VJ AVANT-PROPOS
Cette étude des caractères extérieurs de l'œuvre ne m'a pas paru suffisante. Pour me rendre compte de la vraie portée du livre et pour entrevoir quelque chose à la longue évolution dont il marque si nettement le terme, j'ai cru nécessaire de rechercher l'origine et d'étudier les transformations successives des différents cens que le camérier a enregistrés côte à côte, comme des faits de même ordre, sous une commune rubrique.
Comme le livre de Cencius, malgré le cartulaire qui s'y trouve, était loin de présenter les éléments nécessaires à cette étude, j'ai dû chercher dans la correspondance des papes, dans les chroniques et les collections diplomatiques, tout ce qui pouvait aider à faire l'histoire des redevances mentionnées au Liber Censuum.
La tâche était difficile.
On trouvera, sur plus d'un point, de précieuses indications et des vues ingénieuses dans le grand ouvrage de Thomassin (1), dans une Dissertation des Antiquitates de Muratori (2), et dans le récent opuscule d'un jeune professeur à l'université de Cracovie , sur la Protection apostolique au moyen âge (3).
Mais personne , que je sache , n'a encore étudié le problème en lui-même.
Je devais, dès lors, agir avec une grande prudence, et éviter « de me former à plaisir des idées claires et distinctes d'un pays inconnu avant que d'y avoir été (4). » Aussi ai-je analysé tous les textes en leur particulier avant
(1) Veius et noua EccleBiss diBciplinh circti bénéficia et beneficiArios distributa. in très paries sive tomos, in-fol., 1688 (pars I, lib. III, cap. xxvii- XXXVII, ot spécialemont cap. xxxiii, |2 6-10).
(2) Dissertatio sexagesima nona : De censibua ac reditibus olim ad eccleaiam Romanam pertinentibua^ col. 797 et suiv. , au t. V des Antiquitatea italicsB medii œvi^ in-fol., Milan. 1741.
(3) Alfred Blumenstok : Der papsttiche Schuiz im Mittelalter^ chez Wagner, Innsbruck, 1890, p. 1-168.
(4) Thomassin, Préface à V Ancienne et nouvelle discipline.
▲TAKT-PROPOS. VII
de les rapprocher les uns des autres et de les éclairer les uns par les autres ; et c'est seulement à la suite de ce double travail que je me suis cru permis d'émettre les hypothèses qui m'ont paru rendre compte des faits successivement constatés et précisés.
Aussi bien, ce que je présente ici n'est qu'un essai. C'est moins un livre qu'une série de recherches.
J'ai tenu à conserver, autant que possible, à cette étude sa forme analytique , pour qu'il fût plus facile à d'autres de la refaire après moi : c'était, je crois, le seul moyen pour que le temps que j'ai donné à ce travail ne fût pas entièrement perdu.
Rome, 29 juin 1891.
N.-B. Dans les pages qui suivent^ fat disigné par le mot « Potthast » les Regesta pontiQcum Romanorum iode ab anno post Christum natum MGXGVni ad annum MGCIV, éd. A. Potthast, ia-4o, Berlin, 1874 ; et par les sigles Jaffé-K, Jaffé-E, Jaffé-L, les différentes parties de la notivelle édition des Regesta poDtificum RomaDorum ab condita ecclesia ad anoam post Christum natatn MCXCVIII, in-â», Leipzig, 1885>i888, dues respectivement aux soins de MM. KaltenbruQDer, Ewald et Loewenfeld.
ETUDE