VI 157; cf. I
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ment. Il le fait «1 ailleurs asseï volontiei il a lui
que - se cuers mortels poroil mètre conseil en « li met roit . car il l.i\ oit 1 1 n qu'il peûst
penser . Et sa confiance >uve pleinement justifié)
Non seulement la reine suggère a son époux l'idée de b Itir un navire d'un bois qui puisse durer plus de deux mille ans, elle p side en personne, et dans tous les détails, à son i elle qui fait placer dans la oef, bâtie par les meilleurs charp tiers du royaume, un lit magnifique destiné au bon cb • .et dépose sur ce lit, avec La couronne et L'épée de David, !• tf fuseaux . blanc, vert, rouge, coupés dans 1 arbre de Vie que notre première mère planta ». Les légendes qui ni •<
fuseaux dans VEstoire gravitent autour d'Eve. On nous y raconte comment, en cueillant le fruit défendu, elle l'arracha avec un « rainceau », ensuite comment, expulsée du Paradis, Eve l'emporta en souvenir de sa i grande perte », et l'auteur dit expressément : e car là où La Tome le portoit senefioit il que por tenu1 estoit vie perdue et por feme seroit restorée.
Planté en terre, ce rameau devint un arbre blanc comme neige, signe de la pureté d'Eve encore vierge. Le jour où, sur l'ordre de Dieu, Adam i< connut sa femme », l'arbre devint vert, et, désormais, porta le nom d'Arbre de Vie, « car plus i a de vie que de mort ». Sous cet arbre, qui se couvrit de fleurs et de fruits, fut conçu Abel, mais, sous lui également, fut commis le premier
i. Assez, entendez beaucoup en vieux français.
meurtre sur terre, celui d'Abel par son frère Caïn, préfiguration de la mort de Notre-Seigneur, trahi par Judas. Alors — une dernière fois — l'arbre changea de couleur et devint rouge en « remembrance du sanc qui estoit espandus », mais continua à croître et à embellir, sans que personne, jusqu'au règne de Salomon, eut osé y toucher. Les charpentiers auxquels la femme du roi commande d'en couper trois fuseaux se refusent d'abord à le faire ; sous menace de mort, ils obéissent, mais avec une extrême répugnance ; et pendant que les charpentiers taillent dans l'arbre de vie, des gouttes de sang vermeil en sortent... Ainsi celle qui incarne Eve renoue la chaîne séculaire : depuis la première pécheresse jusqu'à la double Eve nouvelle qui doit « restaurer l'héritage perdu », l'œuvre de vie et de mort continue et l'espérance refleurit toujours.
De même une signification profondément symbolique s'attache à l'épée de David par laquelle doivent être mis à fin les derniers enchantements de Bretagne. Sur le conseil de la femme de Salomon, l'épée est retirée du Temple, ornée et ciselée selon ses indications précises *. De ses propres mains elle noue à la poignée précieuse des « renges » (attaches) d'étoupe, « trop foibles pour la soutenir ». Elle sait ce qu'elle fait ou, du moins, elle le pressent. A la surprise indignée que manifeste Salomon devant cette « vile matière », elle répond par ces paroles pathétiques en même temps que prophétiques :
« Ja à vostre tans n'i aura autres, mais encore, se Dieu plaist, « venra une eure que une damoisele le cangera et i metera por « cestes renés autres, si bêles et si riches que ce sera mer- « veilles a veoir. Si poés en ceste espée connoistre la samblance « de il. femes dont je vous ai oï parler. Car tout ausi corne la « virge qui est a Avenir, si com vous me dites, doit amender de « ce que nostre première meire mesfist, tout ausi amendera ceste
1. Voici ce qu'elle recommande à Salomon : « Vous qui connoissiéz les « forces des herbes et les vertus des pieres... faites .1. poin de pieres pre- « cieuses si soutilment [jointes] qu'il n'ait après vous regart d'omme ter- « rien qui puist connoistre l'une de l'autre, ains quide che chascuns qui le i< verra que ce soit une misme piere ; après i faites une enheudure si merce veilleuse que nule ne soit si vertueuse ne si riche, et après i faitesle feure « si merveilleux en son endroit corne l'espée sera endroit soi ; et quant vous « aurés toutes ces coses faites, si i meterai les renges teiles comme il me a plaira » (1, 133). Cf. VI, 159.
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orrei par tans autres noveles, si comme je «juit.
