VRAIS JALAPS
On est convenu de donner ce nom, 1° au Jalap tubéreux ou offieinal Zpomæa purga (Hayne), Exogonium purga (Bentham), Convolvulus officinalis (Pelletan ).
2 Au Jalap mâle, Ipomæa orizabensis (Ledanois), Convolvulus orizabensis (Pelletan).
3° Au Jalap digité majeur et mineur de Guibourt ou Jalap de Tampico, Zpomæa simulans de Hanbury.
Le Jalap tubéreux est celui qui est considéré, à juste titre, comme ayant le plus de valeur. C’est une plante à tige herbacée, ronde, sarmenteuse, d’un brun brillant et parfaitement lisse.
Les feuilles sont cordiformes, entières, lisses, longuement acuminées, profondément échancrées à la base. Chaque pédoncule porte une fleur, rarement deux, elles naissent à l’aisselle des feuilles. Le calice est court et entoure la capsule. La corolle est hypocratériforme, d’un rose tendre, profondément évasée. Le fruit est une capsule ovoïde, à quatre loges, contenant chacune une ou deux graines. La racine qui est le partie précieuse de la plante se présente sous forme de tubérosités de dimensions variées. Elle est généralement en tubercules piriformes ou napiformes, desquels sortent
‘souvent latéralement d’autres tubercules plus petits et re-
BAD courbés en forme de cornes. La partie supérieure ne conserve qu'une empreinte, celle de la naissance de la tige. Les gros tubercules atteignent 0,10 centimètres de long sur 4 à 5 de large; les plus petits peuvent ne pas dépasser le volume d’une grosse noix. Ces derniers sont généralement entiers, tout au plus entaillés à la surface. Les gros tubercules sont souvent fendus profondément ou même coupés en quartiers pour faciliter la dessiccation.
La surface extérieure est rugueuse, marquée de rides longitudinales, et porte par places des verrues tubéreuses. Elle est parfois d’un jaune clair; le plus souvent, surtout dans les morceaux qui ont été exposés au feu et à la fumée, d’un brun presque noirâtre. La cassure offre une surface qui n’est ni ligneuse ni fibreuse, mais nette ; tantôt comme cornée, tantôt d'apparence amylacée: la couleur est généralement d’un blanc plus ou moins sale avec des couches concentriques plus foncées, presque noires. La racine est lourde et possède une odeur forte et irritante; la cassure est susceptible d'être polie.
Il arrive parfois que la racine du Jalap officinal ayant été primitivement plus aqueuse, plus amylacée.et moins résineuse, au lieu d'offrir les caractères ordinaires, est au contraire légère, blanchâtre et profondément sillonnée par la dessiccation. Dans ce cas, on pourrait la confondre avec le Jalap à odeur de rose, mais son odeur caractéristique suffit pour le faire connaître.
Sion examine au microscope une coupe de Jalap tubéreux, On voit que les couches concentriques qui se détachent en plus foncé sur la cassure de la racine sont dues à une suite de cellules résineuses formant tantôt une suite non interrompue, d’autres fois simplement séparées par des cellules à cristaux d’oxalate de chaux en rosette, par des cellules à empois d’amidon, ou par des vaisseaux ponctués. La zone
corticale est constituée par un groupement de cellules résineuses dont les plus extérieures sont plus colorées probablement à cause de l’action marquée de la lumière sur la résine.
On y voit aussi soit plusieurs grains d’amidon réunis, soit une sorte d’empois colorable par l’iode. Ce dernier cas est le plus fréquent dans les gros tubercules qui ont été exposés à l’action de la chaleur et dans lesquels la fécule a subi la transformation que produit toujours sur elle une température élevée. La zone la plus voisine du cambium est formée par une ligne de grandes cellules contenant la résine à l’état de mucilage.
Dans le cambium pas d’amidon maisdes cellules résinifères et des vaisseaux ponctués. Puis jusqu'au centre une suite de zones pareillement composées de cellules à résines, de vaisseaux et de cellules à amidon. Ce qu'il y a à remarquer, c’est que les vaisseaux ponctués ne font pas saillie, comme nous le verrons chez le Jalap fusiforme, mais sont sur une même ligne avec le tissu cellulaire.
Réduit en poudre, le Jalap produit une irritation sur les muqueuses de la gorge et des fosses nasales, il excite à l’éternuement. Sa saveur est d’abord douceâtre, puis piquante et âcre. Comme il renferme une proportion considérable d’amidon, il est facilement coloré en bleu par la teinture d’iode.
Un bon caractère pour reconnaître la valeur d’une racine de Jalap est d’en vérifier la pesanteur spécifique. Son minimum de densité doit être de 1,140.
Le Jalap tubéreux contient en moyenne 10 p. 100 de résine. Cadet de Gassicour en a fait une analyse complète et a trouvé pour 500 de produit:
Hauts: idienianeno- res .+ 24, grammes Rédne..:4É Chose MA ER 50 Extrait gommeux...... fe 220 Fécule-Amylacée = 2 racer 12,05 Printipe iénense Prte diet A Phosphate de chaux me 4,02 Chlorure de potassium......... 8,118
ele cOlGIUl are Re 0,2 Sous-carbonate de potasse...... 1,882 Garbonate de/chanxe ttes 2
Te déslenes its ana UE lite SA Pre EE SE AT RU
Traces de sulfate de chaux, carbonate de magnésie, acide acétique, matières: sucrées, matières colorantes ; pertes dues au principe ligneux: 16,975.
