DANS LA QUÊTE DU GRAAL
Comparée au merveilleux jardin d'amour du Lancelot propre, la Quête du Graal, qui en forme la suite et la contre-partie, nous apparaît comme un désert aride : rien qu'un grand ciel brûlant au-dessus dune terre morte, où ne s'épanouissent ni le parfum des fleurs, ni le chant des oiseaux.
Une contradiction absolue, irréductible, semble exister entre ces deux œuvres qu'une main inconnue, d'une hardiesse presque sacrilège, a soudées en un seul bloc. Dans la première, la beauté de la dame est, conformément aux lois du canon courtois, la source même des vertus chevaleresques ; son sourire d'abord, puis le don de sa personne, le but, la récompense des plus hauts exploits. Dans la seconde, cette beauté n'est qu'un piège, une tentation diabolique, ainsi que l'enseigne la doctrine de l'Eglise, et la passion inspirée par la femme à l'homme devient l'insurmontable obstacle à sa perfection morale.
En réalité, la même antinomie, le même désaccord, bien qu'atténué, se fait déjà sentir au sein du Lancelot propre : l'idéal mondain s'y oppose par endroits à l'idéal ascétique, sans qu'il y ait encore conflit entre eux 2 ; les contrastes se juxtaposent, s'affirment côte à côte, mais ne se fondent jamais en une unité supérieure. Ce sont de brusques interruptions du récit, comme des nuées orageuses qui déchirent subitement l'horizon limpide