‹ Étude sur le Lancelot en proseChapitre 303 sur 326 · Sommer, IV · texte numérisé non relu

Sommer, IV

2. L'anneau magique figure déjà dans le poème de Chrétien; c'est même la seule allusion qu'on y trouve à la Dame du Lac et aux Enfances de Lancelot.

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essaye de lui faire entendre raison, Bans résultai naturellement. Seulement il prononce devanl lui le nom de Lancelol réserve, il est vrai, b car, dit-il, si j'étais sûr que ce fui il, je ne

\.»us laisserais pas combattre avec Lui

La grande scène, du combat des deux adversaires présente encore quelques divergences. I-< béros de Chrétien, épuisé par ses récentes blessures, traîne de L'aile dès le début. Il ne soupçonne pas La présence invisible de La reine jusqu'à ce qu'une de sos « demoiselles » lui crie d'en haut :

Lancelol !

Trestorne toi et si esgarde

Qui est qui de toi Be prend garde -' '.

Et quand Lancelol voit dans la tour la chose de trestot le mont que plus desirroit a veoir... », ébloui, ému, il oubli»' tout, il ne peut détacher ses regards de cette image lointaine. 1 laisse attaquer par Méléaguant par derrière, se défendant & peine...

Alors la « pucelle de la fenestre o L'interpelle une seconde lois

et lui reproche en paroles vibrantes son inconscience. Lancelol se ressaisit : il fond sur son ennemi, la passion redoublant courage et sa fureur et chasse Le traître devant lui à grands coups d'épée sous les fenêtres de la tour « où la roine iert apoyée

i. Sommer, IV. 201. 1. 9-23.

2, Vers 3682-84, éd. Foerster, p. 131.

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La beauté de cette scène épique est Loin d'être égalée à notre avis par La Charrette en prose. Lancelot a vu La reine Guenièvre dès te commencement du combat et cela ne l'empêche nullement de bien se battre; ce n'es! que Lorsque, incommodée parla chaleur, elle enlève sa « guimple » que 1 aspect de cette beauté radieuse Lui Fait perdre toute force de résistance. Ce détail de la guimpe nous paraît superflu et La défaillance subite de Lancelot, sa lutte inégale contre un ennemi implacable qui exploite adroiment ses faiblesses, toute cette scène n'a pas le soufïle qui l'anime dans le conte de Chrétien de Troyes. Enfin ce n'est plus une demoiselle de la reine qui relève les esprits du héros défaillant, mais le très ennuyeux Keu. Inspiré par les meilleures intentions, le brave sénéchal rappelle à Lancelot ses exploits passés, notamment la bataille qu il avait soutenue brillamment contre trois chevaliers champions de la fausse Guenièvre l. A ces encouragements s'ajoute un blâme indirect de la reine, sur le point de désavouer son défenseur. « Est-ce bien Lancelot? » demande-t-elle au roi Baudemagu. 11 semble que l'auteur, obligé à suivre son modèle, ne le fait qu'à contre-cœur, désapprouvant intérieurement l'humiliation momentanée de son héros.

Telle est du moins notre impression. Dans ce qui suit il se borne à reproduire, aussi fidèlement que possible, la version donnée par Chrétien. L'attitude hautaine et dédaigneuse de Guenièvre est maintenue dans sa première entrevue avec Lancelot vainqueur et on ne nous en donne pas, non plus, la moindre explication. De même Lancelot s'incline humblement devant le geste qui le repousse, sans protester ni murmurer. Le roi Baudemagu, témoin de cet accueil glacial, ne comprenant rien aux complications de la psychologie féminine, se contente de consoler Lancelot de son mieux et de blâmer la dame. Le sénéchal Keu, interrogé anxieusement par l'ami de la reine sur les causes de son courroux, s'écrie au comble de l'indignation — et cette boutade misogyne ne se trouve pas dans le conte de Chrétien — : « tel est guerredon de femme ! »

4 . C'est là encore un renvoi en arrière, une incursion dans le passe de Lancelot qui relie étroitement dans l'esprit de l'auteur les différentes parties de l'énorme roman biographique de son héros. Il a bien soin de nous répéter de temps à autre par mille petits traits analogues qu'il s'agit toujours d'un môme personnage et d'une même vie dont toutes les péripéties se déroulent devant nous.

