‹ Étude sur le Liber censuum de l'Église romaineChapitre 4 sur 24 · IV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

IV AVANT-PROPOS

légitimité, le Saint-Siège avait paru tout désigné pour succéder dans ce rôle à TEmpire.

L*Apôtre enseigne que tout pouvoir légitime vient de Dieu. Mais qui donc aura mission d'éclairer les consciences, de se prononcer sur la légitimité des pouvoirs de fait, sinon celui qui a reçu du Christ le droit de lier et do délier toute chose?

C'est donc à la papauté que les hommes ont fait appel. Les Etats naissants et les dynasties nouvelles ont senti le besoin de se faire reconnaître par elle. Elle a sacré Pépin et couronné Charlemagne ; elle a érigé des trônes et dispensé des couronnes.

La, papauté s'est trouvée investie de la sorte d'une véritable magistrature, d'un droit qu'on pourrait appeler ^prarégalien^ et ce droit, comme les droits régaliens euxmêmes, a pris, à certains moments, une forme féodale.

Les puissances de fraîche date désirèrent marquer d'un signe visible leur union avec le Saint-Siège et s'obligèrent à lui servir une redevance annuelle.

Cette redevance prit bien vite le nom de « cens » et se confondit aussitôt avec les divers revenus d'origine foncière que le Saint-Siège percevait sous ce nom. Elle fut incorporée au domaine, elle compta parmi les rentes do la seigneurie.

Les papes du onzième siècle , et Grégoire VII en particulier, s'efforcèrent de préciser les rapports que marquait ce cens payé à Rome par divers Etats chrétiens.

Le domaine éminent possédé par l'Âpôtre sur les monastères censiers se traduisait sans difficulté par la censive. Mais pour des principautés et des royaumes, il paraissait difficile d'admettre que la redevance conservât le caractère d'un simple lien de droit privé.

Les papes y virent un signe de suprématie politique , et Grégoire VII réclama le serment d'hommage à Guillaume le Conquérant, comme un suzerain à son vassal.

▲vAirr-PROPOS. ▼

Cette thèse de la cour de Rome ne fut pas admise partout sans contestation , et il faut reconnaître qu'elle n'a jamais complètement triomphé.

Elle n*en a pas moins dominé pendant plusieurs siècles les relations du Saint-Siège avec la plupart des Etats européens; et le principe en est clairement énoncé à la première page du Liber Censuum.

Le camérier de 1192 a soigneusement relevé tous les cens dûs au Saint-Siège, et, sans s'occuper de rechercher l'origine de chacun d'eux, il a consigné dans un môme registre le nom de tous ceux qui en étaient grevés, parce que pour lui , comme pour la Chambre Apostolique , les églises, monastères y cités ou royaumes ainsi rapprochés en vertu d'un symbole unique, étaient tous également du domaine de saint Pierre, car tous ils étaient, ainsi que l'écrivait le camérier en sa Préface, « in jus et proprieta^ tem beati Pétri consistentes. »

L'œuvre de Cencius marque, par conséquent, le point d'arrivée d'une longue évolution historique, qui a constitué, au profit du Saint-Siège, une seigneurie d'un caractère spécial et d'une immense étendue.

Pour étudier ce livre, je devais en examiner la formation, en rechercher les antécédents, en déterminer les sources. Il fallait, pour cela, dégager et établir le texte primitif, retrouver la filiation des différents exemplaires qui nous Tout conservé. Puis, comme à partir de 1192 jusqu'à la fin du quinzième siècle le Liber Censuum de Cencius est demeuré en usage à la cour romaine , sans cesse tenu au courant et mis à jour, il importait de voir quelle avait été la fortune du livre, l'emploi qu'on en avait fait, les additions qu'il avait reçues. Ceci m'a amené à retracer l'histoire des différents manuscrits et même, par suite de l'extrême confusion qu'ont portée dans la matière ceux qui en ont traité jusqu'ici, à conduire cette histoire jusqu'à notre temps.

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