Lancelot (V
règle dans La Littérature courtoise. Le vilain déteste les chevaliers et est enchanté de leur jouer un mauvais tour. Un des compagnons de la Table rondo, Dodinel. en voulant traverser une rivière sur une planche étroite, lomhe à l'eau et en boit tant qu'il pense « crever >>. (Cramponné à une planche, il aperçoit un « vilain » qui s'apprêtait à passer l'eau. Et le dialogue s'engage en ces termes :
Dodinel : « Ha! vilains, par amors, aidiés moi tant que jou soie venus à la rive. »
Le Vilain: « Dans chevaliers, quel deable vous ont chi amené? Quidiés vous avoir trouvé en celé aiguë aventures ? »
Dodinel : « Aventures y ai je trové. Mais, porDieu, biaus amis, ne me délaie mie, ne ne me tiens lonc plait, mais aide moi, s'il te plaist. »
Le Vilain : « Par ma foi, non ferai, mais ensi comme vous y entrastes si en yssiés. »
Et le vilain s'en va, laissant Dodinel « en tel péril qu'il estoit • » .
Seule la race détestable des nains dépasse le vilain en railleuse et narquoise méchanceté. Ils exècrent les chevaliers errants. L'un d'eux ose parler à Lancelot en ces termes :
Vus estes uns des fox chevalers del secle puisque vus estes des chevalers erranz qui vont musant parmi lo monde et vont tant querant la folie qu'il moerent de malaise et de mal aventure en estranges teres 2.
L'esprit de l'œuvre est donc profondément aristocratique. En dépit des efîorts de l'auteur pour purifier la « chevalerie », celle-ci consiste avant tout dans la bravoure personnelle. On peut blâmer Agravain, Mordret, Guerrehès, mais ils ne seront pas disqualifiés, même aux yeux d'un Lancelot ou d'un Bohort, pour avoir commis des actes de cruauté ou de luxure : leur valeur les absout.
Glaudas est un félon, c'est un usurpateur et un tyran, mais il est sage et « bon chevalier ». L'auteur est fasciné par cette figure pour laquelle a dû poser quelque grand feudataire, son contemporain. Les Agravain, les Mordret, les Glaudas, sont les prototypes des abominables princes français, anglais, italiens du xive et du xve siècle, qui se sont délectés à la lecture du Lancelot, dont ils conservaient un exemplaire bien calligraphié et richement enluminé dans leurs « librairies ».