De nombreuses analyses de cette racine ont été faites, et aucune ne s’écarte de beaucoup des résultats obtenus par Cadet de Gassicourt. Pourtant de nos jours, on est parvenu à retirer jusqu’à 47 p. 100 de résine.
Le Jalap, à cause de la grande quantité de fécule qu’il contient, est sujet à être piqué par la larve d’un coléoptère du genre Bostriche, qui s’y creuse des galeries au dépens de la matière amylacée. Le Jalap est alors bien plus léger et aussi de beaucoup plus actif. On l’utilise dans ce cas pour l’extraction de la résine qui n’a subi aucune altération. Le Jalap piqué ne doit pas être alors considéré comme une falsification; c’est pourquoi j'ai cru qu'il était préférable d’en parler immédiatement après l’étude de cette racine. Cependant quelques fraudeurs ont imaginé de rouler ces tubercules dans de la poudre, afin de les vendre comme sains. Dans ce cas, nous avons affaire à une sophistication et nous en parlerons plus loin.
AV Tes
I résulte des analyses comparatives faites par M. Henry
que pour 500, le Jalap piqué renferme 72 de résine, tandis que le Jalap sain n’en renferme que 48.
Balap mâle, {pomæe« orizubensis (Ledanois). —/pomæa fusiforme de Guibourt.
Cette première variété du Jalap fut apportée, comme nous l'avons vu, par Ledanois, en même temps que la vraie plante du Jalap tubéreux dont elle se distingue facilement. La plante est généralement velue de toutes parts et cylindrique, peu volubile. Les feuilles sont grandes et arrondies, velues, souvent sur la nervure médiane. La corolle est rouge pourpre, plus forte et plus épaisse que celle du vrai Jalap, à imbe peu ouvert. La racine est plus allongée, plus légère, d’un gris brun extérieurement, plus foncé intérieurement, elle montre sur la tranche de nombreuses fibres courtes qui recouvrent les cellules résineuses. Elle peut avoir jusqu'à 54 centimètres de long. Ces fibres ligneuses sont constituées par de gros vaisseaux entourés par des cellules ligneuses à parois épaisses et fortement liées entre elles. Ces faisceaux fibro-vasculaires sont séparés par un parenchyme renfermant de l'amidon et des cristaux d’oxalate de chaux. 4
Rarement les racines nous arrivent entières dans le commerce. Elles sont ordinairement coupées en rondelles larges de 55 à 80 centimètres ou en tronçons plus longs, mais d’un diamètre moindre. Leur aspect radié et les gros faisceaux qui se montrent suffisent pour le faire reconnaître. Le goût et la saveur sont semblables au goût et à la saveur du Jalap officinal, mais plus fable. La résine est rougeûtre ; elle est complètement soluble dans léther, ce qui la distingue de la
NL
* es T =
Enr convolvuline, glucoside du Jalap tubéreux qui est complètement insoluble dans ce liquide. La jalapine glucoside du Jalap fusiforme est moins active que la convolvuline. M. Andouart en a retiré jusqu’à 20 p. 100; Ledanois obtient un chiffre bien inférieur, 8 pour 100 seulement. Cet écart dans les chiffres est dù probablement au mode opératoire.
En pratique, le Jalap fusiforme peut être substitué au Jalap tubéreux sans inconvénient.
dalap de F'ampice.
Ce Jalip décrit par Guibourt sous le nom de Jalap digité, d’Ipomœæa simulans par Hanbury, nous arrive des Andes, du Mexique. Il est de forme et de grosseur variées, ovoïde, fusiforme, parfois cylindrique et digité. Tantôt les tubereules sont solitaires, tantôt réunis deux à deux et même trois à trois. La surface est profondément ridée dans le sens longitudinal, les parties profondes sont foncées, les parties proéminentes sont devenues blanchâtres par le frottement. La racine est généralement plus petite et plus légère que celle du Jalap tubéreux: cette légèreté est due à des vides qui existent surtout dans les couches périphériques. On y distingue quelques cercles concentriques foncés contenant de la résine, mais ces cercles sont peu nombreux et ne permettent pasdeleconfondre avec le vrai Jalap pour qui ces cercles réguliers et nombreux sont une caractéristique. De plus, la cassure est cornée, d’un aspectamylacé, et n’est pas susceptible d’être polie. L'absence complète de fibres ligneuses le distingue du Jalap fusiforme. Comme il existe deux racines se ressemblant exactement et ne différant l’une de l’autre que par la valeur de là résine, Guibourt appelle la plus riche en principe actif: Jalap digité majeur, et la deuxième, Jalap digité mineur. Le goût et la
saveur en Sont peu marqués. La résine à reçu le nom de Tampicine; comme la Jalapine, elle est soluble dans l’éther. Cette racine est très peu riche en principe actif, 3 à 7 pour 100. IL y a donc grand intérêt à ne pas la confondre avec la racine de l’exogonium purga, à laquelle on la trouve souvent mêlée dans le commerce à cause de son bon marché.