II. — Classement des Manuscrits
Parmi les manuscrits que nous venons de décrire^ le plus grand > nombre est sans valeur.
Sur les dix-neuf exemplaires du Liber Censuum que nous avons La famiiie passes en revue , il y en a treize (tous ceux qui sont sur papier) 229.
qui reproduisent purement et simplement Texemplaire consarvé à la Bibliothèque Riccardi sous le n« 229, avec plus ou moins d'exactitude (4).
Il suffit, pour s*en convaincre, de dresser la table de chacun de ces manuscrits et de la comparer à celle du ms. Riccardi 229.
D'ailleurs, un des manuscrits de cette série, le ms. Y. H. 63 de la Bibliothèque nationale de Naples , porte nettement sa marque d*origine. Il reproduit les armes d'Urbain YI avec la notice qui les accompagne dans le ms. Riccardi 229 ; or, cette notice est celle par laquelle Antonio Landi d'Alvito, au diocèse do Sera , déclare avoir rédigé l'exemplaire qui est devenu aujourd'hui le ms. Ric-
(i) Archiv, t. VIII, p. 768.
(2) Archiv der GeselUchaft fur altère deutsche Geschichtkunde , t. V, page 89.
(3) Tomassetti, Archivio délia SocietA Aomana di Storia Patria, t. IV» page 369.
(4) Les manuscrits fragmentaires ne contiennent aucun document qui ne soit dans le Riccardi 229 f et ils en renferment qui sont caractéristiques de ce manuscrit. C'est le cas du tfarcîanus lui-même.
IdO ÉTUDE SUR LE LIBER CBN8UUM DE L^ÉGLISB RObIAIKE.
Cârdi 229. Il n'y a, par conséquent, aucun doute sur sa provenance.
Or , le manuscrit de Naples peut être pris pour type des copies exécutées vers la fln du seizième ou le commencement du dixseptième siècle (1), et les différentes coupures que nous avons signalées dans ces copies (en particulier, l'absence des Biographies pontificales dont il ti*est resté que le prologue Dicam breviter... ad amicum inveniet) se constatent ici comme dans les autres, manuscrits de cet ordre.
Lw Restent les six manuscrits de parchemin,
^^parchêmin; Deux do CCS mauuscrits se doublent Tun l'autre : le manuscrit *"\uîcru» ™* Arm. XXXV , n? 18 des Archives Vaticanes, n'est qu'une copie " ^lïaS! ^'"° du manuscrit Riccardi 228.
Mais les cinq autres manuscrits ; Vat., 8486 ; Riccardi, 228; Riccardi, 229 ; Arch. Vat., XV, 1, et Parisin., 4188, qui paraissent au premier abord irréductibles les uns aux autres.
Je crois cependant qu'une étude un peu attentive permet d'établir entre eux certains rapports de filiation. Quelques intermédiaires peuvent avoir disparu, mais les principaux anneaux do la chaîne subsistent, et il est possible de ramener les uns aux autres ces cinq manuscrits.
Il faut tout d'abord se mettre en garde contre une opinion qui vient tout naturellement àTesprit : à savoir que deux manuscrits qui ne contiennent pas les mêmes documents ne sauraient provenir l'un de l'autre. Il importe en effet de ne pas oublier que les manuscrits qui nous occupent se sont formés lentement, par apports successifs; qu'il peut dès lors très bien se faire qu'un manuscrit, après avoir donné naissance à un autre , ait continué à se développer parallèlement à lui , tandis que la copie qu'on en avait prise s'enrichissait, pour son propre compte, de documents nouveaux.
Il s'agit donc de retrouver dans chaque manuscrit le point précis de son développement où il a servi d'original pour la confection d'un nouvel exemplaire.
(1) Nous lisons, en effet, à la première page de tous ces manuscrits une mention qui est comme une marque de fabrique. Us proviennent tous de Texemplaire du Liber Censuum alors conservé au château Saint-Ange : cujus libri existentis in c&stro Sancti Angeli iste liber est exemplum; et comme le manuscrit de Naples, qui, de toute évidence, procède du manuscrit Riccardi 229, porte, tout comme les autres, cette mention, on en peut conclure que l'exemplaire alors conservé au château Saint- Ange et dont dérivent tous les manuscrits de cet ordre est précisément l'exemplairo conservé aujourd'hui sous le n* 229 à la Bibliothèque Riccardi.