Ed effet, l.i nuit suivante, pendant que Salomon rej tns
un pavillon au bord de la mer, il \'>it un homme, enb d'anges, monter sur la nef et lui qu'un ange lui
apportait dans un vaisscel d nt : Ceste nel
est senefiance de ma novele maison, Ensuite, après avoir u des caractères sur l'épée de 1 >a\ id et sur le bord de La nef, le divin visiteur disparaît. A son réveil, Salomon lit avec stupeur cette inscription : « 0 tu, lions qui dedens moi veus entrer, garde <ju«- « tu ni outres se tu n'es plains de foi. Car il n'a en moi « non et Créance... Devant cet avertissement Le roi recule, saisi de crainte, et voilà que la nef s'ébranle i d ala si grant
oire qu'il en ol perdu la veùe en poid'eure . Et une voix descend du ciel qui lui dit : • Salemons, tes desiriers est acomplis, car li « chevaliers qui sera de ton Lingnage entrera en celé neif et aura « celé espée que tu Li as apareillie, et saura vérité de loi
'2. I, 136. La manière dont sont rapportés ces détails n'est pas tout à fait la même dans VEstoire (I, 132-436 v( dan- la Quêie VI, U II nous
semble sans grand intérêt de relever ces légères divergences, exception
faite d'une seule : dans YEsloire, Salomon place dans la nef un « bref >• où il met en garde le dernier descendant de sa race contre 1' engin des
femmes ». La Qucte n'en parle pas. Sans doute que l'auteur aura compris l'inutilité d'un avertissement de ce genre à l'adresse de Galuad I. 1 I
i32 ÉTUDE SUR LE LA.NCELOT EN PROSE
Heureux de cette promesse, Salomon fit savoir partout « com- « ment sa femme avoit mené à chef ce où il ne savoit mètre « conseil ».
La nef de Salomon, qui joue un rôle si important dans les deux romans du Graal, est, ainsi qu'on nous l'explique dans YEstoire, l'allégorie de l'Eglise : le lit sur lequel doit reposer un jour le bon chevalier, c'est l'autel du sacrifice eucharistique et c'est aussi la Croix du Calvaire. Mais que signifie lépée de David posée avec sa couronne, lune au pied et l'autre au chevet du lit? Nulle part on ne nous le dit, nous laissant libres de chercher et de trouver par nous-mêmes. 11 semble qu'il faille voir dans cette arme sainte « la chose du monde que Galaad prise le plus après le graal », l'emblème de notre espérance, l'espoir, avec le souvenir du péché originel (les renges d'étoupes), de la rédemption du genre humain, rédemption qui doit commencer par celle de la femme. Cet espoir court en fil d'or à travers toute l'œuvre. Bien que le nom de Marie soit rarement prononcé, il y répand son parfum... Les fleurs de beauté terrestre, de prouesse et de courtoisie sont vite flétries; seule la fleur de sa virginité ne se fane jamais1. Elle est la rose du rosier mystique2, immaculée après comme avant la naissance du Seigneur, son fils. Des deux aspects de sa personne sacrée, — virginité, maternité — notre auteur a surtout exalté le premier. S'inspirant du modèle divin, mais le transposant, sous l'influence de son temps, il a conçu, en une vision audacieuse, la figure idéale de sa vierge rédemptrice.
De même que Galaad est un second Christ, le Christ-chevalier, la sœur de Perceval, fille de roi et de reine, est une réincarnation de la Vierge Marie.
Autour de son image rayonnante flotte un peu d'ombre et de mystère. D'où vient-elle, quel est son nom, comment sait-elle les choses qu'elle révèle aux élus eux-mêmes? Tout cela nous l'ignorons, mais son apparition sur la scène du roman marque l'avènement des merveilles, le début réel de la quête. Car c'est elle qui vient un soir chercher Galaad dans un ermitage près de
2. I, 223. Ce buisson de roses symbolisant Marie est issu, nous dit YEstoire, d'un lys « qui signifie notre première mère ». Partout nous voyons donc le même parallélisme, la même antithèse : Eve et Marie.
Corbanii el l'i turc qu obéil , i h lui disait! H
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i , uprefl \ • | en une vall I tiubitanl • «lu ch celé qui e itoil leur «I un t li j.l ! nh deu* onfortonl el
mier sommeil . la jeun • fille i toujours sans se i i
ch. il. mii pour aller ensemble où, elle ne le <lii : monter sur son palefroi, In den coffrel « trop bel el trop riche qu'elle p] de> anl * * 1 1 * * . I >e nou> eau ils se mel tenl ei vvn> longtemps, arrivenl enfin au bord <1«- la uin1 nef blanche, Sur cel te nef, < lai lad pagnons, Perceval el Bohort, qui ont di mainte tentation avanl d'être réunis1. Les tro
nient leurs aventures, el Galaad avouequi inconnue il ne serait jamais parvenu jusque 1 jeune fille n'est nullement un rôle pas drie dans le Perzifal germanique : elle ne premier guide du héros prédestiné et «1 L'intermédiaire entre les deux plans .sur Lesqu de la Quête, le plan mystique et le plan terres! arrives dans une île déserte, tons les qu ! tout
surgir derrière une roche le vaisseau fantôme, notre h découvre son incognito; elle révèle a Perceval, afin qu'il ci
I. Rappelons comment les deux héros arrivèrent sur cette d'abord à Perceval qu'elle es! envoyée, tenir te de 1»
Le saint prudhomme >< en semblance de presti [ui le ; et le
soutient au milieu de ses épreuves. Ensuite, quand il combat, une voix lui ordonne de monter sur la nef et lui pi u'il ren-
contrera un jour Galaad et Bohort. Ce dernier < >ur tenté par le
diable, mais lui non plus ne succombe pas à la tenl l'ait
entendre à Bohort pour l'inviter à quitter secrètement l'abbaye o sait la nuit et à se diriger vers la mer : du rivage il voit la net' blanche <{ui l'attend, il y monte et y trouve Perceval. Étude sur le Lancelol en prose.
