COR (ES
à sa cause, il parcourut plusieurs provinces où il se mit en rapport avec nombre d'ismaëliens, dont il s’assura le concours en cas de besoin, et, en 1190, il s'empara de la place forte d'Alamout, dans le district de Roudbär, en Perse. Ses victoires et sa puissance augmentèrent rapidement : quelques années plus tard, il avait conquis les plus importants des châteaux-forts situés dans les parties montagneuses de l’Yrak, du Kouhistan, de la Syrie et de l’Antiliban.
Voici comment, d’après Sylvestre de Sacy, il était arrivé à établir une domination aussi rapide : il faisait élever dans sa capitale des jeunes gens choisis parmi les plus robustes de ses sujets. Toute leur éducation avait pour but de les convaincre qu'en obéissant aveuglément aux ordres de leur chef, il s’assuraient, après leur mort, la jouissance de tous les plaisirs qui peuvent flatter les sens. Mais il avait soin de leur faire savourer l'avant goût des paradis de Mahomet en les entourant de délices réelles. Il savait que les jJouissances vraies s'ajoutent aux Jouissances imaginaires qu’elles amplifient et centuplent.
Dans de frais et merveilleux jardins, servant de séjour aux plus belles esclaves, on faisait pénétrer les serviteurs du prince après leur avoir fait prendre — sans doute à leur insu — le philtre dont le secret avait été donné autrefois à Hassan par les Ismaëliens. Sous son influence et la réalité aidant, les soldats se trouvaient plongés dans dés délices sans fin. (1) Lorsqu'ils avaient
(1) V. les récits de Marco-Polo dans ses voyages.
SE D PTE
quitté cetéden enchanteur, qu’on leur promettait toujours comme récompense de leurs services, ils étaient prêts à braver mille fois la mort sur un désir de leur maître. Il pouvait alors armer leur bras et leur désigner la victime, toujours la victime tombait, fut-elle sur le trône ou au pied de l'autel; ils ne vivaient plus que pour guetter l’ordre qui. leur permettrait de « bondir par les portes de la mort dans les paradis éprouvés. »
Ce fut à Alamout, une fois sa puissance ‘bien établie, qu'Hassan prit le titre de Cheïk-el-Djebel, c’est-à-dire Chef de la Montagne, VIEUX DE LA MONTAGNE.
Ses lieutenants de Syrie, et ses huit successeurs, constamment en lutte avec les croisés, sont d’ailleurs indistinctement désignés par le même nom.
Ce sont les récits des chroniqueurs des croisades qui nous apprennent quels étaient les exploits de ces guerriers et quel était le poison dont le Vieux-de-la Montagne utilisait les surprenantes vertus pour arriver à Se faire aussi admirablement obéir et si fidèlement servir : c était le Hachich, c'est pourquoi le désignent-ils encore souvent sous le nom de Prince des Hachachins (1).
C'est donc par le Vieux-de-la-Montagne que pour la première fois on entendit parler en Europe du Hachich ; et c’est par lui aussi que l'usage s'en répandit en Perse, en Asie-Mineure et en Egypte.
Cependant les vertus de cette plante étaient connues depuis la plus haute antiquité :
(1) Hachach: mot arabe qui veut dire: individu qui prend du
Hachich, d'où l’on a tiré en français ÆHachachin, transitormé plus tard en Assassin.
TA
Aux Ismaéliens le secret en avait été donné par les prêtres de l’Inde. Dans la mythologie hindoue, elle passe pour avoir été créée tandis que les dieux battaient l’Océan avec le mont Mandara ; elle porte en sanscrit le le nom de Vijaya qui veut dire source de bonheur, et la boisson favorite d’Indra était fabriquée avec elle; c'est dire que l’origine de son emploi se perd dans la nuit des temps. Son usage n’a jamais cessé d’être très répandu dans l'Inde, et aujourd’hui encore, à la grande fête de Donga-Poudra, terminée par la cérémonie de Bisorjun, le peuple s’enivre avec le hachich.
Les Grecs du temps d'Homère en connaissaient déjà la propriétés : le breuvage qu'Hélène, épouse de Menélas, fait prendre avant le festin à son hôte Télémaque pour suspendre ses douleurs et lui procurer l'oubli de maux cruëls (1), le fameux Nepenthès, consolateur de toutes les tristesses qui a tant embarrassé les commentateurs de l’odyssée, semble bien en effet n'être autre chose qu'une composition a base de hachich. Les effets qu'il produit. l'origine que lui attribue Homère plaident fortement en faveur de cette manière de voir. D'autre part Diodore de Sicile (2) nous apprend qu’à l’époque d’Auguste les Egyptiennes se vantaient d'avoir seules la recette d'Homère, et l'on sait qu'en Egypte le hachich était l’enivrant par excellence, le seul couramment employé. Se plaçant à un autre point de vue, le baron Von Hammer remarque judicieusement que le mot bendj qui signifie chanvre en Egypte. et dont le pluriel en
(1) Odyssée. Chant IV. Vers 218 et suivants.
(2\ Diodore de Sicile. Bibliothèque historique, Livre I, Sect. 2.
LR T
copte est nibendy, est évidemment le même vocable que nepenthes.
Dans une communication à l'Académie des sciences, en 1849, Stanislas Julien a cité des extraits d’un travail chinois appelé Kou-Kin-l-tong, démontrant que vers l'an 220 de notre ère, un médecin de ce pays, nommé Hoa Tho produisit l'insensibilité sur un de ses patients
au moyen d'une préparation de hachich, et que l’opération commencée put être ainsi terminée sans douleur.
D'après Rheede et Garcia d'Orta (1563), cette plante était très employée sur la côte de Malabar, et ils pensaient que c'était de là que sa culture s’étendit dans le nord de l'Inde, et sur les plateaux de la Perse et du Turkestan.
Sauvages dit aussi que dans le Malabar «sous la vertu d'un philtre où entrent du hachich, de la stramoine et de l’opium, des vierges tirées du temple des brachmanes viennent en public pour apaiser le dieu de l'abondance et du beau temps, et se mettent à danser, à sauter, à jeter de l’écume et faire des actions horribles. »
Le plus vieux mémoire persan où soit noté le hachich est un traité de Hassan qui relate qu’en l'an 658, un certain cheïk devenu moine, nommé Haïder, découvrit cette plante à la suite d'une excursion, en mangea les feuilles et éprouva un tel plaisir qu’il en offrit à ses compagnons. Après sa mort l'usage s'en répandit rapidement dans le Khorazan.
M: Olivier nous dit dans son « Voyage en Perse » (1)
(1) Olivier. Voyage dans l'Empire Ottoman, l'Egypte et la Perse. (1802-1807).