LBS MANUSCRITS D0 LIBER CBNSUUIC. 191
Quatre de nos manuscrits -* sur cinq — contiennent une l« Table table» la même dans tous quatre, qui paraît de prime abord aussi VaUeanus 8486. peu à sa place dans les uns que dans les autres (1). Elle se trouve au milieu du texte, et elle ne correspond qu'à une faible partie des documents enregistrés dans le volume, encore no les donne-t-elle pas dans Tordre où ils sont transcrits. Le fait qu'elle est de première main dans les quatre manuscrits pourrait faire supposer qu'elle correspond au premier état de l'un d'entre eux, et qu'elle nous le donne tel qu'il était avant qu'il n'eût reçu aucune addition, mais cette hypothèse ne se vérifie dans aucun cas, et on est obligé de reconnaître que la table en question s'applique à un manuscrit différent de ceux où nous la trouvons placée.
Or, elle s'applique très exactement à la série des pièces qui, dans notre cinquième manuscrit, — le ms. Vat. lat. 8486, — sont numérotées de I à CCLXXXVIII. Elle en est le résumé fidèle : la série tout entière s'y retrouve , et , dans Tordre ; il n'y a ni adjonction, ni suppression, ni interversion.
C'est donc la table du Vaticanus 8486, à une certaine étape de son développement, qui nous est donnée dans les quatre manuscrits que nous considérons en ce moment.
Si on se rappelle maintenant comment s'est constitué le Yat. 8486, si on songe que Tordre des matières y est presque entièrement subordonné à des nécessités purement matérielles et accidentelles, inhérentes à la disposition particulière du volume, on comprendra que le fait de trouver consignée dans d'autres exemplaires la reproduction de cet ordre, si peu logique pourtant et si peu naturel, soit de nature à établir entre le Yat. 8486 et les quatre autres manuscrits une relation qu'il importe de préciser.
Dans les collections canoniques du moyen âge, les manuscrits dérivés contiennent assez souvent une table qui n'est pas applicable au manuscrit qui la contient et qui reproduit l'état primitf de la collection. Je crois que nous sommes ici en présence d'un cas de ce genre.
L'insertion dans les manuscrits postérieurs d'une table qui n'est applicable qu'au manuscrit Yat. 8486 ou aux copies littérales qui en auraient été faites ne saurait, en effet, s'expliquer que si on n'admet que le manuscrit Yat. 8486 avait une impor-> tance tout à fait particulière au moment où ont été écrits les autres
(1) Riccardianus 228, p. Lxxxxi; Riccardianus 229, p. Lxxxviii; Ârm« XV, 1 , p. Lxxv ; Parisinus, p« Lxxv«
192 ÉTUDE Sim LE LIBER GBN8UUM DE L'ÉGLISE BOBCAINB.
manuscrits ou le manuscrit commun d'où ceux-ci dérivent. Si
donc le manuscrit Yat. 8486 avait cette importance, si le désordre
dans lequel les documents s'y trouvent disposés méritait d*être
ainsi fixé dans des manuscrits où on adoptait un ordre meilleur,
ne faut-il pas supposer qu*il était le registre officiel de la Curie
Romaine, et admettre, par suite, qu'il a dû servir d'original aux
manuscrits qui ont conservé si précieusement sa trace, et, pour
La .ainsi dire, sa physionomie ?
^^IStôwp"*^ Mais nous avons des preuves directes de cette filiation. Un
dea quatreautres certain uombro de caractères inhérents au Vat. lat. 8486 se re-
manascriU.
trouvent dans chacun des manuscrits que nous examinons.
Tous les documents qui se trouvaient en 1236 dans le manuscrit Yat. 8486 se retrouvent dans les autres manuscrits, et ils s'y retrouvent avec des particularités qui ne peuvent laisser aucun doute sur leur provenance.
Par exemple, certaines pièces portent encore dans ces manuscrits le numéro qu'elles ont reçu dans le manuscrit Yat. 8486 au moment de la recension de 1236 (1). Or, dans les manuscrits en question, un pareil numéro ne correspond à rien, puisque l'ordre a été changé et que de nouvelles pièces ont été introduites. On ne peut y voir autre chose qu'une marque d'origine.
