II AVANT-PROPOS
L'œuvre de Cencius se compose de deux parties :
1*" D'un registre où sont inscrits, province par province, les noms des débiteurs de l'Eglise romaine et la quotité de leurs redevances;
2® D'un cartulaire qui contient les titres constitutifs de la propriété et de la suzeraineté du Saint-Siège (donations, testaments, contrats d'achat ou d'échange, serments d'hommage, etc.)
De ces deux parties, la première constitue ce qu'on peut appeler proprement le Liber Censuum de l'Eglise romaine ; la seconde n'est, en réalité, qu'un recueil de pièces justificatives, une sorte de Codex diplomaticus dominii tem^ poralis SancUe Sedis.
C'est , par conséquent , la première partie qui fera surtout l'objet de notre étude.
Un livre censier , ou , comme dit Brussel , un livre terrier, « est un registre de la recette faite pour un an de tous les cens et rentes appartenant à une seigneurie. »
La liste des divers cens et rentes que percevait le pape, à la fin du douzième siècle, en sa qualité de seigneur ^ voilà ce qui constitue le Liber Censuum de Cencius.
Au sein du monde féodal, le Saint-Siège devait nécessairement prendre l'apparence extérieure qui s'imposait alors à tous les membres de la société, aux personnes morales comme aux individus : il est devenu une seigneurie.
On sait que le moyen âge entendait par ce terme un ensemble de droits, d'origine et de caractères très divers, où la propriété et la souveraineté confondues se marquaient par de certains services et redevances.
Dans ritalie centrale, où le Saint-Siège avait depuis longtemps de vastes domaines, qui, au temps de Charlemagne, lui avaient valu la cession d'une partie de la puissance publique, la seigneurie du pape s'était établie tout naturellement, comme en d'autres lieux celle des ducs et des comtes.