‹ Étude sur le Liber pontificalisChapitre 38 sur 67 · VALEUR RELATIVE DES ÉDITIONS · texte numérisé non relu

VALEUR RELATIVE DES ÉDITIONS

L’édition de Grabbe est dérivée d’un manuscrit de la classe A ; cependant, outre qu’elle ne donne pas le texte complet du Liber Pontificalis et qu’elle disperse les vies au milieu des documents de la collection canonique, il est difficile de lui accorder une grande importance. L’éditeur des conciles y a inséré les vies des papes comme un accessoire et ne s’est guère donné de peine pour en établir le texte. Son manuscrit appartient, il est vrai, à la classe la plus ancienne, mais nous n’avons aucun renseignement sur son âge et , à en juger par le texte de Grabbe, il était loin de figurer parmi les meilleurs. D’ailleurs Grabbe ne s’est pas fait faute de le corriger et avec bien peu de sens critique.

Les quatre éditions de Mayence , de Paris, de Bianchini et de Muratori reproduisent identiquement le même texte , celui du Vaticanus 3764. J’ai dit plus haut ce qu’on devait penser de la valeur de ce manuscrit. Uniqueou à peu près pour la vie d’Etienne Y, il a une grande autorité pour celles du neuvième siècle. Quant au commencement, sa valeur est beaucoup moindre. Cependant , tel qu’il est, il présente encore une certaine unité que les éditeurs , depuis Welser jusqu’à Muratori, ont tenu à respecter, se bornant à mettre au bas des pages les variantes de manuscrits meilleurs et dont la valeur ne leur était pas inconnue.

Il en va tout autrement dans l’édition Vignoli , pour laquelle on mit à contribution tous les manuscrits du Vatican. Le cadre est bien encore celui de l’édition de Mayence et, dans l’ordre des manuscrits, le Vaticanus 3764 conserve le premier rang ; mais les variantes et surtout les additions , de quelque part qu’elles viennent, sont admises dans le texte avec plus d’empressement que de méthode. Vignoli n’a pas la moindre idée de la valeur relative des éléments divers dont il compose son texte : il y introduit pêle-mêle les interpolations de la classe iï et les bonnes leçons des manuscrits A ; il puise jusque dans le catalogue libérien et ne se fait pas faute de remplacer par le texte de ce document tout le passage du

Liber Pontificalis relatif aux constructions du pape Jules, sans se douter qu’au lieu de faire une correction de texte, il substitue l’un à l’autre deux documents d’origine très-différente. Ce manque de critique dans la constitution du texte n’est malheureusement pas suppléé par les variantes mises au bas des pages. Au lieu des collations complètes données par Fabrot, Bianchini et Muratori, nous n’avons ici qu’un maigre choix de leçons dont l’insuffisance se révèle surtout aux passages caractéristiques, de sorte que les renseignements de Yignoli ne permettent pas de se faire une idée générale du texte de ses manuscrits , à plus forte raison de les classer méthodiquement. Il y a donc lieu de se défier toujours de cette édition dans laquelle un passage donné peut tout aussi bien provenir d’une interpolation du douzième siècle que de la rédaction originaire.

On prépare depuis une cinquantaine d’années une nouvelle édition du Liber Pontificalis qui sera insérée dans les Monumenta Germanise. Dans le cours de ses nombreux voyages, M. Pertz réunit des renseignements sur un grand nombre de manuscrits ; on peut voir dans le tome III de VArchiv , où il décrit les manuscrits de Vienne, qu’il n’avait pas dès le commencement des idées bien nettes sur la valeur" relative des manuscrits déjà connus. Dans le tome V, après avoir longuement parlé du manuscrit de Naples retrouvé par lui , il entreprend une sorte de classement qui , je regrette de le dire , est absolument sans valeur. On en pourra juger par ce fait qu’on y trouve rangés pêle-mêle , dans la même classe , tous les manuscrits du Vatican et de Florence , les deux de Berne, celui de Modène et celui de Lucques.

Les idées de M. Pertz ont du se modifier plus tard par une étude plus approfondie de la question. Quoi qu’il en soit, l’impression produite sur lui et sur ses collaborateurs par l’antiquité du Neapolitanus ne s’est pas effacée ; je vois par les renseignements que donne M. Lipsius (p. 83), d’après une lettre du docteur Pabst, alors (1) chargé de la publication , que l’on s’est borné à collationner les meilleurs manuscrits de la classe B. M. Lipsius en donne la liste avec quelques observations du docteur Pabst, qui a fort bien vu que le Neapolitanus n’est pas le plus sûr représentant de la classe à laquelle il appartient, et qu’il faut préférer à ses leçons celles des autres, quand ils s’accordent contre lui.

D’après tout ce que j’ai dit plus haut, il est clair que la classe B ne représente pas le meilleur ni le plus ancien état de texte du

(1) En 1869.

LES ÉDITIONS

Liber Pontificalis. C’est à la classe A qu’il faut s’adresser pour l’ensemble, sauf à ne pas négliger les variantes de l’autre ni surtout celles du Vaticanus 3764, les deux recensions postérieures ne pouvant prétendre qu’à une très-faible autorité pour toute la partie antérieure au dixième siècle. Il importe donc de collationner à nouveau tous les manuscrits importants de la recension A et de les classer rigoureusement ; ils sont d’ailleurs assez peu nombreux. Espérons que les futurs éditeurs du Liber Pontificalis (1) sauront le comprendre et ne négliger aucun des matériaux nécessaires pour cette intéressante publication .

(I) M. le docteur Scheins , de Berlin , m’écrit en ce moment (avril 1876) que la direction des Monumenta Germaniœ vient de lui confier cette tâche.

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