Nous avons vu que le manuscrit primitif autour duquel s'est formé le Yat. 8486 se terminait au milieu d'un acte (2) , et quo cette interruption s'expliquait par la disposition matérielle du manuscrit. Or, le même acte est interrompu au même mot dans tous les manuscrits connus du Liber Censuum^
La rubrique de la pièce numérotée CLXXXYIII dans le Yat. 8486, « Simile privilegium factumpost >, comprenait primitivement un mot de plus. Ce mot a été efifacé dans le manuscrit Yatican
(1) Par exemple : De muro, portis, miliaribus urbis, n* XXXI. Quare faetum sit Panthéon, n* XXXYIII.
Quot sint templa Transtiberim, n* XLII.
Instrumentum quod Qimundus de Fumone dédit et concessit R. E. omniA Jara et actiones..., etc., n« GGXVII.
' Cartula arbitrii lati inter dominum papam et quosdam dominos Paliani , n» CCXXIII.
Et ainsi pour toutes les rubriques de GGXXIV à GGLXXXVIII.
(2) Rubrique GLXI V : < Aliud juramentum' ejusdem (ducis Apnlie) super eonsenrandis et defendendis regalibus sancti Pétri..., etc. »
Interrompu à ces mots : a de qua diffînitio facta non est; et ad... »
8486 (pas assez, cependant, pour que toute trace en ait'disparu) et la rubrique ainsi tronquée se retrouve sous la même forme dans tous les manuscrits de Cencius.
Le serment du roi Bela de Hongrie, qui a été, par erreur, transcrit deux fois dans le manuscrit Vat. 8486 (i), se retrouve deux fois aussi dans les autres manuscrits.
Dans le précieux chapitre qui contient les extraits des anciens registres pontificaux et des vieux cartulaires do l'Ëglise ror maine (2), le scribe à qui on doit le manuscrit Vat. 8486 a passé sous silence les locations faites à Sainte-Âgnës par le pape Grégoire II (3). Mais on saisit ici Terreur sur le fait ; en marge , le rubricateur a noté Sancta Agnes, comme il le trouvait dans les collections antérieures auxquelles tout le passage est emprunté. t)ans les autres manuscrits Perrour s'est maintenue, mais l'indice de Terreur a disparu. Il n'y a rien sur Sainte-Agnès, ni dans le texte, ni dans la marge.
Dans Tévêché de Vintimille, le manuscrit Vat. 8486 mentionnait une église directement soumise au siège de Rome, L'exemption dont jouissaitcette église ayant été supprimée, la mention de Téglise et de la somme qu'elle devait au Saint-Siège devaient disparaître du registre censier. Mais la chose se Qt mal, et la mention ne fut pas complètement effacée dans le manuscrit 8486. La rature, dont les traces sont encore très visibles, laissa subsister les deux premiers mots et la première syllabe du troisième : Ecdesia de ML. . Or, nous constatons, dans tous les autres manuscrits du Liber Censuum, la transcription de ces quelques syllabes dépourvues de sens.
De même, un certain nombre de notes marginales du manuscrit Vat. 8486 sont passées dans le texte des autres manuscrits» par exemple, un long privilège du roi d'Espagne, en faveur de TEglise romaine (4), et le serment d'obéissance prêté au pape par la ville de Montpellier (5).
Quelquefois même , comme les notes marginales sont généralement à la marge inférieure, le copiste no s'est pas exactement rendu compte du point que ces notes devaient éclaircir ou du document qu'elles devaient compléter, et il les a transcrites purement et simplement à la suite de la dernière mention qui figu-
(1) Rubrique CCV ot fol. 228.
(2) Rubrique LXXI.
(3) Il a oublié la phrase que Jafîé-E enregistre sous le n* 2215^
(4) Année 1210 de Téro d'Espagne.
(5) Du mois d'avril 1215.
