Sommer, IV, il
'2. Chez. Chrétieu c'est une demoiselle qui, au beau milieu du récit .v. 646), nous parle pour la première fois du paya de Gorre, don nus estranges ne retorne,
Mes par force el pa'is sejorne An servitume et an essil.
et donne des renseignements sur Méléaguant, lils du roi Baudemagu et sur les deux ponts : le Pont Evage et le Pont de VEj
Étude sur le Lancelol en prose. 2J
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recours, pour peupler sa terre déserte, à des procédés aussi peu conformes à sa douceur et à sa courtoisie habituelles? Mais nous n'avons ici qu'une des nombreuses illustrations du système evhémériste de l'auteur (jui détruit systématiquement le merveilleux partout où il le trouve en le rationalisant. Les preuves de cette mentalité très particulière abondent dans tout le Lancelol propre mais nous n'avons pas à nous en occuper ici.
Quant au (ils du roi Baudemagu, Méléaguant, voici son portrait esquissé rapidement, mais d'un coup de crayon très sûr :
« Cils fu chevaliers grans et bien tailliés de cors et de tous « membres, et si fu rous et lentilleus et plains de si grant « orgueil et de si grant felonnie qu'il ne laissoit cose a quoi il (( se fust ahurtés, fust bien ou mais, pour chastoiement nul c'on (( li feist, ains avoit toutes les bontés et toutes debonairetés « mises arrière que nuls n'estoit plus fel de lui '. »
Orgueilleux, arrogant et fourbe, tel Méléguant nous est décrit dès le début, tel il restera jusqu'au bout, fidèle à lui-même, à sa mauvaise nature. Il n'a qu'une qualité, c'est sa bravoure, mais il en exagère la valeur et c'est ce qui va le perdre. L'auteur nous montre aussi, sans tarder, le mobile caché de cette àme basse et envieuse. Méléaguant est dévoré par la jalousie ; et de qui ou de quoi est-il donc jaloux? de la gloire éclatante de Lancelot! Son père a beau lui dire, lorsqu'il fait semblant de mépriser Lancelot du Lac, qui n'est ni très grand ni très gros, « c'est la grandeur du cœur qui fait le bon chevalier », Méléaguant continue ses vantardises et s'attire la sage et impitoyable réponse du roi Baudemagu qui veut toujours, un peu naïvement, faire entendre raison à son fils : « Tu n'es connu pour ta prouesse que dans ton pays, Lancelot, lui, est renommé dans le monde entier ! » Méléaguant refuse de reconnaître la supériorité incontestable du chevalier de la reine qu'il hait d'une haine farouche. Cette haine ne fait que croître lorsque Méléaguant sait les égards etl'amitié de Galehaut pour son hôte. Peu après, dans une joute à Camaaloth à la cour d'Arthur, le fils du roi Baudemagu est renversé de son cheval par Lancelot vainqueur. « Et de chou, nous dit l'auteur, mut la hayne qu'il ot « puis tous jors envers Lancelot, car tant comme il vesqui ne le « pot onques puis amer 2. » Pour se venger de cet affront public,