Sommer, VI, 15, 1. e
i2() ÉTUDE si i; i.i; LANCEL01 E» PR081
« LâNCELOT. — Dame, se Dieu plais t, je revenrai plus tost que « vous ne quidiés.
- Gl ENIÈVRE. — Certes, mes cuers ne le me dit pas, qui me « met en toutes les paors et en toutes Les niesaises où onques " gentiex feme fu por chevalier.
<( LàNCELOT, — Dame, je m'en vois a vostre congié, s'il vous « plaist.
« Guenièvre. — Lancelot, vous ni aies mie par mon congié; « mais, puis qu'il est ensi que aler vous i covient, aies en la garde « Celui qui se laissa pener en croix por délivrer l'umain lignage « de la mort pardurable ; qu'il vous conduise a salut en tous les « liex où vous irés.
a Lancelot. — Dame, Diex le face par la soie pitié '. »
Les pressentiments auxquels s'abandonne la reine ne l'auront pas tout à fait trompée, bien que son ami lui revienne un jour — pour l'expiation finale de tous les deux — dans la Mort d'Arthur. Mais, si elle pouvait se douter de combien de souffrances, de quelles humiliations Lancelot devra payer leur coupable passion, peut-être se résoudrait-elle plus difficilement encore à le laisser partir. Dans l'histoire qui va suivre, il n'y a plus de place pour elle : la haute et noble dame, dispensatrice de tant de dons royaux, disparaît, seul son nom restera, nom qui brûle Lancelot tout le long de sa quête, comme le stigmate du péché dont il s'est rendu complice.
La voie qui s'ouvre devant Lancelot le mène à travers des épreuves cruelles, jusqu'au repentir et au pardon. Après l'avoir comblé, le destin semble s'acharner après lui, sans lui laisser aucun répit; dès son premier combat lui, l'invincible, est vaincu, vaincu sans le savoir, par son propre fils Galaad en qui, par opposition au père, s'incarne la chevalerie « celestienne 2 ». A partir de cette défaite, Lancelot du Lac, abandonné à lui-même, à sa propre force devenue une faiblesse, ne sera plus traité que comme un objet de pitié ou de dérision : jusqu'au jour où, devant les signes de plus en plus évidents et multiples de la colère divine,
2. L'interprétation de ce combat malheureux, ainsi que des insuccès ultérieurs de L. lui est donnée à la fin de sa Quête par une recluse : tant que L. avait servi les causes terriennes, il était le meilleur chevalier du monde, mais la quête du Saint Graal est une chose spirituelle. De ce fait tout est changé pour lui (VI, 102-3).