194 ÉTUDE 8tlR L1B LIBER CENSfJUM DE L'ÉOLISB ROMAINE.
rait sur la page. Dans le manuscrit Vat. 8486, au bas de la colonne où sont enregistrés les cens du diocèse de Grosseto, se trouve rindication suivante : Quidam piililes qui dicuntur Lambarfii Gros-setane diocesis lenentur solvere annuatim XX, sotidos Pisanorum pro Buriano et quibusdam aliis caslris et possessionibus ad Ecclesiajn Romanam pertinentibus {\). Mais la page no se termine pas sur Tévêcho de Grosseto. Elle finit par la seconde des mentions inscrites à révêché de Volterra : Cornes Panocla IIII MaraboUnos de iota terra sua. Les copistes ont copié machinalement^ et c'est pour cola que, dans tous les autres manuscrits, la mention quidam milites^ etc., qui appartient bien évidemment à l'évêché de Grosseto, est rapportée à révêché de Volterra et vient partout après les mots : Cornes Panocla IIII MaraboUnos de tota terra sua. La chose est tout à fait significative. La faute ne peut s'expliquer que par une dérivation du manuscrit Vat. 8486.
Il résulte par conséquent de tout cela que le manuscrit Vat. 8486 est Tarchétype de tous les exemplaires à nous connus du Liber Censuum : les deux manuscrits do la Bibliothèque Riccardi, le manuscrit XV, 1 des Archives Vaticanes et le manuscrit de Paris 4188 dérivent tous de lui.
Il nous reste à savoir dans quel rapport ces quatre manuscrits se trouvent les uns à legard des autres.
Pour cela nous n'avons plus la ressource de tables nous indiquant chacune la provenance immédiate de l'exemplaire où elle se trouve, et il faut alors se demander, à propos de chaque manuscrit, de quel exemplaire il peut procéder.
Nous commencerons par les manuscrits les plus récents et nous tâcherons, pour chacun d'eux, de remonter la série qui les rattache au manuscrit Vat. 8486.
Le n"" 4188 de la Bibliothèque Nationale de Paris se rattachant à
un manuscrit du quatorzième siècle aujourd'hui perdupour nous,
nous prendrons d'abord le manuscrit Riccardi 229, qui porte, nous
l'avons vu, la date de 1 388.
riiiation Pour classer le manuscrit Riccardi 229 nous ne considérons
HiccardkLnu»n9. naturellement que la partie du manuscrit qui est de première
main. Or, dans cotte partie-là, il contient des documents qui ne se trouvent ni dans \QRiceardianus2^^^ ni dans le Parisinus 4188 : par exemple le privilège de l'empereur Charles IV (2), la donation
(1) Le Liber Ceneuum de l'Eglise Romaine, p. 58 et note.
(2) Fol. 383,
du roi de France Charles V (I) , le serment prêté au pape Grégoire XI par Frédéric d'Aragon (2). Dans le Liber Censuum proprement dit, il contient la mention de plusieurs monastères qu'on ne trouve pas dans le Parisinus 4188, par exemple celle de Saint- Antoine au diocèse de Vienne et celle de Saint-Pierre au diocèse de Cambrai ; et, d*autre part, il n'a pas les indications qui figuraient dans le Riccardi 228 dès avant Tannée 1388, comme la mention de Cluny dans Tévêché de Mâcon, celle de Sainte Werburgo au diocèse de Lichfeld, ou celle de Saint-Claude (Sancti Eugendi) au diocèse de Lyon. Enfin , pour certaines mentions qui lui sont communes avec le Riccardi 228 (Saint- Antoine de Vienne et Saint-Pierre de Cambrai), la rédaction diffère tellement d'un manuscrit à l'autre, qu'il est bien évident à première vue que l'un no peut dériver de l'autre (3).
Il en va tout autrement pour le manuscrit XV, 1 des archives vaticanes. Tout ce que ce manuscrit contenait en 1388, se retrouve dans le Riccardi 229 et dans les mêmes termes. Il n'y a pas jusqu'à la faute si caratéristique du manuscrit des Archives (Cenlurio pour Centio) dont nous ne retrouvions la trace dans le manuscrit Riccardi 229 (4). Il me semble donc bien légitime d'en conclure que le Riccardi 229 dérive du manuscrit XV, 1 des Archives vaticanes.
Le manuscrit de Paris, exécuté par ordre de Benoît XIII, après Filiation
Parisinus 4188.
