Sommer. V
infranchissable à sa perfection morale '. Le germe du conflit, l'antithèse est là. N'oublions pas que cet amour n'est pas non plus un instinct aveugle : non. il est clairvoyant autant qu'amour peut L'être. Et c'est sans doute à cause de cela que Lancelot a éclipsé au Moyen Age la gloire de Tristan, victime d'une fatalité tragique. Tristan, adopté et exalté par notre sensibilité moderne, .s( le type de l'Amant tout court. Lancelot lui, est le type de l'Amant coulé dans le moule médiéval.
L'amour, pour être digne d'un tel amoureux, doit être justifié par la raison : Lancelot est le champion de la dame qui, plus que toute autre, mérite d'être servie et aimée. Elle est pour lui la dispensatrice de toute vertu et de tout honneur ; elle doit donc être à la hauteur de cette tâche qui est une véritable mission, puisque c'est elle qui dirige les destinées du héros incomparable. Ce cœur d'airain n'est-il pas de la cire molle entre ses mains, n'abdiquet-il pas joyeusement toute sa volonté pour se courber docilement sous celle de sa dame ? Les attributions de Guenièvre, son autorité d'arbitre sont les mêmes dans les deux Charrettes, mais l'emploi qu'elle fait de la puissance qu'elle détient et la nature intime de ses sentiments ne le sont pas. Chrétien de Troyes nous montre la reine Guenièvre sous les couleurs d'une dame hautaine et tyrannique, d'une coquette froide, parfois cruelle. On peut dire de lui qu'il idéalise l'amour aux dépens de celle qui l'inspire. Gaston Paris affirme, il est vrai, que cette Guenièvre est le modèle de toutes les perfections de la femme, tout comme Lancelot est le modèle des vertus viriles, mais il est certain qu'en parlant ainsi il se souvient du roman en prose, et non du « conte » de Chrétien : « la façon accomplie dont Guenièvre remplit ses fonctions de reine qui fait le bonheur de son mari et le charme de sa cour », toutes ces belles qualités de Guenièvre sont, d'après G. Paris, mises en évidence surtout dans le roman en prose. Il ajoute, il est vrai, que « tous deux suivent la même inspiration ». C'est ce que nous contestons précisément en ce qui concerne le portrait de l'héroïne. La meilleure preuve de la transformation de ce caractère féminin, nous la trouvons en comparant les deux principales scènes qui se font pendant dans la Charrette en prose et dans la Charrette en vers, scènes où la reine donne à
i. C'est l'esprit de toute la Quête.
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Ii quant I »an< eli ■/ voit ion ai Qu'il ne dit rien qui moût ne plei I i reine. I< »ra •< consoil Li dit ! I lame, moul me mervoil Porquoi tel Banblanl me feïsti \\ .mi bier quant vos me \ eïstes, u N'onquea un mot ne me - « A po la mort ne me donasb Ne je n "i tant de bardemant Que tant com or \ os an demanl \ os .m demander.
1 lame, or Bui prei de l'amander, \lev . jiir le forfet dit m'aiiei « Don j'ai esté moul esmaiiez.
Et la reïne li reconte :
« Cornant? Don n'eûstes vous bonté « De la charrete et -i dot u Moût a grant anvi/. i montasl « Quant vos demoraates deuspas '.
« Por ce, \ oir, ne v<>> vos je p u Ne aresnier ne sgai
Le reproche que la reine adres 3 m ami paraît si étrang pour ne pas dire plus, que le premier éditeur de la Charrette de