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L'histoire des ta< bes de san le lit de la reine, l'accusai ion poi tée pai ce dei ni( i Keu, leurs dénégations et le second combat de I son vieil adversaire son! en< lemblable n idenl

dans Le roman en prose et la Charrette en vers M ( brétien de Troyes, selon son habitude, se montre beaucoup plus minutieux, plus riche en ornements de détail, et fait bien plus Long nu'nt dialoguer ses personnages, alors que le romancier abi autant que possible cette partie du récit, et semble avoir I d'en finir. Cependant il met dans La bouche de M lant

reprochant à Guenièvi conduite ces paroi

tiques inventées par Lui : « Au moins vail jou miex de lui il

b agit dt1 Keu) car jou vous conquis envers Lui par f< .. d'armes, el encore vaut mieus Lancelot qui vous a tant de ■ maus rus. sî lts a moult malvaisement emploies quar pet « ment sont guerredoné services de femmes .

Cette dernière réflexion, d'une saveur toute particule une

pointe d'humour assez rare chez notre auteur.

Autre remarque : chez Chrétien, la reine va elle-même sans tarder prier Lancelot d'être Le défenseur de sou honneur ou tn dans le roman c'est d'abord Le roi Baudemagu qui vient lui raconter tout de suite ce qui s'est p tlors le héros ntanément ses services à sa dame. Mais, ici comme la. le combat i

i. Sommer, IV, 210,

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étude si-R r-F. L \M-.ni.nr fefl prose

indécis, grâce à une nouvelle intervention de la reine qui le fait, ainsi que la première fois, sur la demande du pauvre roi. Le dépari de Lancelot, allant avec une escorte de quarante chevaliers à la rencontre de Gauvain, le guet-apens où il est attire par la traîtrise de Méléaguant, et les circonstances du retour de Gueoièvre el de Gauvain à Gamaaloth ne se distinguent guère du poème de Chrétien !. Les prisonniers du pays de Gorre, délivrés par Lancelot, reviennent aussi peu après à Gamaalath. La douleur de la reine, cruellement déçue dans son attente, douleur sur laquelle Chrétien n'insiste pas autant, est ainsi représentée par le romancier :

Quant la royne l'entent, si ne pot mot dire, ains li fremist li cors et li cuers li serre si sepasme.

Et un peu plus loin, en parlant du chagrin d'Arthur, il déclare :

Mais duels que nus face ne se prent a celui que la royne mai ne, car elle se coevre pour nullui et dist oiant tous que jamais n'aura joie quant en son service est mors li mieldres chevaliers del monde2.

Et c'est elle qui persuade son royal époux de ne pas quitter la ville de Camaalath, où Lancelot fut adoubé et qui est située en la marche du pays de Gorre. Ici se place dans notre roman l'épisode si curieux et important de Bohort sur la charrette, épisode inventé de toutes pièces par l'auteur dans un but facile à comprendre.

A la mi-août, le roi Arthur, malgré sa grande tristesse, se décide à tenir cour plénière. Le jour de la fête, après la messe,

1. Le long passage relatif aux aventures de Gauvain avant son arrivée au pays de Gorre ne se retrouve que dans le seul ms. Additionnel (10293) du British Muséum et, bien que publié in extenso par Sommer (IV, de p. 182, ligne 34 à p. 195, ligne 30) au lieu d'être rejeté en appendice, apparaît bel et bien comme une interpolation ; il ne présente d'ailleurs aucun intérêt. La seule chose qui vaille la peine d'être relevée c'est le petit changement suivant apporté par l'interpolateur : chez lui le Pont Evage est gardé par un chevalier armé que Gauvain finit par vaincre après avoir été, à deux reprises, culbuté par lui. Dans la Charrette de Chrétien de Troyes' on ne nous dit que quelques mots à peine (v. 3125-48) de la mésaventure du neveu d'Arthur : il tombe dans l'eau en voulant passer sur le pont et n'est tiré de là qu'à grande peine par les compagnons de Lancelot qui le ramènent à la cour du roi Baudemagu. Ce dernier détail se retrouve également dans le roman, mais le rôle joué par Gauvain y est bien plus brillant.

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