(1) Fol. 386.
(2) Fol. 386 V.
(3) Voici, par exemple, le texte comparé des deux manuscrits pour Saint- Antoine do Vienne :
Riccardi 228. Riccardi 229.
Abbas monastcrii sancti Antonii Abbas monasterii sancti Antonii'
Vicnnensis tenetur ccclcsie Romane Vicnnensis débet pro ccnsu quolibet
quolibet anno iD> una marca argenti anno ccclcsie Romane unam marcam
proutinquadambuUadomini Johan- argenti prout in quadam bulla do-
nis pape XXII continctur sub dat. mini Johannis pape XXII continetur
pontificatus sui anno XIIII régis- sub dat. ponlincatus sui anno XIIII
trata in libro rcgistri bullarura sua- registrata in folio secundo XLI libri
rum in folio II'-lXeXLI et fuit cons- registrorum buUarum suarum et fuit
titutus dictus ccnsus Bonifacii pape constitutus dictus census per domi-
VIII pontificatus sui anno III et num Bonifacium papam VIII ponti-
IIII idus junii. ficatus sui anno III et IIII idus junii.
(4) « Incipit Liber Censuum a Centurio camcrario compositum secundum antiquorum patrum regesta et mcmoralia divcrsa... » Dans le ms. Riccardi 229, on a rétabli « Centio » au lieu de « Centurio , » mais les traces de la correction sont encore très visibles.
196 ÉTUDB Sun LB LIBER CENSUUM DE L*âGLISB ROMAINE.
Filtaiioii
da
Ms. Arm. XV. 1
des
Archirea Vatioa-
nés.
1402 (1), reproduit, nous Tavons vu, un manuscrit qui a disparu sans laisser d'autres traces. Malheureusement il n*est pas complet, et c'est seulement grâce à la table, qui occupe les premiers folios, que nous pouvons reconstituer l'exemplaire dont il procède (2) . On remarque tout d'abord qu*aucun des documents insérés pendant le quatorzième siècle dans le ms. Riccardi 228 ou dans le manuscrit XV, 1 des Archives ne se retrouve dans cette table, et que d'autre part cette table renferme un certain nombre de documents du quartorzième siècle qui ne sont dansaucun autre manuscrit du Liber Censuum^ par exemple Tinféodation faite par Boniface VIII du royaume de Sicile au roi d* Aragon (3), et la cession d'une moitié des revenus du Saint-Siège au collège des cardinaux consentie par le pape Benoît XII en 1334 (4). On en peut conclure que le manuscrit en question a été, au quatorzième siècle, indépendant du Riccardi 228 ot du manuscrit XV, i des Archives Vaticanes. Mais, pour tout ce qui est du treizième siècle, il y a conformité entre les trois manuscrits : ce sont les mêmes documents, disposés dans le même ordre, avec les mêmes caractères et les mêmes anomalies.
Le rapport que soutiennent entre eux ces trois manuscrits est facile à établir.
En analysant le manuscrit Riccardi 228, nous avons remarqué comment se décomposait sa seconde partie, et nous avons vu que, pour toute une série do documents, il avait la valeur d'un original. Nous avons suivi, en effet, sa lente formation, nous avons vu deux cahiers sur les événements de Hongrie au temps de Grégoire IX , cinq cahiers de biographies pontificales d'Etienne V à Alexandre III, deux cahiers sur la vie de Grégoire IX , quatre cahiers sur les achats opérés autour du Vatican en 1278 et 1279, venir successivement grossir le manuscrit primitif; puis, sur les pages demeurées vides à la fin de chaque cahier, nous avons constaté les transcriptions successives de documents divers, serment de Jean sans Terre, lettres de Charles d'Anjou à Grégoire X , relation de Sinitius, nonce apostolique en Angleterre, etc. L'ordre et la disposition de tous ces documents additionnels appartient bien en propre au ms. Riccardi 228, et si
(1) Il contient en effet le serment d'hommage du duc de Berry enregistré en 1402.
(2) Fol. 1 à 10.
(3) L*avant-dernier document de la table.
(4) Fol. 10 V».