434 ÉTUDE Sl.Iî LE LANCEL01 EH PROSE
mieux ses paroles, qu'elle esl sa sœur, fille de roi, et l'avertit gravement que s'il n'a pas La foi La plus parfaite en Jésus- Christ, il ne devra jamais poser le pied sur cette nef, qui « est si haute chose que nus entechiés de malice n'i puet durer sans péril ». Galaad y entre le premier en se signant, les autres le suivent. Maintenant ils parcourent et admirent ce navire, où les attend l'aventure « pourquoi Nostre Sires nous a mis ensemble ». Celle qui est la gardienne des secrets millénaires delà nef de Salomon leur en raconte l'histoire, ainsi que les diverses prophéties qui s\ rattachent et qui se sont en partie déjà réalisées au cours des siècles. La plus grande d'entre elles va s'accomplir dans un instant. Devant le lit, Galaad, dernier descendant du roi Salomon, saisit la poignée de l'épée de David, à moitié sortie du fourreau, et qui porte en lettres d'or et d'argent l'inscription suivante :
« Cil qui me portera doit estre plus preus que nus autres, se « il me porte saintement, comme il me doit porter, car je ne doi « entrer en lieu ou il ait ordure ne pechié et qui me metra pre- « miers s'en repentira. Mais s'il me garde netement il pora aler « partout seùrement ; car li cors a qui costé je pendrai ne puet « estre honnis en place tant comme il soit chains des renges a « coi jou pendrai ; ne ja nus ne soit si hardis que ces renges « qui ci sont oste por riens, car il n'est mie otroiét a home qui « ore soit neis, ne qui a venir soit : car eles ne doivent pas « estre ostées se par main de feme non, et fille de roi et de reïne. « Si en fera tel eschange qu'ele i metera uns autres de la riens « desus li qu'ele plus amera, et si les i metra en lieu de cestes. « Et si covient que la damoisele soit tous les jors de sa vie « pucele en volenté et en oevre. Et celé damoisele apelera ceste « espée par son droit non et moi par le mien, ne ja devant « chou ne sera nus qui par mon droit non me sache noumer1... »
Anxieux, Galaad et ses compagnons se demandent où .aller chercher la fille de roi et de reine qui doit changer les renges de l'épée de David ? Alors la sœur de Perceval intervient ; sortant du coffret précieux qu'elle portait tout le temps sur elle des renges de toute beauté faites avec ses cheveux, entremêlés de fils d'or, elle déclare : « Beau signor, veés ci les renges qui i doivent
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dément symbolique, est aussi en quelque sorte un •! :
en renonçant spontanément b ce <|ui lui fui le plus i bei dans sa jeune beauté, notre héroïne renonce en même temp au\ douceurs du siècle, elle se retire de lui pour se voui vioe d'une cause divine . Le représentanl d tant
Galaad, la sœur de Perceval doit l'adouber elle même, le ohevalier <le Dieu. Si lui seul peu! tirer «lu fourreau l\ son ancêtre, elle seule peut lui donner son vrai nom : 1 aux étranges renges. o Après quoi de ses propres mains elle la ceint à Galaad, en s'écriant av< iltation :
t Ore ne men chaut il mais quant je mui ir je me I • la plus boineûrée pucele de\ monde que j'ai fait le plus preu-
dome del siècle chevalier : car bien saciés que vous ne l'es! k mie a droit quant vous u\ stiés garnis de ceste espée ki , u fn aportee en cest pais si mervilleusement.
Et Galaad de lui répondre avec la même ferveur : Dam<
« vous en avés tant fait que je sui VOStre cheval ers tous « mais 8. »
t. VI, 162.
•J. Impossible de ae pas penser à une prise de voile, cérémonie où le ; mier geste est aussi de couper les cheveux de celle qui prononce ses \œux. Chez Malory, qui suit de près aotre texte, la sœur de 1 il dit à propos du
sacrifice de ses cheveux : whiehe I lovod wel while I was a woman ofthe world, « Tennyson. s'inspirant du compilateur a: i si iiève
révolution : il t'ait d'elle une nonne \Idylls of the Kimj, the Hohj (irail . Sur la sœur de Perceval dans la littérature du graal, voy. I..-G. Weston. Sir Perceval, vol. II, chap. v.