jonas, I, 10 : ἔγνωσαν οἱ ἄνδρες ὅτι ἐχ προσώπου Κυρίου ἦν φεύγων.
121. L'emploi régulier et constant de la proposition aftirmative après les verbes signifiant dire, croire, et percevoir ; l'emploi du temps du style direct après un verbe signifiant percevoir à un temps secoudaire; et la tendance à abandonner la proposition infinitive, usitée surtout par Luc et Paul, forment trois particularités caractéristiques de la langue du N. T.
Remarques particulières.
422. a) Après un verbe qui renferme en lui une idée accessoire et implicite de déclarer, croire, etc., on peut trouver une proposition affirmative dépendant de cette idée accessoire et coordonnée avec une proposition différente qui dépend de l'idée principale, Α., XIV, 22 : παρακαλοῦντες ἐμμένειν τῇ πίστει χαὶ ὅτι διὰ πολλῶν θλίψεων δεῖ ἡμᾶς εἰσελθεῖν εἰς τὴν δασιλείαν τοῦ θεοῦ. Le verbe παραχαλεῖν exprime l'idée principale d'exhorter, et enferme l'idée accessoire de déclarer.
b) La proposition affirmative a pour équivalent la proposition infinilive; parfois l'écrivain commence par l’une et finit par l'autre, Α., XXVIT, 10: θεωρῶ ὅτι μετὰ ὕόρεως xat πολλῆς ζημίας οὐ μόνον τοῦ φορτίου χαὶ τοῦ πλοίου ἀλλὰ χαὶ τῶν ψυχῶν ἡμῶν μέλλειν ἔσεσθαι. — Cette anacoluthe serencontre aussi chez les écrivains classiques.
c) Après des verbes tels que : ἀντιλέγειν (confester), ἀμφισδητεῖν, ἀρνεῖσθαι, etc., la proposition affirmative prend classiquement la négation οὐ (KocH, 130, 12). De même, par exception, 4 J., Π|, 22 : ὃ ἀρνούμενος ὅτι Ἰησοῦς οὐχ ἔστιν ὁ Χριστός. — Voy. 901,6. |
d) Parfois la proposition affirmative doit être complétée
d'après le contexte, J., IV, 52-53 : «.. ἔγνω οὖν ὁ πατὴρ ὅτι éxelvn
τῇ ὥρᾳ ἐν ἢ εἶπεν αὐτῷ ὁ Ἰησοῦς Ὃ υἱός dou ζῇ. καὶ ἐπίστευσεν αὐτός. Suppléez : ὅτι (κομψότερον ἔσχεν) ἐχείνη τῇ ὥρᾳ χτλ.
D'autres fois, la proposition principale est ἃ suppléer tout entière, J., XI, ὅθ : τί δοκεῖ ὑμῖν; ὅτι où μὴ ἔλθῃ εἰς τὴν ξορτήν ; Suppléez : (δοκεῖ ὑμῖν) ὅτι où un... ;
e) Quelques passages méritent d’être relevés :
Mar., ὙΠΙ, 24 : ἀναδθλέψας ἔλεγεν Βλέπω τοὺς ἀνθρώπους ὅτι ὡς δένδρα ὁρῶ περιπατοῦντας. On attendrait ὅτι ὡς δένδρα περιπατοῦσιν. La présence de δρῶ dans la phrase ἃ amené le participe; mais voy. 179, d.
R., IL, 8 : τί ἔτι χἀγὼ ὡς ἁμαρτωλὸς χρίνομαι, καὶ μἢ καθὼς βλασφημούμεθα [xai] καθώς φασίν τινες ἡμᾶς λέγειν ὅτι Ποιήσωμεν τὰ χαχὰ ἵνα ἔλθῃ τὰ ἀγαθά ; On devrait avoir : χαὶ (τί) μὴ, χαθὼς βλασφημούμεθα χαὶ χαθώς φασίν τινες ἡμᾶς λέγειν, ποιήσωμεν τὰ χαχὰ ἵνα ἔλθη τὰ ἀγαθά ; mais λέγειν ἃ amené ὅτι recitativum et la citation directe qui suit : Ποιήσωμεν xt. La proposition indépendante interrogative s’est changée en proposition dépendante affirmative.
N. B. Pour les observations communes aux propositions dépendantes affirmatives et interrogatives, voy., plus loin 133 seqq.
123. 1° La syntaxe de la proposition affirmative, dans le N. T., suit, en partie seulement, les règles de la syntaxe classique. Elle s’en écarte sur plusieurs points importants :
2° Particularités de la langue familière du N. T. : Abandon de ὡς, 108. — Emploi exclusif de ὅτι et exceptionnellement de ὡς ὅτι, 108. — Assimilation de λαλεῖν à λέγω, 109. — Les verbes δεῖχνυμι, δηλῶ et φανερῶ (= φαίνω) prennent ὅτι, et non le participe, 115, d. — Le verbe φάναι prend ὅτι, 111, ὃ. — Verbes signifiant croire, suivis de la proposition affirmative, 113. — Verbes signifiant percevoir, suivis de la proposition affirmative, 115. — Le participe exprime la perception réelle ; et la proposition affirmative, un acte de l'intelligence, 115, a. — Règle unique pour les trois classes de verbes signifiant déclarer, croire et percevoir, et tendance à unifier leur syntaxe, 116, 119, 120. — Tendance à abandonner après ces trois classes de verbes la proposition infinitive, 112, 113; cf. 115 c ; 116. — Le mode potentiel et l'optatif oblique sont abandonnés, 120. — Après un verbe signifiant percevoir à un temps secondaire, le temps du style direct est employé, 120, b. — La proposition affirmative garde toujours le temps et le mode du style direct, 120 bis.
Particularités dues à l'influence de l’hébreu : Locutions hébraïques exprimant le serment suivies de ὅτι, 141, c. — Les trois classes de verbes signifiant dire, croire et percevoir prennent après eux une même particule équivalant à ὅτι, 118. — Abandon de la proposition infinitive, et adoption de la proposition affirmative, la seule dont se serve l'hébreu, 118, 119 :
Particularités de la langue littéraire : Conservation de la proposition infinitive, surtout dans Luc et Paul, 112 ; 113, ὁ: du participe, 444. — Emploi du temps de la narration après un verbe signifiant percevoir à
un temps secondaire, 120 bis, 29. — Emploi du temps de la narration après un verbe signifiant dire à un temps secondaire, 120 bis, d. — Emploi de la négation dans la proposition affirmative après un verbe du sens de nier, 122, c.