LES MANUSCRITS ÛU LIBER CBNSUUM. 197
ces documents se retrouvent tous et dans le même ordre dans d'autres manuscrits^ il est bien évident qu'ils ont dû ctre empruntés au ms. Riccardi 228 : le raisonnement est ici le môme que plus haut à propos du manuscrit Yat. 8486.
Or, le Parisinus 4188 et le manuscrit Arm. XV, 1 des Archives Vaticanes reproduisent très fidèlement le Riccardianus 228 tel qu'il était dans la seconde moitié du treizième siècle. G* est dire par conséquent qu'ils procèdent de lui.
Entre ces deux manuscrits qui procèdent également du Riccardi 228, y a-l-il un rapport de filiation ? En l'absence d'un des deux manuscrits, qui n'est plus représenté pour nous que par une copie tardive et incomplète, la question est difficile à résoudre. Pourtant, il paraît plus probable que les doux manuscrits sont indépendants : la faute Ceniurio pour Centio, dans le titre, est spéciale au manuscrit XV, 1 des Archives Vaticanes (1), et la lettre relatant au pape Clément IV le couronnement du roi Charles d'Anjou, ne se trouve aussi que dans ce manuscrit (2). L'impossibilité où nous sommes de savoir ce qui, dans le manuscrit perdu, était de première main et ce qui était d'écriture postérieure, rend ici toute conjecture presque entièrement arbitraire.
Nous savons seulement que les deux exemplaires procèdent du Riccai*di 228 tel qu'il était vers la fin du treizième siècle. Les Instrumenta de 1279 sont de première main dans le manuscrit XV, l des Archives du Vatican, et leur disposition , aussi bien dans ce manuscrit que dans le manuscrit présenté par le Parisinus 4188, ne pourrait s'expliquer s'ils n'avaient pas été empruntés au manuscrit Riccardi 228.
Ceci établi , il nous reste à étudier la formation du ms. Rie- Formation cardi 228. A quel moment a-t-il été copié sur le Vat. 8486? Bicear^^ust^B.
A cela je réponds que la première partie de ce manuscrit, sûrement antérieure à 1236, date au plus tôt de l'année 1228.
Elle ne saurait, en effet, être antérieure à 1228, car elle contient mention d'un acte de Grégoire IX relatif à Saint-Pierre de Maguelonne, qui est du 18 juillet 1228(3); d'autre part, elle ne
(1) ff Incipit Liber Censuum a Genturio camerario compositus. i»
(2) Fol. 447 V.
(3) Dans la liste des cens de Tévôché de Maguelonne (fol. 36) : Ecclesia Sancti Pelri Magalonensis ÏII oholos aureos et fada est censualis tempore Gregorii pape Vllîl pro confirmatione possessionum et ecclesiarum suarum. Or» nous possédons l'acte de Grégoire IX auquel il est fait ici allusion ; c'est une bulle du 12 août 1228 (Voy. Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, t. V, p. 554 ; Potthast, n* 8259).
paraît pas postérieure à 1236, parce que, dans le manuscrit Vatican, sur lequel elle a été copiée, les rubriques alors existantes ont toutes été numérotées en 1236 et que nous ne trouvons dans le premier noyau du manuscrit Riccardi 228 aucune trace do ce numérotage.
J'ai cru assez longtemps que l'ordre des matières, dans le manuscrit Riccardi , pouvait être Teffet d'un classement systématique. A y regarder de plus près, on s'aperçoit nettement que cette nouvelle ordonnance est elle-même purement accidentelle. On a commencé par transcrire tous les documents qui figuraient de première main dans le manuscrit original (Vat. lat. 8486), avec les modifications qu*ils avaient pu subir ; on a ensuite dépouillé successivement les différents cahiers de l'original, en commençant par le premier, et on a ainsi transcrit à la suite les documents qui avaient été introduits, au hasard des circonstances, sur les derniers feuillets laissés volontairement disponibles à la fin de presque tous les cahiers du registre original. Dai« Cette remarque résout, je crois, la question do date. Le premier
Riceardianusîu. uoyau du manuscrit Riccardi 228 ne contient, parmi les documents
additionnels au registre de 1192, aucun document d*une date postérieure à 1225 (1) ; or, dans le manuscrit original, tel qu'il a été saisi et fixé par la recension de 1236, il y a, sur les dernières pages des divers cahiers, un certain nombre de documents posté* rieurs à 1225 ; il faut donc admettre qu'au moment où a été formé le premier noyau du manuscrit Riccardi 228, le manuscrit qu'on a copié ne contenait pas encore ces documents, et, comme nous voyons, à la différence même des écritures, que le manuscrit original était constamment tenu à jour, nous pouvons affirmer, sans grande chance d'erreur, que le manuscrit Riccardi , dans son premier état, est assez antérieur à 1236, et, vraisemblement, postérieur de très peu à l'année 1228.
