CHAPITRE X DESTINÉES DE L'OEUVRE
La fortune et la destinée du Lancelot mériteraient une étude particulière. Disons simplement aujourd'hui que, quelle qu'ait été sa vogue, L'œuvre n'a été ni parfaitement comprise ni bien respectée.
Le texte du Lancelot, touffu et redondant, semblait réclamer l'émondage. On n'a pas manqué de l'opérer. Cependant l'effort des copistes se borne, le plus souvent, à alléger des phrases trop filandreuses, à resserrer des périodes trop tortueuses. Il est rare qu'on sacrifie des aventures ou des épisodes. Plus rare encore qu'on fasse des additions. On n'en a relevé que dans un petit nombre de mss. ; elles ne s'attaquent pas aux figures de Lancelot ou de Guenièvre, et se décèlent au premier abord comme des parties adventices sans attache avec le fonds '.
On doit signaler cependant des remaniements portant, moins sur le fonds que sur la forme, dans un groupe de mss. dont la valeur n'est pas encore bien déterminée par la critique 2.
L'unité ou la dualité de rédaction de la Mort d'Arthur a divisé
1. Ainsi l'épisode de Gauvain au « pont perdu », qui se rencontre dans le seul ms. Add. 10293 du British Muséum (Sommer, IV, 182, ligne 34 à 195, ligne 30), les aventures de Bohort, Lionel, Hector et Gauvain dans lems. Harleyen 6342 (ibid., V, 413-474 .
L'épisode de la fausse Guenièvre se présente sous deux formes, mais toutes deux, à notre avis, émanent de l'auteur. Voy. l'Appendice III.
2. Je fais allusion aux classes de mss. que les élèves de Wechssler désignent parles lettres a et i. Je crois avec eux que la classe d représente un remaniement, d'ailleurs habile (cf. plus haut, p. 111, 123) et que c'est la classe e qui doit servir de base à une édition critique. Je reprendrai dans le détail cette importante question dans la seconde partie de ces études.