see II s'est ensuite accru très vite (fol. 148-159) (certainement
"^n^^S!^ avant Tannée 1236), de toute la série des serments disséminés
sur les différents cahiers du manuscrit Vatican 8486 (Cencius lui-même n'avait pas procédé autrement, en 1192, à l'endroit des diverses formules de serment recueillies par lui) ; et ici encore on a travaillé très méthodiquement, en commençant par les premiers cahiers et en continuant de proche en proche jusqu'à la fin.
(1) Je considère VInstrumentum casiri Scurlas de 1233 (fol. 148 y*, coU 2) comme une addition au manuscrit primitif : il ne parait pas être , en effet, de la mémo écriture.
Plus tard, après la recension faite en 1236 du manuscrit Vati« can 8486, on a introduit dans le manuscrit Riccardi 228 de nouveaux documents : quelques-uns sur des cahiers intercalés au milieu des cahiers déjà existants (ce sont les cahiers VIII, IX, X, XI), les autres sur des cahiers supplémentaires (cahiers XIX- XXVII). On suivit encore, le plus possible, Tordre d*accroissement du manuscrit original ; les cahiers intercalés furent consacrés aux documents insérés dans la première partie du manuscrit Vatican, les 'cahiers supplémentaires aux documents ajoutés à la seconde. Celte fois, d'ailleurs, comme tous les documents contenus en 1236 dans le manuscrit original avaient reçu un numéro d'ordre lors de la recension de ce manuscrit, chacun d'eux fut transcrit dans le manuscrit Riccardi avec ce même numéro d'ordre, bien que ce numéro ne correspondît nullement à la place qu'on lui donnait dans le nouveau registre.
J'ai montré ailleurs que c*est en 1254, au plus tard, que notre manuscrit a présenté la forme que je viens de décrire (1).
A partir de ce moment, les additions nouvelles sautent aux yeux; je les ai indiquées plus haut (2), en décrivant le manuscrit.
Nous sommes ramenés, en fin do compte, au manuscrit Vatican 8486, source première de tous les autres manuscrits du Liber Censuum. L'importance qu'il a eue témoigne assez de la place qu'il a occupée dans la Curie romaine : il importe donc de connaître ses origines.
Nous avons vu qu'il devait ôtre notablement antérieur à vatieMmuiù l'année 1236. Je crois que nous pouvons maintenant préciser «»i lo mMuscrit davantage et placer sa rédaction à la fin du douzième siècle. Si **"^'° nous considérons, en effet, l'ensemble des documents qui ont formé le corps du manuscrit primitif, nous remarquons qu'ils sont tous antérieurs à Vannée 1192, c'est-à-dire à Tannée même où le Liber Censuum fut composé, si bien que le noyau du manuscrit Vatican 8486 est précisément le Liber Censuum de 1192. On pourrait supposer, à la rigueur, que le manuscrit Vatican a été copié entre 1192 et 1236 sur l'original de 1192 et qu'il a été, à ce moment-là, mis au courant. Mais cette hypothèse est détruite par la seule considération que les documents de deux années consécutives aussi rapprochées que possible de 1192 ne sont pas de la même main et n'ont certainement pas été transcrits en même temps sur le registre (3). Si bien que nous devons considérer le
(1) Mélanges de VEcole de Rome^ t. VI, 1886, p. 153.
(2) Pago 182-183.
(3) Par exemple les rubriques CLXVI , CLXVII et CLXXI.
manuscrit Vatican 8486 comme l'exemplaire primitif et original da Liber Censuum écrit en 1192, sous les yeux de Cencius, par Guillaume Roûb, clerc de la Chambre apostolique. .